Pour l’économie, la campagne pour la présidentielle est peut-être plus risquée que le nouveau variant sud-africain.

La 5e vague conjuguée à l’arrivée d’un nouveau variant ne sera pas sans risque pour l’évolution de l’économie, mais les chefs d’entreprise ont plus à craindre d’une campagne présidentielle qui risque de déborder de démagogie. Et la démagogie, ça coute cher !

Tout est possible et tout se met en place en cette fin d’année pour perturber l’activité économique qui s’était pourtant installée sur un rythme de croissance très forte.

L’arrivée de cette 5e vague, conjuguée à l’apparition de ce variant sud-africain, ne sera pas sans risque, mais pour les chefs d’entreprises, la quasi-certitude d’assister à une campagne présidentielle très dure leur fait craindre un débordement de promesses démagogiques qu’il faudra bien payer une fois le prochain président installé.

Le variant sud-africain est pour l’instant plus toxique que la 5e vague du Covid. Ce nouveau variant alimente un climat de défiance d’autant plus pernicieux que l’on connaît assez peu de choses sur ses caractéristiques, ses dangers. On ne sait surtout pas si les vaccins actuels seront efficaces contre ce nouveau virus. En attendant, les populations occidentales vont se prendre une 3e dose et les gouvernements vont barricader leurs territoires dans l’espoir d’empêcher l’arrivée du virus.

Résultat : des secteurs entiers de l‘économie sont en train de s’arrêter à nouveau. Les voyages aériens vont s’annuler les uns après les autres, les hôtels, qui s’attendaient à des fêtes de fin d’année normales vont se remettre en mode quasi confinement.

Les problèmes d’approvisionnement dont on pouvait penser qu’ils seraient amortis avant la fin de l’année vont perdurer...Tout comme les tensions qui existent sur les prix des énergies fossiles, et notamment les carburants.

Bref, la plupart des acteurs vont retenir un certain nombre de leurs projets d’investissements en attendant d’y voir plus clair. Les débuts de l’année 2021 seront sans doute moins brillants que ce qu’on espérait. Les risques d’inflation, les risques d’approvisionnement et les risques sanitaires vont bousculer les prévisions.

Ceci étant, le moral n’est pas retombé dans le pessimisme du début de la pandémie. D’abord, parce que la plupart ont appris à résister avec des moyens renouvelés et adaptés (télétravail, digitalisation etc).

Ensuite, tout le monde a acquis la conviction que le risque d’un confinement total était exclu.

Enfin, parce que le ministre de l’économie a eu l’habileté de préciser que le gouvernement allait reprendre les aides en faveur des secteurs qui seraient contraints de remettre un genou à terre. D’autant que toute les perfusions n’ont pas été débranchées. Du côté des Assedic et des PGE, on reste très souple et pragmatique. Pour Bruno Le Maire, la priorité est de préserver à la fois les actifs de production, mais aussi le capital confiance qui alimente la résilience.

En bref, le monde de l’entreprise ne se panique pas. En revanche, la perspective d’une campagne présidentielle les préoccupe davantage.

Pour trois séries de raisons.

La première série de raisons se trouve dans l’offre politique qui est très perturbée, avec un trop plein de courants idéologiques très hétéroclites et un déficit absolu de pragmatisme. Si Emmanuel Macron espère bien conserver les manettes de l’exécutif, il n’a sans doute pas de majorité très homogène et surtout très solide politiquement. Le mouvement « En Marche » est très fragile, assez peu enraciné dans la France profonde. La droite LR est partagée entre une adhésion au macronisme et quelques idées de bons sens sur le plan sociétal qui sont portées par les mouvements d’extrême droite.

À gauche, la sociale démocratie, qui pourrait être compatible avec les contraintes de l’économie de marché a disparu. Restent l’extrême-gauche, l’extrême droite ou les écologistes qui sont à cent lieues de pouvoir admettre que l‘entreprise peut être socialement utile.

Il n’y a pas de candidat, aujourd’hui, dans le discours dans lequel les chefs d’entreprise pourraient se reconnaître.

La deuxième série d’inquiétudes est alimentée par le risque d’inflation de démagogie. A partir du moment où il n’y a pas de partis politiques très forts et très cohérents, la concurrence va se jouer, non pas sur des programmes de gouvernement responsables, mais sur des promesses électorales qui se révèleront inapplicables. On voit déjà que les thèmes de débat qui émergent actuellement dans des formes et des présentations très violentes : de l’immigration à la question du pouvoir d’achat. Les propositions sont sans nuance. Jadis, la réforme des 35 heures, la création de l’ISF, notamment, sont sorties des chapeaux électoraux sans étude préalable de faisabilité, et donc l’économie a mis des années à en digérer les effets.

Ce risque est d’autant plus fort que la culture politique française est peu apte à fabriquer des compromis gouvernementaux comme en Allemagne ou le pouvoir se répartit en général entre trois paris sur la base d’un programme de gouvernement pour la durée du mandat. La France est incapable de mettre en place un tel protocole.  

La troisième série de raisons, c’est que les candidats vont éviter de parler des sujets qui fâchent et qui sont pourtant incontournables.

Les relations internationales, la gouvernance européenne, le rôle de l‘Allemagne, les relations avec la Russie, avec la Chine. etc... Ces sujets sont incontournables parce qu’ils impactent directement notre vie quotidienne et notre avenir, et surtout l’avenir des entreprises.

Les chefs d’entreprises représentent une force considérable au niveau économique parce que ce sont eux qui créent la richesse avec leurs salariés et leurs actionnaires. Mais également au niveau électoral puisqu’ils sont plus de 5 millions. Entre les grands et les plus petits, en passant par tous les secteurs, ce monde-là sait mieux que quiconque qu’une campagne électorale démagogique coute très cher.

Si la promesse n’est pas appliquée, la rue va se venger par des mouvements incontrôlables qui perturbent et paralysent l'activité économique, comme ce fut le cas avec les gilets jaunes.

Si la promesse inapplicable est néanmoins appliquée, il faudra la financer par l’impôt.

Dans les deux cas, ça coute extrêmement cher à tout le monde mais d’abord, à ceux qui travaillent.