Pour les chefs d’entreprise, Macron est un coup de jeune nécessaire mais pas suffisant pour donner à lui seul un coup de fouet à l'économie

La plupart des chefs d’entreprise sont entrés en séminaire pour évaluer l’impact du coup de jeune incarné par l’arrivée d’Emmanuel Macron.

L’arrivée d’Emmanuel Macron apporte un incroyable coup de jeune à ce pays. En 24 heures, la classe politique sait bien, sans vouloir l’avouer, qu’une page de l’histoire s’est tournée. Au plus haut sommet de l’Etat, l’exécutif sera tenu par des conseillers qui ont tous moins de 40 ans. Au gouvernement, le nouveau président nous a promis au moins la moitié de ministres issus de la société civile. Quant à l’Assemblée nationale, elle sera profondément remaniée puisque les deux principaux partis politiques ont explosé et que le maintien des anciens n‘est absolument pas garanti. 

Cette nouvelle démographie va profondément changer l’écosystème dans la mesure où les nouveaux élus viennent d’horizons assez divers, l’ENA bien qu’encore très présente dans les curriculum vitae, n‘a plus le monopole des cursus qui mènent au pouvoir. On va voir arriver des dirigeants d’origines très diverses, avec cependant une ADN commune fondée sur l’ouverture au monde, l’appétence pour les nouvelles technologies et la confiance dans les mécanismes de marché. 

Les milieux internationaux ont, dès dimanche soir, vu dans les évènements français une image de la France profondément différente de celle qu’ils avaient jusqu‘alors. Une France plus jeune, plus optimiste et sans doute plus dynamique. 

Quant aux chefs d’entreprise, ils savent bien que l’arrivée d’une nouvelle génération est synonyme de progrès, surtout quand cette génération là porte un discours européen, assumant la mondialisation, l’innovation, convaincue que la France peut revenir dans la course économique. Le b.a.-ba d’un grand manager est évidemment de coller systématiquement à la démographie. 

Ce coup de jeune était nécessaire. De l’avis de tous, y compris des plus anciens.  Sera-t-il suffisant pour provoquer un coup de fouet au système français ? Certainement pas ! Encore faut-il qu‘Emmanuel Macron respecte son plan de réforme et puisse le mettre en place. 

Le plan de réforme se développe en trois actes : 

Acte 1, une réforme du fonctionnement de notre modèle social, à la fois pour le renforcer et pour améliorer la compétitivité de l’économie française. Ca passe par plus de flexibilité dans l’application du droit du travail, donc revenir à la loi Macron d’origine et plus de sécurité, à la suédoise ou à l’allemande.

Acte 2, une relance de la coopération européenne. Sa légitimité et son logiciel lui permettent de demander à nos partenaires plus de solidarité ou de mutualisme. 

Acte 3, un déblocage du système socio-économique pour faire sauter les verrous qui freinent les initiatives et la concurrence, bref reprendre dans le rapport de la commission Attali, tout ce qu’on n’a jamais réussi à mettre en œuvre. 

Cela étant, au delà du projet Macron qui correspond à la demande de la planète business, il faut encore pouvoir le faire passer. 

Le coup de jeune donné par l’arrivée d’Emmanuel Macron a fait exploser les grands partis traditionnels de gouvernement.  Le parti socialiste est condamné à se reconstruire en parti social démocrate. Le parti des Républicains va devoir  se refonder autour des vrais libéraux européens. Le frottement entre ces deux familles d’origine et le mouvement En marche peut être positif. Après tout, les partisans d’Emmanuel Macron sont souvent les enfants de parents qui avaient voté Hollande, Sarkozy ou même Fillon. Des Bobos de droite ou de gauche. Qu ils habitent la bastille ou la place de l’Odéon . 

Entre la gauche libérale et les libéraux de droite, il n’y a pas d’incompatibilité idéologique. la cohabitation ou la coalition serait possible et vivable.  

En revanche, cette France-là, libérale, européenne, qui a voté Emmanuel Macron beaucoup pour barrer la route a Marine le Pen, ne représente que la moitié du corps électoral. L’autre moitié est peuplée d’extrémistes de droite, d’extrémistes de gauche, d’écologistes, ou d’insoumis... Bref, des français qui s’opposent  au systeme dans lequel on vit, parce qu’ils n’ont pas pu rattraper le train de la mondialisation. 

Ils ont profité de la première phase de la mondialisation parce qu’elle a apporté des baisses de prix, mais ils sont tombés lors de la deuxième phase quand cette même mondialisation a fait disparaitre des emplois industriels. Comme la France, contrairement aux pays de l’Europe du nord, ne s’est pas réformée à temps, cette France-là s’est retrouvée sur le carreau, sensible aux discours de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon. Beaucoup se sont réfugiés dans l écologie radicale ? 

Elle va s’agiter à nouveau lors des législatives et face aux premières réformes Macron. 

Le nouveau président ne peut pas, comme Jacques Chirac l’avait fait,  les ignorer. Il doit dans l’exposé des réformes, compenser les efforts demandés par plus de sécurité, la fameuse flexi-sécurité de la loi travail. Mais il doit aussi revaloriser les partenaires sociaux, qui pour l’instant et en dehors de la CFDT, se préparent à faire de la résistance. 

Il faudra donc amortir un peu les projets de réformes sociales sans toutefois attenter à leur efficacité sur le terrain de la compétitivité, mais il faudra aussi donner des gages aux syndicats qui étouffent. Les gages pour les syndicats se résument à du financement et a quelques pouvoirs de contrôle ou de surveillance dans les entreprises.

Avec un peu d’habileté, de charme et de renouveau par la jeunesse rien de ce qu’il faut faire est impossible à réunir pour fabriquer  un compromis.