Pour les chefs d’entreprises, le déconfinement annoncé est beaucoup plus politique qu’intelligent.

Pour certains investisseurs, il y a désormais les entreprises qui rendent service à la France… et les autres. La puissance de l’Etat et les milliards d’euros d’une relance nationale sont sans doute importants, mais le rôle des entreprises pour protéger la souveraineté est incontournable.

Les chefs d’entreprises ne s’exprimeront pas publiquement. Leurs responsables syndicaux restent extrêmes prudents et discrets. Ils savent bien qu’une gestion de crise demande de l’anticipation et de la pédagogie. Donc, pas question de mettre de l’huile sur le feu de l’exécutif. Sauf qu’ils n’en pensent pas moins.

Si on veut que l’été ne soit pas meurtrier et n’accouche pas d’une 4e vague et d’une situation économique aggravée, il faudrait sans doute s’y prendre autrement qu’en distillant avec beaucoup de contradictions, des chiffres et des faits qui battent le chaud et le froid en essayant de calmer une opinion publique extenuée.

Les procédures étudiées actuellement sont beaucoup plus politiques qu’intelligentes. Dans le contexte actuel, l’exécutif envisage de retirer l’obligation de ne pas s’écarter à plus de 10 Km de son domicile, étudie la possibilité de ré-ouvrir certaines terrasses de cafés restaurants et de libérer des régions peu touchées par le virus.

Aucune de ces mesures ne viendra bouleverser la vie et diluer la chape de plomb qui pèse sur le moral. La barrière des 10 km et l’interdiction des voyages interrégionaux ont été transgressées par beaucoup de monde, compte tenu des multiples exceptions au principe. Quant à réouvrir quelques terrasses, les restaurateurs ne sont pas forcément pour, ça leur coutera plus cher que la situation actuelle.

 

Les chefs d’entreprise, en général mais pas qu’eux, estiment que l’exécutif passe à coté d’une stratégie qui a quand même fait ses preuves dans d’autres pays et qui pourrait être appliquée en France si seulement le pouvoir politique avait un peu plus de courage. Mais les chefs d’entreprises ne sont pas inconscients, ils savent bien que la sortie de crise sera difficile et longue. Ils souhaitent évidemment le retour à la vie normale, c’est à dire la réouverture de toutes les activités qui serait très vite possible sans pour autant prendre le risque d’une 4e vague. Il faut donc réouvrir progressivement d’ici la fin juin, mais il faut surtout continuer de se protéger pour éviter un retour des contaminations.

 

1er point, la campagne de vaccination lancée par le gouvernement ne suffira pas. Ça n’est pas parce que le président de la République promet 30 millions de Français vaccinés en juillet et en aout que nous aurons atteint l’immunité collective. D’abord, parce qu’on n’est pas certains d’avoir les doses suffisantes, ensuite on n’est pas certains que tous les vaccins fonctionnent face à tous les variants. Enfin, il reste beaucoup de Français réticents. Il faudrait que tous les Français soient immunisés, soit par le vaccin, soit par l’infection du Covid. Et nous n’aurons pas cette garantie dans l’Hexagone tant que le monde entier ne sera pas à l’abri.

 

2e point, si la vaccination est incontournable, il faudrait la compléter et revenir sur une stratégie que le gouvernement tout entier a refusé depuis le début de la pandémie à savoir ; tester massivement, tracer et isoler. Les quelques pays qui se sont protégés les premiers de la pandémie ont adopté ce genre de protocole.

Tester pour repérer tous les cas positifs avec ou sans symptômes, mais de toute façon porteurs du virus et donc contaminants.

Tracer les cas positifs et les cas contacts, c’est à dire ceux qui sont le plus en risque d’être contaminés. Et enfin, isoler tous les cas à risques pendant 10 ou 14 jours.

Pour l’ensemble des acteurs de l’économie, aucune de ces étapes ne pose de problèmes tactiques ou financiers et cet enchainement permet de compléter l’effet de la vaccination en attendant que le virus ait disparu.

Nous avons les équipements pour tester, des tests antigéniques aux tests PCR en passant par les auto tests et les tests salivaires. Leur arrivée sur le marché français a été très difficile, très longue, plusieurs mois, on ne comprend pas pourquoi l’administration a été aussi tatillonne, et exclusive, ce qui a retardé leur diffusion. La plupart des grandes entreprises s’étaient équipées de tous ces tests sans avoir le droit de les utiliser. Encore aujourd’hui, il existe des millions d’auto tests inutilisés et des pharmacies non livrées.  

Aucun des arguments avancés par l’administration ne tient la route. Les Français sont parfaitement capables de pratiquer eux-mêmes, ils ne sont pas plus compliqués qu’un test de grossesse. Et s‘ils n’ont pas une fiabilité à 100 %, les cas positifs peuvent être confirmés ou pas par les tests PCR de laboratoire.

 

3e point, en attendant l’immunité collective qu’apportera notamment la vaccination, les chefs d’entreprises sont totalement favorables à l’utilisation de passeport sanitaire. C’est-à-dire un document qui certifiera que le porteur a été vacciné, qu’il est armé d’anticorps ou qu’il a été testé négatif. A la limite, les chefs d’entreprises, les restaurateurs, les directeurs de salles de spectacle ou de stade, bref de tous les lieux publics, concerts, musées, salles de sport etc. Alors, on peut débattre à l’infini pour savoir si ce type de laisser-passer devra être obligatoire, mais son caractère obligatoire s’imposera de fait. Pour voyager, beaucoup de compagnies aériennes le demandent déjà... Dans les restaurants ou les salles de théâtre, on se prépare déjà à vérifier l’état sanitaire de chaque client.

 

4e point, les chefs d’entreprise sont enfin très favorables à l’instauration de quarantaines très respectées pour les cas positifs et pour les arrivées de l’étranger en avion. Ça ne serait ni infamant, ni humiliant que de protéger la population des sujets contaminés et contagieux à condition que ces quarantaines soient respectées. Donc il faudra accompagner ces mesures de contraventions très dissuasives parce qu’actuellement et c’est un secret de polichinelle, beaucoup de cas positifs sont en liberté et continuent de vaquer à leurs occupations, en toute bonne foi d’ailleurs parce que très souvent, ils ne s’estiment pas dangereux à partir du moment où ils ont mis un masque.

 

Pour tous les acteurs, ces procédures ont un cout, les tests notamment et l’isolement, mais ça sera toujours moins cher qu’un confinement.

Le seul inconvénient de cette stratégie est qu‘elle risque d’être moins bien acceptée par l’opinion. C’est du moins ce que le gouvernement craint. D’où son comportement qui se veut plus politique pour ménager les susceptibilités des uns et des autres.