Pour les milieux d’affaires, Bernard Arnault, Christine Lagarde et Philippe Martinez incarnent les contradictions du modèle français en 2019

Bernard Arnault, parce qu’il représente le plus bel exemple de réussite économique française sur le marché mondial. Christine Lagarde, parce qu‘elle va avoir la lourde tache de donner à la BCE une stratégie pour sauver l’Union européenne et Philippe Martinez, parce qu’il symbolise tous les archaïsmes du modèle social.

Ce sondage n’a rien de scientifique. Il ressort d’un questionnement de beaucoup d’acteurs du monde économique français. Les chefs d’entreprises du CAC 40, des patrons d’entreprises plus modestes, plus familiales, PME TPE, aux dirigeants de banques et de société d’assurance, à qui on a demandé depuis deux mois quels étaient pour eux les acteurs du monde économique et social qui avaient retenu le plus leur attention au cours de l’année 2019 et pourquoi ? 

Les trois noms de personnalités et responsables qui revenaient le plus souvent étaient donc ceux de Bernard Arnault, Christine Lagarde et Philippe Martinez.  

Bernard Arnault parce qu’il dirige le premier groupe de luxe au monde, mais pas seulement. Il représente aussi le secteur industriel qui a fait de la France un leader mondial sur ce marché. En terme de chiffre d’affaires, de résultats, de créations d’emplois et d’exportations, le secteur du luxe arrive en tête de tous les secteurs moteurs de l’économie française, devant l’agroalimentaire, l’aérospatial et loin devant l’automobile et la pharmacie. Le secteur du luxe dont Bernard Arnault est leader incontesté a fondé son développement sur la logique d’offre, l’innovation, le zéro défaut et les marchés extérieurs. En clair, sur des concepts qui sont à l’origine de la croissance moderne. Le luxe est à la France ce que le digital est aux Etats-Unis et généralement les Français ne se savent pas.

Le choix de Christine Lagarde s'appuie sur des facteurs très différents. Sa nomination représente sans doute une opportunité pour les Européens de sortir du piège des taux zéro mis en place au lendemain de la crise financière.

Enfin Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui représente pour les patrons français tous les archaïsmes du modèle social français. Des relations sociales sous l’emprise d’une culture du conflit alors qu’on aurait besoin d’une culture du compromis pour avancer. Le système CGT puise ses principe de base dans ce qui reste des concept communistes avec un objectif, protéger les avantages acquis à tout prix. Un modèle social au bord de la faillite. 

 

 

De tout les patrons français, celui qui ressort tel une super star mondiale, c’est donc Bernard Arnault, l’homme aux 70 marques de luxe, qui vaut plus de 100 milliards d’euros de sa fortune personnelle et qui tutoie l’Amérique. 

 

2019 a été l’année Bernard Arnault. L’image marquante a très certainement été sa rencontre avec Donald Trump au Texas, lors de l’inauguration d’une usine Louis Vuitton. Mais c’est aussi la nouvelle de l’acquisition de Tiffany & Co, après Dior, Bulgari ou Givenchy, qui fait dire que le Français a encore une marge de progression.

Dans le classement des hommes les plus riches du monde, le PDG de LVMH se retrouve derrière Jeff Bezos, Bill Gates et Warren Buffett, trois américains. Il y a deux ans, il n’était même pas dans le top 10 des fortunes mondiales de Forbes.

 La fortune de Bernard Arnault s’élevait à 67 milliards de dollars il y a un an. Elle tourne aujourd’hui autour des 108 milliards.  L’homme a donc gagné en valeur près de 50 milliards en un an. 

La fortune des quatre hommes les plus riches du monde oscille globalement autour des 110 milliards de dollars. Sauf que pour Bernard Arnault, sur ces 110 milliards, 95 sont constitués d’actions LVMH et par définition volatiles en fonction du cours de bourse.

Cette fortune est donc très dépendante des cours de bourse. C’est donc la variation du titre fait qui fait beaucoup évoluer sa richesse personnelle.

Ainsi, pendant l’année et surtout juste après que l’acquisition de Tiffany & Co soit officiellement annoncée, il est même arrivé que Bernard Arnault soit l’homme le plus riche du monde, devant Jeff Bezos ou Bill Gates.

LVMH a connu une année record en bourse, avec une hausse de 60% depuis le début de l’année, beaucoup plus qu’Amazon qui pouvait déjà se targuer d’un beau 25%.

LVMH, qui avec le rachat de Tiffany, la marque aux petites boites bleues et aux diamants d’Audrey Hepburn, fait coup double.  Cela va lui permettre de s’implanter encore un peu plus aux Etats-Unis et sur la cinquième avenue de New York, où cet empire  a son magasin mythique . et dans le secteur de la joaillerie.

 

 

Christine Lagarde était estimée et admirée par son habileté, dont elle va de nouveau de l’or faire preuve, parce que la nouvelle patronne de la BCE est aussi celle des taux pour les huit années à venir. 

Personne ne l’attendait à cette place de présidente de la Banque Centrale européenne - il faut le dire et c’est sûrement grâce à la pugnacité et la négociation  d’Emmanuel Macron qu’elle y est parvenue. Elle est donc la nouvelle argentière d’une Union européenne engluée dans les politiques monétaires inondant l’économie de liquidités

Christine Lagarde sait bien, que là où elle est, le moindre de ses mots sera pesé par les marchés financiers, de même que ses intonations, ses pauses ou ses couleurs de foulard. Mais elle a beaucoup de talent pour gérer ce genre de détail et pour les marchés, le talent est plus important que l‘expertise technique.  

L’ancienne avocate et ministre de l’Economie devra gérer l’économie de taux négatifs que nous vivons actuellement. Avec des taux de dépôt en dessous de 0% et taux directeur à O%, ce sont les conséquences sur des secteurs comme la banque ou l’assurance, qui ne parviennent plus à être suffisamment rentables, ou sur l’épargne des Européens, plombée par des taux bas, auxquelles Christine Lagarde va être confrontée. Il faudra donc sortir de cette situation sans tomber dans le piège. Les taux bas sont une drogue, addictive et aujourd’hui on risque plus facilement d’être emporté par une overdose que par le sevrage. Mais tout est une question de dosage. 

Après huit ans à la tête du FMI, son nouveau devoir sera donc de décider de la masse de liquidités mise à disposition des banques, et par leurs biais des entreprises et des ménages.

L’Allemagne – et les pays du Nord, généralement conservateurs sur leur monnaie - ne voient pas forcément l’arrivée de cette nouvelle présidente d’un bon œil. Ils savent qu’un dialogue tendu va s’engager avec celle qui encourage – et c’est un comble quand on sait qu’elle vient du FMI – les pays à investir et dépenser davantage. Se plaira-t-elle autant à Francfort qu’à Washington ?

 

Philippe Martinez, c’est le côté noir de la force. La force économique et sociale.  L’actualité des retraites en a fait l’homme du blocage de transport publics et du bras de fer avec l’Etat qui pourrait faire oublier les Gilets jaunes.

 

Il s’oppose à Emmanuel Macron, mais il a au moins un point commun avec lui : celui de cristalliser l’impopularité avec 64% d’impopularité pour le syndicaliste contre 67% pour le président selon un baromètre Odoxa.

Mais Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT, a au moins réussi une chose pendant cette année 2019 : celle de refaire parler des syndicats et de leur donner une vraie place dans le dialogue social, et donc dans les blocages du pays.  On en oublierait presque les Gilets jaunes et leur mauvaise organisation de l’année 2018. Pour les grands patrons d’entreprise, Philippe Martinez a l’avantage d’avoir reconstruit une structure de dialogue. Seulement, elle ne fonctionne pas. 

 Le numéro un de la CGT attise aussi l’impopularité à cause de son opposition systématique et son immobilisme social. Et son manque de justification. L’homme n’explique pas le rejet en bloc de la réforme des retraites, alors que la CGT cogère déjà pour certains régimes, des systèmes à points. Il est aussi bloqué par une des branches les plus actives de cette grève, la CGT Cheminots qui défend le régime spécial de la SNCF – et il ne parvient pas à imposer un dialogue d’ouverture.

A vouloir bloquer le pays, c’est peut-être qu’il est lui-même bloqué dans sa position.