Pour les politiques, l’Europe c’est « courage fuyons »

L’Europe est en question sur tous les fronts. Dans le procès qui est fait au vieux continent, et plus particulièrement à la zone euro, chacun y va de sa petite idée mais curieusement aucun homme politique ne propose une plus grande intégration.


La construction européenne, le plus grand  projet politique d’après-guerre et le plus ambitieux pour toute une génération est peut-être en train de sombrer sous les coups de la crise économique et financière. Une crise qui sape ses fondements et provoque de telles réactions protectionnistes et démagogiques que les hommes politiques les plus responsables sont complètement découragés. Plus grave, ils se perdent dans leurs contradictions.

Les uns pensent que la zone euro va éclater et que, finalement, ce serait une bonne chose. Certains pensent qu’il faudrait sortir de l’euro. D’autres plaident pour une Europe à deux vitesses. Avec « un noyau de pays sérieux » et en périphérie des  pays qui le seraient moins. D’autres enfin estiment que l’Europe n’est viable qu’avec six pays. Ces idées circulent à droite comme à gauche. De Xavier Bertrand ce week-end à Harlem Désir. De Laurent Wauquiez à Arnaud Montebourg. Le plus curieux, c’est que ce débat qui va aller en s’amplifiant au fur et à mesure qu’on va se rapprocher des élections européennes, est truffé d’imprécisions, de méconnaissances et surtout de contradictions.

Côté imprécisions ou méconnaissance, personne ne peut expliquer clairement comment on peut sortir de l’euro ou même comment la zone euro pourrait exploser. Peu sont capables de donner des garanties sur le coût ou l’avantage d’une dissolution de l’euro.

Côté contradictions, c’est le trop plein. Beaucoup réclament un changement de statut de la BCE accusée, par la gauche comme par la droite, d’imprimer une politique monétaire trop rigoureuse et trop « germanique ». Comprenez une politique monétaire supportable par l’Allemagne  mais incompatible avec les structures des pays du Sud. C’est surement exact mais les mêmes ne viendront jamais expliquer pourquoi ce qui est bon d’un côté du Rhin serait mauvais de l’autre. Ils ne l’expliquent pas parce que les raisons ne sont guère glorieuses. Le modèle allemand assume la contrainte de la concurrence mondiale et s’y est adapté. Les pays du Sud ont beaucoup de mal, donc ils s’excluent du jeu concurrentiel parce que les règles sont trop difficiles à appliquer. Moyennant quoi, ils s’étonnent de s’appauvrir et les hommes politiques accusent les autres, comme la BCE ou Bruxelles, d’avoir paralysé les souverainetés nationales sous une « eurocratie »  impossible à contrôler.

Quand on recense tous les diagnostics sur l’Europe et sur la zone euro, on tombe, à quelques détails près, sur un constat partagé par un très grand nombre : L’Europe manque de pouvoir politique. Le déficit européen est politique. Le pouvoir appartient à des eurocrates ou à des Allemands qui imposent leur modèle. Tous les électeurs connaissent cette chanson qui passera en boucle pendant la campagne sur tous les plateaux des chaines info.  Curieusement, si tout le monde adhère à ce diagnostic, beaucoup commencent à relayer l’idée d’une cassure de l’Europe. C’est pourtant tout le contraire qu’il faudrait faire.

Pour répondre à toutes les difficultés que rencontrent les pays membres, du fait de leur participation à la communauté européenne, il faudrait bien évidemment renforcer la cohésion et l’intégration des pays membres au sein de la zone euro. Il faudrait autre chose qu’un parlement consultatif, autre chose qu’une commission éloignée des conseils des ministres. Il faudrait un gouvernement économique de l’Europe avec une délégation de pouvoir pour harmoniser les politiques budgétaires et fiscales. Il faudrait, pourquoi pas, un président de l’Europe. Un président qui incarne et représente l’EuropeCette idée, qui était très à la mode il y a moins de dix ans, a complètement disparue des débats. Tous les architectes de la zone euro savait que cette Europe péchait par un déficit de politique mais comme c’était très difficile à vendre aux électorats, ils expliquaient que l’Europe monétaire, drivée par une BCE indépendante ne devait pas effrayer les gouvernements. Ils expliquaient aussi que cette Europe monétaire conjuguée à une Europe économique allait s’organiser par la force des choses et s’intégrer progressivement au sein d’une Europe politique. L’Europe monétaire et économique n’a pas poussé l’Europe politique. La crise aidant, l’Europe monétaire a alimenté la démagogie politique et les tentations protectionnistes.

Aujourd’hui, les Européens les plus convaincus ne réclament plus d’avancées fédérales. Plus grave, les disfonctionnements, les inquiétudes, sont évidemment liés au manque de pilotage politique. Plutôt que d’en profiter pour avancer sur la voie de l’intégration, l’Europe se replie et recule en confortant la cohabitation des égoïsmes nationaux. Un comble.