Pourquoi bloquer le salaire des stars de cinéma est une bonne idée

L’idée générale de bloquer les salaires et les rémunérations n’est pas, à priori, très incitatrice à l’effort. Mais quand il s’agit de bloquer les salaires dans des projets fortement subventionnés, c’est plutôt une bonne idée qui pourrait en donner d’autres. Les acteurs nommément visés à l’époque sont, encore aujourd’hui, les plus grandes vedettes françaises. Dany Boon, Gad Elmaleh, Marion Cotillard ou Audrey Toutou. Des gros calibres qui ne tournent pas à moins d’un million d’euro par film, plus le pourcentage sur les entrées. Cette polémique a fait un bruit d’enfer mais n’avait débouché sur aucune décision, sauf d’alimenter la critique  populaire contre les riches. Ceci étant, c’était à la mode à l’époque…
L’idée générale de bloquer les salaires et les rémunérations n’est pas, à priori, très incitatrice à l’effort. Mais quand il s’agit de bloquer les salaires dans des projets fortement subventionnés, c’est plutôt une bonne idée qui pourrait en donner d’autres.

Les acteurs nommément visés à l’époque sont, encore aujourd’hui, les plus grandes vedettes françaises. Dany Boon, Gad Elmaleh, Marion Cotillard ou Audrey Toutou. Des gros calibres qui ne tournent pas à moins d’un million d’euro par film, plus le pourcentage sur les entrées. Cette polémique a fait un bruit d’enfer mais n’avait débouché sur aucune décision, sauf d’alimenter la critique  populaire contre les riches. Ceci étant, c’était à la mode à l’époque…

[LES AUTRES ARTICLES DE VOTRE BRIEFING ATLANTICO BUSINESS]
Suivre @atlanticobiz

IFrame

Il y a en France cette idée que l’argent gagné au cinéma ou sur un terrain de football serait plus légitime et plus morale que l’argent gagné dans une entreprise.

Le CNC a donc décidé de ne plus subventionner les films dans lesquels les comédiens touchent ces salaires extravagants. Il faut savoir que le cinéma français reste l’un des plus prolifiques du monde et qu’il bénéficie de financements très généreux.

D’abord, les personnels appartiennent à cette catégorie des intermittents du spectacle, ce qui leur vaut de toucher une indemnisation chômage assez généreuses pendant les périodes où ils ne travaillent pas. Pour certains techniciens ou comédiens, ces périodes sont fréquentes et parfois très longues.

Ensuite, les productions sont largement subventionnées par des systèmes assez compliqués, passant notamment par des avances sur recettes ou la part des impôts et taxes perçus sur les places vendues.

Les films français sont aussi aidés par les chaines de télévision qui sont obligées d’investir dans les productions françaises. Ne parlons pas des Sofica qui permettent à un épargnant individuel de placer son argent dans un film et de faire une économie d’impôt. Sans oublier les villes et surtout les régions qui mettent de l’argent dans un film pour qu’il se tourne sur place et en fasse la promo.

Les professionnels ne s’en vantent pas mais le cinéma est aujourd’hui l’investissement le moins risqué qui soit. Avant même d’avoir déboursé le premier centime et fait partir la première caméra sur un tournage, le film a son financement. Il est prépayé, succès en salle ou pas.

Ce système financier très généreux alimente une industrie qui se plaint souvent mais qui est très prospère. Ce système financier dopé à la subvention permet de sortir plus de 200 longs métrages par an. Enfin, ce système a favorisé une inflation des salaires des grands acteurs parce que leur seule présence favorise le bouclage financier. Ils sont « bankable » comme on dit.

Le CNC va donc supprimer les aides si les salaires dépassent un certain pourcentage du film avec une grille d’application assez sophistiquée, mais qui revient à obliger les producteurs à plafonner les salaires. En clair, pour les films chers, entre 7 et 10 millions d’euros, le cachet de la star ne pourra pas dépasser 5% du budget global. De toute façon, ce salaire ne pourra pas dépasser les 990.000 euros.

<--pagebreak-->

Cette mesure va avoir un effet radical sachant que le budget des films va baisser. Quant aux acteurs qui réussissent, ils continueront à gagner mais au prorata du succès du film. Cela limite les pertes, cela limite les risques mais ça n’empêche pas une entreprise qui réussit d’en toucher les dividendes. Ce n’est plus de l’argent public, des impôts et des taxes. C’est l’argent du public : les spectateurs qui paient leur billet.

Économiquement, cette mesure est tellement intelligente que l’on pourrait l’élargir à d’autres activités qui bénéficient d’aides et des subventions. Dans l’agriculture par exemple, dans l’immobilier, dans l’énergie. Que l’on se rassure, le gouvernement qui aura le courage de se prendre toutes les vaches sacrées du pays et les ramener à des positions de marché non subventionnées, n’est pas encore élu. Mais pourquoi pas, on pourrait après tout.