Pourquoi François Hollande a perdu pied

Par Jean-Marc Sylvestre. Ce n’est pas la descente aux enfers mais ça y ressemble. Les indicateurs économiques continuent de se dégrader et les sondages s’effondrent. Jamais sous la 5ème République un Président avait perdu la confiance des Français aussi vite. En moins de six mois, François Hollande et son équipe se retrouvent complètement en porte à faux avec une perspective 2013 désastreuse. Bien sur, on connait les raisons.

1) La campagne présidentielle a été un festival de mensonges et de contre-vérités. François Hollande a nié la crise et a gagné par défaut. Sans faire aucune pédagogie, sans aucun diagnostic que de considérer que le précédent locataire de l’Elysée  était coupable de tout, sans programme cohérent, sans perspectives autres que d’accéder au pouvoir. La campagne électorale n’a donc pas permis de faire avancer auprès de l’opinion publique la connaissance de la réalité française.

2) Au lendemain de la présidentielle, l’équipe au pouvoir s’est retrouvée brutalement confrontée à la réalité. Les promesses faites répondaient à la demande électorale mais pas à la réalité de la situation économique et financière. D’une certaine façon François Hollande a été obligé de trahir son marché politique. Les contorsions verbales auxquelles il s’est livré, pour faire croire qu’il tenait ses engagements sans pour autant hypothéquer l’avenir, n’ont trompé personne.

3) L’équipe au pouvoir a donc paré au plus pressé avec une loi de finance qui répond à l’urgence de participer au rééquilibrage budgétaire (3 % de déficit en 2013) mais qui porte le risque d’asphyxier par une fiscalité excessive les entreprises, les entrepreneurs et les investisseurs.

4) Ajoutons à cela la légèreté, le manque d’expérience dans la gestion des affaires de l’État et des maladresses de certains ministres plus enclins à faire les malins que leur métier.

En fait, le programme du gouvernement ne comporte aucune des mesures qu’il faudrait prendre pour amorcer un redressement et des finances publiques et de l’activité et par conséquent de l’emploi. Tout le monde le sait et tout le monde commence à le dire. Ces mesures sont simples à définir : Plus de flexibilité sur l’emploi, moins de dépenses publiques, et un financement du modèle social qui ne soit pas assis uniquement sur le salaire. Théoriquement, toutes les mesures à prendre sont contenues dans le rapport Gallois sur la compétitivité. Beaucoup étaient déjà dans le rapport Attali, il y a quatre ans. Tout cela est très simple mais demande un peu de courage politique. Nicolas Sarkozy n’avait pas eu le courage d’appliquer le rapport Attali. Tout laisse penser aujourd’hui que François Hollande n’appliquera pas le rapport Gallois parce qu’il est trop contradictoire avec ses promesses électorales et qu’il demande des efforts à son cœur de clientèle politique que sont  les fonctionnaires. L’opinion publique sait tout cela.

Le Président a besoin d’un accord avec l’Allemagne qui nous apporte sa garantie de bon élève triple A  dans la fixation des taux d’intérêt.  Il a renouvelé cet accord avec Angela Merkel en faisant voter le traité sur le contrôle budgétaire mais il l’assume très mal. François Hollande aurait aussi besoin d’un accord avec les syndicats pour négocier une réforme du droit du travail, mais il refuse l’affrontement. Il aura également besoin d’un accord avec la fonction publique pour modifier le périmètre et le poids de l’État, des collectivités locales et des organismes sociaux, mais aucun travail de fond n’a été entrepris pour faire baisser le montant des dépenses publiques. Enfin, François Hollande aurait besoin de l’appui des chefs d’entreprise, des investisseurs mais lui et ses amis les ont utilisé comme bouc émissaires coupables de tous les dysfonctionnements. Beaucoup baissent les bras ou partent à l’étranger. Voila toutes les raisons pour lesquelles l’année 2013 sera l’année d’une nouvelle récession économique, donc d’une aggravation du chômage et d’une défiance généralisée avec un risque de manque de cash. L’État peut très bien se retrouver l’an prochain sans moyens de financement de ses dépenses comme l’Italie l’an dernier ou l’Espagne . Le risque c’est donc le choc social provoqué par une situation qui va devenir d’autant plus insupportable qu’elle n’a pas d’horizon.