Pourquoi François Hollande s’est piégé

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. François Hollande était l’invité du 20 Heures de TF1 dimanche soir. Le Président a détaillé son « agenda du changement ». Il se donne deux ans pour « redresser la France ».

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. François Hollande était l’invité du 20 Heures de TF1 dimanche soir. Le Président a détaillé son « agenda du changement ». Il se donne deux ans pour « redresser la France ».

Les commentaires qui inondent l’actualité politique sont hallucinants. Tout se passe comme si l’on prenait l’opinion publique pour un ramassis d’imbéciles, incultes et illettrés. Il y a quand même deux ou trois évidences qu’il convient de rappeler. La première, c’est que la démocratie est en fait le nom politiquement correct pour désigner le fonctionnement du marché politique. Les hommes politiques sont comme les industriels : ils fabriquent des produits qui correspondent aux souhaits du client. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner qu’on déborde de promesses et de bonnes intentions. La deuxième évidence, c’est que dans la majorité des cas, les promesses et les programmes ne sont pas applicables. Ils se heurtent au mur des réalités et François Hollande est exactement dans ce cas de figure. La situation économique, dont il n’a pas fait la pédagogie, l’oblige à d’autres équations.

Le Président a donc le choix entre respecter ses promesses politiques, et du coup se planter sur la réalité, ou bien respecter la réalité et se planter politiquement. C’est parce que François Hollande ne veut assumer aucune de ces deux options, qu’il donne l’impression d’hésiter et accroit, de fait, le malaise. Enfin, la troisième évidence, c’est que la démocratie vécue par des politiques professionnels obsédés par les sondages et leurs positions, n’offre pas les outils pour gérer une crise. Le marché politique de la démocratie fonctionne très bien en période de croissance parce qu’elle permet d’acheter les voix et finalement de distribuer de l’argent . La démocratie fonctionne beaucoup plus mal en période de crise parce qu’il n’y a pas d’argent à distribuer. Il n’y a que des efforts à répartir, et cela, les hommes politiques ne savent pas faire. D’où les débordements démagogiques, populistes et extrémistes.

Que faudrait-il pour permettre l’émergence de gouvernances responsables en période de crise ? La réponse est simple. Il faudrait d’abord accepter des règles constitutionnelles. Par exemple, la fameuse règle d’or qui empêche de dépenser l’argent que nous n’avons pas. Il faudrait ensuite que les gouvernants ne puissent pas engager une dépense sans en avoir le financement. Il serait obligé de faire la pédagogie de la situation. Il faudrait enfin, que les hommes politiques ne mentent pas sur les chiffres : avoir le courage de prendre des mesures impopulaires contraires aux signaux envoyés par le marché politique. Les pays européens ne savent pas faire preuve de ce type de courage dans leur propre pays. Ils commencent à le faire pour les autres. Mario Monti, technocrate, économiste et ancien banquier de Goldmann-Sachs a été impose à la tête de l’Etat italien par les occidentaux. On aurait appeler aux urnes les Italiens, ils auraient reconduit Berlusconi. En attendant, Mario Monti fait une politique de redressement courageuse, douloureuse et efficace. Pour l’instant le peuple l’accepte, ce qui tient du miracle. Mais pour remporter l’adhésion du pays, il lui faudra passer par le suffrage universel ou bien délivrer des résultats correspondants aux attentes.

Dans l’Histoire, Winston Churchill ou le Général de Gaulle n’ont jamais demandé au peuple l’autorisation de mettre en place des plans de sauvetage ultra rigoureux. Pourtant, ils ont toujours réussi et ont quitté le pouvoir alors que le plus dur était fait. Personne ne dira aujourd’hui qu’ils ne furent pas de grands démocrates. Cette époque est révolue. Les gouvernants accèdent au pouvoir dans une surenchère de promesses et gouvernent les yeux rivés sur les sondages, effrayés à l’idée que leur popularité ne s’effrite. Le plus grave ce n’est pas qu’ils imaginent protéger ainsi leur pouvoir, c’est que le taux de popularité est un outil nécessaire à cet exercice. François Hollande est dans la situation caricaturale du Président qui a accédé au pouvoir avec des moyens et un discours qui ne lui permettent pas de l’exercer. Pourra-t-il faire ce qu’il faut pour avoir une chance de sortir de la crise sachant que c’est aux antipodes de ses promesses ou continuera-t-il à gagner du temps en espérant que le salut vienne d’ailleurs ? Un JT de TF1 peut faire de l’audience mais pas de miracle, même présenté par Claire Chazal.