Pourquoi l’Allemagne ne redémarre pas

L’Allemagne n’a toujours pas de gouvernement. Pas de chancelière, pas de ministre. Le pays n’est plus gouverné depuis les élections qui ont eu lieu le 22 septembre et qui ont sacré Angela Merkel. Le Parlement lui, est au chômage technique. Du jamais vu en Allemagne.

L’Allemagne n’a toujours pas de gouvernement. Pas de chancelière, pas de ministre. Le pays n’est plus gouverné depuis les élections qui ont eu lieu le 22 septembre et qui ont sacré Angela Merkel. Le Parlement lui, est au chômage technique. Du jamais vu en Allemagne.

Angela Merkel n’ayant pas donné à son parti la majorité absolue, il lui faut trouver un compromis avec le social-démocrate SPD, si elle veut être nommée et commencer à constituer son équipe et gouverner. La négociation patine dans les querelles à n’en plus finir. Ce qui est intéressant, c’est que les points de désaccords en Allemagne sont aussi des marqueurs de changement de la politique économique qui pourraient ne pas être sans conséquences pour l’Europe. En clair, l’Europe toute entière pourrait tirer parti d’une Allemagne qui serait obligé de transiger sur des principes sacro-saints qui ont fait sa puissance et qui pourrait par la même, perdre de sa compétitivité légendaire.

Les deux dossiers sur lesquels la négociation est le plus tendu portent sur le salaire minimum et sur la politique de l’énergie.

Sur les salaires, ça pourrait être le premier talon d’Achille de l’Allemagne après la crise. La force économique de l’Allemagne sur les marchés étrangers vient de la qualité de ses produits industriels mais aussi de ses coûts du travail particulièrement avantageux. Les salaires sont moins chargés qu’ailleurs et le salaire net dans la poche du salarié est plus faible qu’en France.

L’Allemagne a choisi une politique du travail et de l’emploi plutôt qu’une politique du non-emploi comme en France. Ceci étant, la grande revendication des socio-démocrates porte sur les salaires, avec la condition de la création d’un salaire minimum qui n’existe pas aujourd’hui. Le SPD pourrait obtenir de la CDU qu’il accepte la création de ce salaire minimum. Les dirigeants du SPD ne pourront participer à cette grande coalition que si la programmation d’un SMIC allemand sera adoubée par les 500.000 adhérents du parti socialiste. Il faudra donc que ce SMIC ne soit pas symbolique.

Toute l’Europe suit, avec beaucoup d’attention, cette négociation dont l’issue peut impacter la puissance des entreprises allemandes. Un salaire minimum de 8,5 euros de l’heure, augmentera l’ensemble des coûts salariaux. Selon les calculs faits par les économistes du patronat allemand, cette augmentation serait de 1% en moyenne et peut se retrouver dans la consommation des ménages. Ce phénomène aurait deux conséquences. D’une part, il attaquerait la compétitivité des produits allemands sur les marchés étrangers : ce qui allègerait la pression concurrentielle. D’autre part, il relancerait la demande interne et toute l’Europe en profiterait.

Par ailleurs, les partis majoritaires ont aussi promis pendant la campagne électorale des augmentations importantes de dépense publique. Sur les infrastructures et sur les retraites, beaucoup de promesses ont été faites, y-compris par Angela Merkel. Il faudra en respecter quelques-unes. Ce changement dans la politique des dépenses publiques redonnera également de l’oxygène au marché intérieur.

Le deuxième grand dossier sur lequel il existe une négociation âpre est celui de l’énergie.

L’Allemagne s’est engagée, sous la pression des verts, dans une politique énergétique désastreuse. Elle a arrêté les centrales nucléaires, multiplié les sources d’énergies renouvelables et ré-ouvert des centrales au charbon. En voulant produire une énergie propre, elle a produit une énergie chère. Et comme les énergies renouvelables ne suffisaient pas, elle a investi massivement dans le charbon. Le résultat de tout cela, c’est que l’Allemagne qui voulait être exemplaire est devenue le plus gros pollueur de l’Europe avec son charbon importé. Son électricité est payée au prix fort par les ménages pour que les entreprises puissent la payer au prix du marché international.

L’Allemagne a eu tout faux. Ce désordre et cette innocence alimente un débat qui ne fait que s’ouvrir. Le débat est tellement chaud que les partis ont décidé de ne pas en faire un élément du compromis. Cela dit, ils ont tous signé l’augmentation des dépenses publiques pour réduire les prix de l’énergie dans les régions agricoles pauvres et pour l’industrie. Ça ne pourra pas durer. L’énergie est porteuse d’une faiblesse structurelle pour l’économie allemande.

Cette situation bloquée sur les salaires et sur l’énergie est inquiétante pour la compétitivité allemande. Ceci dit, son avance est telle, qu’elle peut négocier un compromis. Cependant, son incapacité a trouver une solution va la rendre beaucoup moins puissante qu’on pouvait le craindre.

La Grèce, l’Espagne et l’Italie pourrait en profiter. Quant à la France, elle se réjouit en silence du malheur des autres. On a tort, car contrairement aux autres pays qui sortent de la crise, la France n’a pas fait beaucoup d’efforts pour en sortir. Plutôt que d’espérer que les autres aillent plus mal mieux vaudrait profiter de cette nouvelle situation pour négocier de nouveaux contrats de solidarités, de nouvelles coordinations. Accepter la main tendue pour plus de fédéralisme. On n’y est pas !