Pourquoi la crise grecque va sortir le FMI du jeu européen

Le FMI est un acteur central de la crise grecque. Toute la question est de savoir pourquoi l’institution internationale a pris cette importance. Les Européens souhaitent maintenant que le FMI se retire du jeu.

Les Européens vont sans doute accepter un compromis pour que la Grèce puisse honorer ses engagements. La Grèce va, de son côté, promettre d’engager un certain nombre de réformes. Il fallait trouver une  sortie de crise sans sortir de l’euro. C’était l’intérêt du monde entier qui craignait une déstabilisation de l’Europe et un risque systémique. Il le fallait.

On va donc signer un accord mais personne ne se fait d’illusion. L’accord va calmer le jeu mais ne règle pas le problème de fond qui serait d’obtenir une résurrection économique de la Grèce. Cela dépend plus des Grecs eux-mêmes que du reste de l’Europe.

Alexis Tsipras va faire semblant d’engager des réformes et les créanciers vont faire semblant de le croire. En attendant, la Grèce n’a pas trouvé son équation de croissance. Il ne s’agit plus d’espérer qu’elle puisse rembourser ses dettes.

Il y a belle lurette que personne ne se fait plus d’illusions. Les dettes ont été transformées en dettes quasi-perpétuelles. Il s’agit de définir une stratégie industrielle et une politique économique pour la dispenser de vivre à crédit. Le jour où l’on aura trouvé un modèle économique viable pour la Grèce, il n’y a aura plus de problèmes.

La crise grecque a révélé l’incongruité de la présence et du rôle joué par le FMI. C’est le FMI qui a imposé aux créanciers des thérapies de choc, c’est le FMI qui a mis la pression pour que le gouvernement grec rembourse les dernières mensualités. C’est le FMI, qui a exigé des garanties de gestion rigoureuse de la part d’Alexis Tsipras. Enfin, c’est le FMI qui a cristallisé toute l’agressivité des Grecs à l’encontre des créanciers.

Sur le plan juridique, Christine Lagarde n’a fait que son job. A partir du moment où l’institution était engagée, elle apportait ses garanties, elle avait des comptes à rendre à ses actionnaires. Le FMI devait donc surveiller, sans état d’âme, le respect du cahier des charges.

Mais sur le plan pratique, l’exercice de ce rôle sans nuances a quand même bien failli mettre en défaut la Grèce et déstabiliser du même coup complètement l’ensemble de la zone euro.

Pousser la Grèce à la faillite comme c’était le cas, c’était prendre le risque de démolir la zone euro. Certains analystes y ont vu la main de Washington qui n’a jamais beaucoup aimé l’Europe. Peut-être ! De là à instrumentaliser le FMI pour engager une entreprise de démolition de la zone euro, il y a de la marge.

Ceci étant, il faudrait savoir pourquoi le FMI est arrivé dans le jeu européen au point d’imposer ses règles. Pour reprendre une comparaison facile, est-ce que le FMI intervient aux USA quand la Californie a des ennuis financiers avec l’Etat fédéral ? La réponse est non. Alors pourquoi le FMI est venu occuper une place centrale dans l’équilibre de la zone euro ? La réponse est très simple.

Le FMI est arrivé au monument de la crise à la demande des Européens qui n’avaient pas d’instruments de solidarité pour venir en aide à un de leur partenaires. Il leur fallait une garantie supérieure pour octroyer des prêts. Le talent plus ou moins intéressé de Dominique Strauss-Kahn, les invitations pressantes de quelques grandes banques chargées de restructurer la dette ont décidé l’institution à intervenir avec la BCE et la Commission.

Ce faisant, le FMI a demandé des conditions que les autres organismes n’osaient pas demander puisque les membres de la zone euro n’ont aucun outil de solidarité financière. Résultat, c’est le FMI qui a mené la danse, exigé des retours sur investissement aberrants et les Européens, tétanisés à l’idée d’être obligés de présenter les factures à leur opinion publique ont laissé faire.

Dominique Strauss-Kahn était dans cette affaire comme un poisson dans l’eau. Il y voyait un intérêt politique personnel. Christine Lagarde a repris le dossier avec, pour mission, de faire rentrer l’argent, de présenter un bilan qui ne soit pas trop perdant à ses actionnaires et de revenir à ses fondamentaux qui est de participer au développement des économies émergentes. La Grèce n’avait pas besoin du FMI, elle avait l’Europe.

Jamais le FMI n’a eu pour vocation de fixer le taux de TVA applicable dans les îles grecques. Le FMI a normalement autre chose à faire en Inde, en Afrique ou ailleurs…

La vérité, c’est que le FMI apportait sa garantie financière et que les marchés demandaient cette garantie. La vérité c’est que le FMI apportait une sorte de caution politique et d’objectivité à ce qui se passait. La vérité c’est que les Européens étaient trop contents de laisser faire. Les pays européens ont laissé faire sans se rendre compte que la logique du FMI menait à la catastrophe.

Il semble désormais évident, qu’une fois remboursé par la Grèce, le FMI ne participera pas à un éventuel troisième plan. Il est évident que les fonctionnaires du FMI rentreront à la maison, parce que l’Europe de l’euro n’a vraiment pas besoin du FMI. Au contraire.