Pourquoi la France a besoin d’autre chose pour 2016 que de se complaire dans la désespérance et la peur

Incroyable, invraisemblable, surréaliste ! La semaine que nous venons de vivre paraît extraite d’un épisode de Jurassic Park, tout le monde se plaint.

Incroyable, invraisemblable, surréaliste ! La semaine que nous venons de vivre paraît extraite d’un épisode de Jurassic Park, tout le monde se plaint.

Revue de presse de la rentrée : « la crise revient, les perspectives s’assombrissent et l’année 2016 sera compliquée et dangereuse. François hollande et Manuel Valls ont choisi le management de la peur ». Et quand il n’y a pas de danger immédiat, on rappelle les catastrophes horribles du passé récent, on commémore à tout instant – Mitterand qui était fasciné par la mort faisait la même chose- et on nous predit un retour de la crise et un avenir de plus en plus sombre. La guerre quoi !

On bout d’une semaine, on est éreinté ! Déjà épuisé et ça va être pendant tout le mois de janvier comme cela. Le mois des vœux est en général démoralisant mais cette année, on va battre tous les records. François Hollande a du découvrir que son marché politique était celui de la désespérance et de la misère. Il le tient. Comment voulez-vous que ce pays travaille, innove et invente, c’est impossible. Ce qui est important pour les dirigeants politiques, est quand même assez secondaire pour l’opinion publique qui, elle, a besoin de choses très simples : de la sécurité, voir clair sur la route, et de la liberté pour travailler.

La situation internationale est compliquée oui, mais elle a toujours été compliquée. Les perspectives économiques sont détériorées oui, mais comme à chaque fois qu’elles ont été meilleures. La bourse va s’effondrer peut-être, mais c’est parce qu’elle avait beaucoup monté. Les boursiers se plaignent toujours quand la bourse baisse. On ne les entend jamais se plaindre quand elle monte. Bizarre, non ? Pour qu’elle baisse, il a bien fallu qu’elle monte avant.

Enfin, ce début d’année ne nous a pas permis d’oublier une de nos qualités bien franco-française :  la chasse au bouc émissaire qui est toujours le sport le plus pratiqué chez nos Parlementaires de droite comme de gauche. Avec des champions toutes catégories dans les partis extrémistes.

Tout ce qui nous arrive c’est de la faute des autres. Au hit parade des coupables en ce début d’année : la Chine, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne. Sans oublier Angela Merkel, disque d’or en France, et Mario Draghi qui en fait trop, puis pas assez pour l’euro trop fort, puis trop faible… En cherchant bien, on peut aussi citer les syndicats.  Le Front national, Uber qui va tuer les taxis, Amazon qui va tuer les hypermarchés qui avaient eux-mêmes tué le petit commerce, les nouvelles technologies et la mondialisation.

Bref, quand on n’a pas de coupables sous la main, on regarde en arrière comme Zemmour ou Natacha Polony parce que c’était mieux avant ! Ce qui trouble tout, c’est  que la notoriété que donnent les médias apporte aussi, croit-on, la légitimité pour parler de tout et de n’importe quoi. Et comme les vrais gens sont un peu perdus, ils ont tendance à croire n’importe quoi.

La semaine dernière, lors d’un entretien avec des céréaliers du Nord-Pas-de Calais, ils en arrivaient à regretter la PAC, l’euro et l’ouverture des frontières, le tunnel sous la Manche.  Jusqu’au moment où un expert vient leur rappeler que 70% de leurs récoltes étaient exportées à l’étranger vers l’Egypte ou la Turquie par le port de Dunkerque. D’où une question très bête : « et si on ferme les frontières comme vous semblez le suggérer, vous faites quoi de vos récoltes ? » Silence gêné dans la salle…

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D’une certaine façon, se plaindre est un droit, une thérapie. Pour le peuple, mais pas pour les élus. A condition que cette thérapie soit accompagnée d’une pédagogie. Et sur la pédagogie, nos hommes politiques sont nullissimes ou alors complètement lâches. Ils ne savent rien ou plutôt ils ne veulent rien dire. Il y aurait pourtant des choses très simples à clamer, expliquer et perfuser.

La première chose, c’est que la crise n’existe pas, elle est permanente. La vie même, est une longue crise qu’il faut apprivoiser et assumer. De la naissance à la mort. Tout est violent. La crise a d’ailleurs une qualité énorme : elle redistribue le pouvoir à ceux qui sont le mieux capables de la gérer. La crise rend intelligent. Oui, elle épuise les plus faibles, les moins bien armés. Mais les sociétés ont les moyens de soigner les blessures de la crise. Autrefois, il n’y a pas si longtemps, on réglait les problèmes par une bonne guerre, avec des millions de morts. Ceux qui pensent que c’était mieux avant, qu’ils prennent leurs responsabilités, mais pas sûr que ça soit acceptable.

La deuxième chose, c’est que nous sommes au cœur d’une révolution industrielle. Le digital est en train de provoquer la mutation très rapide des organisations humaines. La production a changé, la distribution est complètement bouleversée, les rapports entre les hommes sont chamboulés, beaucoup plus responsables mais chamboulés. Le bouleversement est du même ordre que celui qu’avait entrainé la machine à vapeur ou l’électricité.

La troisième chose, c’est que le monde n’est plus partagé entre les riches au Nord et les pauvres au Sud. Les pays émergents ont acquis les moyens de s’enrichir et en s’enrichissant, il se peut qu’ils aient fabriqué des pauvres au Nord. On l’accepte mal. Surtout, on ne sait pas répondre.

La quatrième chose, c’est que la planète tout entière est organisée en économie de marché. Le principe qui s’impose à tous, c’est la concurrence. Alors, les règles ne sont pas encore les mêmes partout mais ça viendra bien un jour. Le plus grave à gérer, c’est que  la concurrence entraine  la fin des monopoles et des rentes. C’est gênant surtout pour les rentiers.

Les pays producteurs de pétrole, les rois de la rente, vont se plaindre à Dieu. Comme si Dieu pouvait quelque chose. Les peuples les plus âges vont enfermer leur épargne et s’arrêter de prendre des risques. Les professions fragilisées par les évolutions technologiques vont se replier sur leurs acquis ou se révolter. Quand l’électricité a été domestiquée au 19ème siècle, les classes privilégiées n’en avaient pas besoin. Elles prétendaient que l’électricité rendait fou, provoquait des incendies, faisait tomber les cheveux et rendait stérile. N’importe quoi ? Les riches ne voulaient surtout pas que les plus pauvres puissent s’éclairer. Le siècle des lumières a été celui de l’émancipation du peuple.

<--pagebreak-->La vérité, c’est que la crise est une série d’opportunités qu’il faut saisir, assumer et reprendre à son compte. Dans la Grèce antique, en Egypte, et même dans la Chine des Empereurs, la crise était une bonne nouvelle. Comme la pluie qui fertilisait les terres, les gens sortaient et se réjouissaient de cette opportunité de nouveauté.

En France, face à la crise, on a des gouvernants et plus précisément un président de la République qui sortent les parapluies. En 2016, on va très certainement battre le record de consommation de parapluies, l’année du réchauffement climatique, un comble. Vive la crise.

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