Pourquoi un vrai programme de modernisation ne trouve pas de majorité ni à gauche ni à droite

Politiquement tout s’arrange, mais mal. La semaine va encore nous offrir le spectacle de la confusion idéologique et stratégique. A gauche comme à droite, les déficits de vision et de programme sont nombreux. C’est le drame français qui explique notamment la montée des extrémismes.

Politiquement tout s’arrange, mais mal. La semaine va encore nous offrir le spectacle de la confusion idéologique et stratégique. A gauche comme à droite, les déficits de vision et de programme sont nombreux. C’est le drame français qui explique notamment la montée des extrémismes.

La gauche sort d’un séminaire comparable à un festival de langue de bois. La préparation du congrès montre à quel point il n’y a plus de colonne vertébrale consensuelle dans le parti du gouvernement.

La gauche est désormais partagée comme jamais elle ne l’a été. Partagée entre des modernes qui voudraient que l’on s’adapte au monde tel qu’il est et des anciens qui promettent de changer le monde pour qu’il s’adapte à notre identité. D’un côté, des pragmatiques qui promettent une survie au prix d’un effort de changement et de l’autre des utopiques, parfois sympathiques, qui promettent un moment paradisiaque et gratuit.

Emmanuel Macron va donc, cette semaine, présenter sa loi de libéralisation de l’économie. Cette loi engage des réformes que l’on aurait dû faire depuis plus de dix ans. Sur la flexibilité du travail, l’organisation des entreprises, les horaires d’ouverture, le commerce mondial, la compétitivité, les seuils  sociaux… Le Premier ministre Manuel Valls a recadré cette loi dans l’optique d’une ambition plus vaste de modernisation et d’adaptation nécessaire de l’économie française à la mondialisation, au progrès technologique et digital.

Cette loi aura du mal, à gauche, à trouver une majorité. Elle peut provoquer une fracture profonde au PS. C’est pourtant, pour Manuel Valls et François Hollande, la seule attitude possible pour sauver ce pays du déclin. Et surtout pour construire une économie qui dégage les marges nécessaires pour financer l’État providence. La gauche de la gauche fait semblant de croire que le pays n’est pas en faillite, la gauche réaliste héritière de Mendès-France, de Rocard, sait bien que pour protéger le modèle social il faut que la machine tourne. Pour qu’elle tourne, il faut que les entreprises soient compétitives et que l’État soit plus productif.

Toujours est-il qu’à gauche, il y a beaucoup de chefs. Au PS, chez les écolos ou à l’extrême gauche cela ne manque pas. Mais curieusement, il n’y a pas de programme qui soit capable de préserver le modèle sur le long terme, absence totale de programme responsable et rassembleur pour former une majorité. Cela veut dire qu’il y aura soit une scission soit un compromis inutilisable.

La droite française n’est pas mieux lotie, elle est coupée en deux. Les modernes d’un côté plutôt européens, mondialisés et insérés dans l’économie du digitale, dans la logique de la compétitivité. De l’autre, des anciens plutôt étatistes ou même colbertistes, qui considèrent que l’État est plus important que l’entreprise, plutôt souverainistes et collectionneurs de boucs émissaires : la Banque centrale, la Commission européenne, la Russie et demain s’il le faut elle redeviendra anti-américaine. Bref, une bonne vieille droite franco-française comme on l’aime.

La droite plutôt moderne serait prête à faire des réformes de modernisation mais avec beaucoup de prudence parce qu’elle sait qu’elle n’est pas majoritaire. La droite archaïque enfile des revendications protectionnistes qui ne peuvent permettre une adaptation de la France au changement. Il y a beaucoup de chefs à droite que le pouvoir attire, de Nicolas Sarkozy à Alain Juppé en passant par Fillon, Lemaire ou Bertrand. Tous parlent de l’union nécessaire mais personne n’a encore fabriqué un programme de modernisation cohérent et responsable qui recueille le soutien du plus grand nombre.

Le problème d’une gouvernance française adaptée à la modernité est insoluble, sauf à regrouper les modernes d’un côté et les plus conservateurs de l’autre. C’est possible, toutes les grandes démocraties ont fait cela. Aux USA, en Angleterre, en Allemagne. La France, non. D’où l’existence d’une extrême droite et d’une extrême gauche importantes. Le plus curieux, c’est qu’aucun responsable politique n’a encore fourni l’effort d’accoucher d’un programme cohérent et responsable. Responsable, c’est-à-dire qui protège les acquis sociaux sans hypothéquer l’avenir.

C’est le vrai compromis que l’on devrait construire. C’est l’idée qu’il y a derrière, la loi Macron. Mais il n’y aura pas de majorité forte pour la porter.