Précampagne électorale : François Hollande a déjà dépensé et promis près de 18 milliards d’euros et l’opposition ne dit rien

Entre les promesses faites depuis deux mois aux syndicats, à la CGT notamment, et aux fonctionnaires, les engagements pris pour recapitaliser des entreprises publiques, et le coût des inondations, la facture atteindrait déjà 18 milliards d’euros.

François Hollande n ‘a pas mis de temps à réveiller ses reflexes clientélistes. Une fois qu’il a acquis la certitude que les chefs du Parti socialiste réussiront à éviter une primaire qui s’annonçait désastreuse, François Hollande s’est lancé dans un vaste programme d’achat des différents segments de clientèle.

Le bilan du quinquennat étant calamiteux en termes de résultats économiques, la seule chose qu’il lui reste à faire est donc de reprendre une à une les composantes de son électorat d’origine. Plus question de grandes promesses de réformes, il promet de distribuer très vite des espèces sonnantes et trébuchantes.

Le cœur de son électorat d’origine est dans la fonction publique. Les plus gâtés seront donc les fonctionnaires qui avaient tendance à le lâcher. Ils n’ont pas reconnu, dans l’action gouvernementale du quinquennat, ce qui avait été promis pour revaloriser le service public, donc ils ont présenté une facture.

Les fonctionnaires ont signé un accord sur la modernisation des parcours professionnels des carrières et salaires qui coutera 5 milliards d ‘euros par an à l’horizon 2020. Personne ne sait à quoi ça servira au juste, sauf les permanents des syndicats qui vont gérer ces parcours.

Ils ont, en plus, obtenu le dégel du point d’indice, ce qui augmente les dépenses publiques de fonctionnement de 2, 5 milliards d‘euros.

Sans parler du versement pour les personnels de l’Education nationale d’une prime mensuelle de 50 à 100 euros. Najat  Vallaud-Belkacem s’est sentie aimée des personnels du ministère ces derniers jours.

Le plan d ‘urgence pour l’emploi revient à ajouter aux emplois publics d’autres aides pour créer des emplois publics. Ce plan d’urgence va couter 1 milliards d’euros dès cette année.

En marge de la loi El Khomri, il faut comptabiliser l’allocation de ressources distribuée aux jeunes de moins de 28 ans qui n’ont pas trouvé d’emplois, environ 500 euros pas mois. Cette promesse, qui va représenter 2,7 milliards d’euros, n’a pas impressionné les jeunes de Nuit debout.

Comme le RSA, cette mesure nous conduit tout droit dans l’antichambre du revenu universel, un concept très à la mode en Occident et qui consisterait à distribuer entre 700 et 1 000 euros à tous les hommes de plus de 14 ans, jusqu’au décès et cela sans distinction de revenus.

Les Suisses, qui ont été appelés à se prononcer par referendum ce week-end, ont rejeté le projet très massivement.

Le rejet des Suisses n’empêchera pas les candidats à la présidentielle de réfléchir à une promesse identique, à commencer par le candidat socialiste. Ce qui, dans la situation économique française, serait complètement aberrant.

Plus concrètement, dans cet inventaire à la Prévert des dépenses, il faudrait aussi noter l’augmentation de 3 à 5 milliards d’euros, d’ici à 2020, pour financer des actions de lutte contre le réchauffement climatique : c’est du moins ce qu’on a promis aux écologistes pour qu’ils ne se sentent pas trop isolés du jeu.

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En attendant l’ouverture du grand chantier électoral, le chef de l’Etat et son gouvernement distribuent et arrosent. Aux maires, on promet de revenir en partie sur les efforts d’économie ; à la CGT, on promet de suspendre la convention collective à la SNCF, qui était pourtant nécessaire pour moderniser cette entreprise et la mettre en état pour affronter la concurrence européenne, et surtout restaurer des conditions de sécurité qui ne sont pas réunies à cause du vieillissement des matériaux roulant et des équipements.

La SNCF va avoir besoin de 5 milliards d’euros d’investissements dans les trois ans, avec une amélioration forte de la productivité des personnels et une restructuration du système de retraite, qui est affreusement coûteux.

Ne parlons pas du coût des inondations, que François Hollande s’est précipité de chiffrer à 1 milliards d’euros – et de promettre que l’Etat indemnisera les dégâts – ni du service civique.

En dépenses courantes, on dépasse largement en promesses les 10 milliards d’euros. Reste que l’Etat a aussi promis à EDF  3 milliards d’euros de recapitalisation et à Areva 4 milliards d’euros pour remettre sur pieds la filière nucléaire. Soit 7 milliards d’euros.

Au total, on est pas loin des 18 milliards que dénoncent certains députés de l’opposition qui ne sont pas entendus.

Le plus cocasse dans cette affaire, c’est que le gouvernement affirme que toutes les dépenses de fonctionnement seront financées par des économies, sans dire pour autant lesquelles.

Quand aux dépenses d’investissement concernant EDF, Areva, et la SNCF, les services de l’Etat expliquent que l’Agence des participations a des réserves mobilisables pour 2,4 milliards d’euros, et qu’elle va préparer un plan de privatisations partielles de certaines entreprises.

On pense à la vente de 60 % des aéroports de Nice et de Lyon (c’est pratiquement bouclé pour 1,5 milliards d’euros). On pense aussi à la vente partielle de ERD, la filiale qui gère les réseaux éclectiques ; à la vente partielle de RFF, le réseau ferré de France, la structure qui gère les infrastructures de transports ferroviaires ; à la vente de tout ou partie de la participation de l’Etat dans PSA Peugeot Citroën qui recèle une plus value conséquente, compte tenu des résultats excellents du groupe.

L’Etat peut faire chauffer ses calculateurs, il n’en demeure pas moins que ces pratiques devraient, en temps normal, attirer l’œil critique de l’opposition. Gilles Carrez, le monsieur chiffre et budget de l’opposition, est bien sorti de son silence la semaine dernière, mais on ne peut pas dire qu’il ait été entendu avec attention. Disons plutôt qu’il a crié dans le désert.

Ce qui ressemble à une précampagne électorale appelle quand même quelques remarques :

1. La majorité des dépenses ne sont pas financées. Elles vont donc se retrouver, pour environ 1/3, dans le déficit budgétaire. Le gouvernement ne parlera plus de revenir à moins de 3%. Impossible ;

2. Les 2/3 restant du chiffrage de cette campagne seront payables, mais à partir de 2017. En fait, François Hollande se projette sur des dépenses dont les factures seront présentées à ses successeurs ;

3. Ce comportement n’a aucun contre-pouvoir dans nos institutions. La Cour des comptes peut toujours allumer les warnings, rien n’y fait ;

4. Au contraire, le systeme dans lequel nous vivons encourage ce type de comportement.

Les taux d’intérêt sont proches de zéro. A priori, et en dépit des avertissements de la BCE, notre appartenance à la zone euro nous exonère de faire le moindre effort. La zone euro, c’est-à-dire la solidarité entre ses membres, fait que le systeme nous garantit la stabilité des moyens de paiement.

Avant l’adhésion à l’euro, une situation économique et sociale comme celle que nous traversons depuis deux mois aurait été immédiatement sanctionnée par les marchés. Les taux d’intérêt auraient grimpé, et le franc se serait effondré.

Nous sommes dans une situation complètement paradoxale. Le pouvoir politique tire à boulet rouge sur l’euro et son fonctionnement au point, pour certains, de défendre l’idée d’en sortir. Alors l’euro et la BCE autorisent le président français à se livrer à toutes les turpitudes budgétaires possibles. La facture Bygmilliard se monte désormais à 18 milliards d’euros et nous ne sommes qu’à un an de l’élection présidentielle.