Présidentielle : les candidats de la droite se réduisent à des experts-comptables, mais oublient de nous proposer un cap

Le premier débat a permis de mettre en évidence un vrai clivage sur le programme de redressement économique, mais n’a livré aucun élément sur le cap proposé. Pour beaucoup d’observateurs, ce premier débat des candidats de la droite à la présidence de la République a manqué de vigueur, de tonus et finalement de spectacle. C’est un peu vrai. Parce que les commentateurs politiques attendent surtout qu’un débat tourne à l’affrontement d’idéologies antagonistes, avec des petites phrases assassines et des surenchères de promesses pour la plupart irréalisables.

Toutes les démocraties du monde offrent sur toutes les télévisions cette sorte de match qui relève plus de l’entertainment hollywoodien que de l’exercice serein d’une information pédagogique. L’Amérique, qui se cherche un président, est incapable de sortir de ce modèle. La Grande-Bretagne avec la mascarade du Brexit nous en a, elle aussi, offert un exemple accablant.

La classe politique et médiatique, l’opinion aussi, sont d’ailleurs contradictoires. Tous veulent des débats polémiques, et même violents, où s’affrontent des personnalités, mais ils souhaitent aussi du sérieux, de la pédagogie, de la cohérence.

Alors si on juge le premier débat français à l’aune du pugilat que l’opinion (et les médias) craignent ou espèrent, les candidats de la droite ont été finalement d’une incroyable sérénité. Du moins en apparence.

Est-ce à dire que le débat a été plus utile et plus pédagogique sur les moyens de réformer et de gérer le pays ? Pas évident.

Avec le recul, beaucoup y ont vu une confrontation un peu ennuyeuse entre des experts comptables qui nous ont noyé sous des tonnes de milliards d’euros à économiser ou à regagner sans nous dire exactement où ils voulaient nous conduire.

Cela dit, à y regarder de plus près, il ressort quand même que les moyens proposés par tous ces candidats de la droite sont très différents et qu’ils portent des évolutions de la société qui sont très divergentes. Mais pour s’en convaincre, il faut s’accrocher et éplucher les chiffres.

1) Si le débat de la présidentielle se résume à une confrontation d’experts comptables, il en ressort, c’est vrai, le même diagnostic :  la France est au bord de la faillite, il faut donc la redresser pour relancer les moteurs, mais sur les moyens de réajuster le modèle de croissance, les candidats ne sont pas au diapason.

D’un côté, François Fillon envisage de provoquer un énorme choc de compétitivité au profit des entreprises, par un abaissement spectaculaire des charges sociales, puis un allègement des impôts qui pèsent sur le capital et les investissements (plus value, ISF, impôt sur les société, etc.), le tout financé principalement par une diminution des dépenses publiques. François Fillon considère, avec une majorité d’économistes, que le redressement viendra des entreprises et il n’a évidemment pas tort dans la mesure où il faut de façon urgente booster un processus de créations d’emplois.

De l’autre, Bruno Le Maire concentre son effort au bénéfice des ménages (donc de la demande) en proposant une baisse spectaculaire de la CSG qui pèse sur tous les revenus. Sachant que lui aussi finance cette baisse de CSG par des allègements de dépenses et fait l’hypothèse d’une reprise d’activité assez rapide avec des rentrées de TVA.

Ce qui est intéressant, c’est qu’entre ces deux écoles, les deux autres candidats importants, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, se glissent entre les deux logiques avec des modèles moins clivants. Ils mixent les outils du redressement en rééquilibrant l’effort entre les ménages et les entreprises.

2) Il est beaucoup plus inquiétant, voire décourageant, de constater qu’on a le sentiment que cette confrontation entre des experts qui évaluent l’impact d’une politique de l’offre comparée à une politique de la demande est d’un archaïsme abyssal dans la mesure où elle aurait pu avoir lieu il y a 5, 10 ou 20 ans.

Aucun des candidats n’est capable de fixer un cap et de tracer une route entre toutes les contraintes de la modernité pour profiter de toutes les opportunités offertes aujourd’hui.

Rien sur l’Europe, rien sur la mondialisation, rien sur la transformation digitale, rien sur l’ubérisation de la société, peu de chose sur l’environnement.

Le réajustement des comptes est absolument indispensable, nécessaire, parce que personne ne paiera durablement les loyers à notre place, mais une question récurrente n’a toujours pas de réponse : pour faire quoi, et aller où dans ce monde qui est désormais complètement ouvert ?

Qu’est ce qui fera la croissance de demain. Où, comment, avec qui ? Nos aînés sont sortis de la Seconde Guerre mondiale avec une ambition : assurer le développement économique et le progrès social et matériel comme facteur de paix. A l’issue du demi-siècle passé, les ambitions ont été satisfaites dans une grande partie du monde occidental.

Maintenant, qu’est ce qu on fait ? On rétablit l’équilibre des comptes, oui, on répare les charpentes, ok… Mais encore ? Pour aller où ? What else, comme dit la pub ?