Prix de l’essence : les raisons qui empêcheront le gouvernement de baisser les taxes sur l’énergie.

Alors que l’exécutif se prépare à sortir un chèque carburant destiné à ceux qui en ont vraiment besoin, la pression pour qu’il baisse carrément les impôts et les taxes s’accroit de plus en plus.

Face à l’envolée des prix des carburants et à la menace d’explosion de colère, le gouvernement a trois solutions :

- Ou bien il ne fait rien, ce qui ne serait pas responsable et impensable à 6 mois d’une élection présidentielle ;

- Ou bien il dégaine des chèques carburants qui seraient destinés à alléger le coût du plein pour les ménages les plus en demande, mais comment les sélectionner ?

- Ou bien, il cède à la pression et baisse les taxes, ce qui aura des effets catastrophiques. D’abord, parce qu’en baissant les taxes, il fait un vrai cadeau à ceux qui n’en ont pas besoin. Ensuite, il abandonne des recettes fiscales dont il a besoin. Enfin, il donne un très mauvais signal à tous ceux qui se battent contre le réchauffement climatique.

Et pourtant, la peur du gilet jaune gagne du terrain tous les jours. Les partisans d’une baisse généralisée des impôts et taxes sur les carburants n‘hésitent pas à rappeler que le mouvement des gilets jaunes a démarré par une fronde des automobilistes à la porte des stations-service contre les augmentations du prix du gasoil. A partir de là, la France a bien compris que les taxes sur l’essence et le gazoil étaient politiquement très inflammables. Même si le mouvement des gilets jaunes a quitté les ronds-points et les routes, son ADN est restée très imprégnée de l’odeur d’essence et de fioul. D’où l’attention avec laquelle le gouvernement suit les réactions de l’opinion face à cette explosion des prix de l’énergie. Politiquement, à quelques mois de l’élection présidentielle, le dossier peut donc devenir très gênant pour l’exécutif.

Très gênant et surtout très difficile à gérer.

D’abord, parce que les marges de manœuvre du gouvernement sont nulles et que toute mesure aura, elle-même, des effets politiques collatéraux peut-être plus graves que la hausse. La hausse est imputable à des phénomènes macroéconomiques liées à la reprise de l’économie. D’une certaine façon, la hausse des prix est un marqueur de l’amélioration de la situation économique. Tous les indicateurs sont au vert. Tous les moteurs de la croissance ont redémarré. On avait prédit la catastrophe mondiale sur le plan sanitaire, économique et social.

La pandémie a engendré beaucoup de détresse humaine, mais les activités économiques se sont réveillées. La croissance, les investissements, l’emploi, la production et la consommation, tout est reparti partout dans le monde, sauf peut-être en Amérique du sud. La première conséquence de ce redémarrage violent a été de saturer les marchés de l’énergie. La demande est telle que l’offre ne suffit pas. Donc les prix montent. Les prix du pétrole, du gaz, les prix de l’électricité. Du coup, c’est le consommateur, client, qui doit payer.

Le gouvernement a très peu de moyens pour empêcher cette hausse du marché. Il ne pilote ni les prix du pétrole, ni les prix du gaz. Il peut créer des situations qui vont garantir une stabilité sur le long terme, c’est un peu ce qu’il se passe avec le gaz russe ou algérien. Les hausses de prix du gaz sont un peu mieux amorties que celles du pétrole. Mais le pouvoir de régulation est très limité. Le gouvernement peut essayer de modifier le mix énergétique en passant sur des énergies moins chères comme le nucléaire, mais ce sont des manœuvres structurelles à très long terme. Donc, le gouvernement est impuissant face à ces mouvements exogènes. Sauf à toucher à la fiscalité des carburants, ce qui le conduirait dans une situation inextricable que les électeurs lui reprocheraient très vite.

C’est le deuxième point de blocage pour le gouvernement. Les taxes sur les énergies et les carburants sont des formidables pourvoyeurs d’impôts. Les taxes calculées sur les énergies représentent entre 20% pour l’électricité et 60 % pour les carburants, dont l’essence et le diesel. Mécaniquement, on peut évidemment imaginer d’alléger les taxes pour alléger le prix.

Au niveau du budget, l’effet serait insoluble. 5 centimes de baisse de la TIPP sur l’essence ou sur le diesel, c’est plus de 2 milliards de recettes fiscales en moins. 25 centimes de moins sur l’essence à la pompe, et c’est plus de 10 milliards de recettes en moins. Il est évident que dans la conjoncture actuelle, avec les contraintes budgétaires qui ont été alourdies, Bercy ne peut pas accepter et ne s’en remettrait pas.

Le gouvernement pourrait, à la grande rigueur, ressortir le projet de TIPP flottante. Un mécanisme qui reviendrait à réguler le prix de l’essence sur le long terme. On baissera la taxe en période de hausse des prix, (c’est assez facile à faire évidemment), on remonterait la taxe en période de baisse des prix du pétrole (ce serait là beaucoup plus compliqué).

En fait, toute manipulation des taux de TVA est impossible à gérer.

Politiquement, il n’est pas sûr que la baisse de TVA soit une bonne affaire. Elle serait générale, et bénéficierait à tout le monde. Les classes moyennes, qui n’ont que leur voiture comme moyen de mobilité, seraient demandeuses évidemment, les classes les plus pauvres aussi. Mais les automobilistes au volant de leur SUV à plus de 50 000 euros en profiteraient également pour aller en week-end à Deauville. Tant mieux, mais ça n’est pas la meilleure chose que pourrait faire le gouvernement.

D’autant que le signal donné à tous ceux qui se battent contre le réchauffement climatique serait déplorable. A un moment où le gouvernement s’engage dans la mutation énergétique avec l’engagement d’atteindre le carbone zéro en 2050.

Par conséquent, le gouvernement ne passera pas par la case baisse d’impôt, mais peut très vite repasser par la case chèque carburant, comme il est déjà passé par la case chèque énergie. A condition que le chèque carburant soit reçu par ceux qui en ont vraiment besoin, et que la procédure pour que ces chèques soient véritablement équitables va être compliquée à déployer.