Quand les milieux d’affaires fantasment sur un Valls rabiboché avec Macron pour contrer François Hollande

Pour les milieux d’affaires, si Manuel Valls avait la sagesse de s’entendre avec Macron, il représenterait une alternative crédible à François Hollande.Pour beaucoup d’observateurs, la semaine qui vient de se terminer a été déterminante pour l’avenir de la gouvernance socialiste. Les milieux d’affaires considèrent que Manuel Valls travaille de plus en plus à transformer le Parti socialiste en parti social libéral conscient des contraintes de marché.

Pour les milieux d’affaires, si Manuel Valls avait la sagesse de s’entendre avec Macron, il représenterait une alternative crédible à François Hollande.
Pour beaucoup d’observateurs, la semaine qui vient de se terminer a été déterminante pour l’avenir de la gouvernance socialiste. Les milieux d’affaires considèrent que Manuel Valls travaille de plus en plus à transformer le Parti socialiste en parti social libéral conscient des contraintes de marché.

Le Premier ministre a assumé et géré une collection d’évènements qui le positionnent au centre d’une gauche très différente de celle qui avait porté François Hollande. C’est ça le vrai changement.

D’abord sur le terrain politique. Il a fait le vide. Il est envident que c’est lui qui a obtenu le départ de Christiane Taubira, et l’a fait remplacer par un de ses fidèles. Il a donc désormais un gouvernement assez homogène, débarrassé des représentants de la gauche de la gauche. Débarrassé de tous les frondeurs, les écologistes et des radicaux puisqu’ils n’ont plus leur bases ministérielles. Ils sont donc très affaiblis.

En deux ans, il aura réussi à éliminer Jean-Marc Ayrault qui croyait aux promesses de la campagne alors qu’elles étaient irréalisables, puis Arnaud Montebourg qui se battait contre l’euro et l’europe, puis Aurélie Filippetti, puis Cécile Duflot qui a plombé la politique du logement et tout le secteur de la construction, sans parler de Benoît Hamon qui a suivi Montebourg .. En bref, Valls a évincé du gouvernement tous ceux à qui François Hollande avait fait des promesses pendant la campagne.

Reste qu’il n’a toujours pas les coudées franches au Parlement, même si les frondeurs et les écolos sont très absents ou très eteints. Ils ont peur de perdre leur job et, surtout, ils n’ont plus de leaders très audibles. Jean-Luc Mélenchon s’est mis en jachère au Parlement européen, qui n’est pas une institution très tendance actuellement.

Ensuite, faut dire que les faits travaillent pour Valls. La croissance est un peu meilleure en 2015 à 1,1% mais pas suffisante pour créer de l’emploi. Alors que l’environnement est favorable à la reprise, l’emploi en France ne décolle pas. C’est bien parce que le système de production est bloqué. Pas pour des raisons de demande, mais pour des raisons de structures trop protectionnistes des avantages acquis. Le conflit des taxis que Valls a débloqué sans céder sur le fond le prouve bien.

Tout le monde sait que si la profession de taxis est menacée, c’est parce que les VTC ont apporté une offre beaucoup plus innovante et intéressante aux besoins de la mobilité en ville. C’est le client, le consommateur, qui a plébiscité cette offre nouvelle.

Tous les chefs d’entreprise le disent : s’ils n’embauchent pas, c’est parce qu’ils sont bloqués, verrouillés. La création d’emploi est trop compliquée, trop lourde, trop coûteuse, trop stressante. La visibilité n’est pas suffisante. Les chefs d’entreprise ne sont pas sécurisés. Il faudrait passer par des réformes profondes dans l’organisation du travail mais qui vont à l’encontre de la culture traditionnelle du Parti socialiste.

Alors Manuel Valls – qui a déjà pris en main les procédures sécuritaires à l’occasion des attentats – s’attaque maintenant aux procédures qui pèsent sur le marché du travail.

Sur la réforme du droit du travail, Manuel Valls est certes d’une prudence de Sioux. Il laisse son ministre de l’économie lancer des ballons d’essais sur un ton très transgressif par rapport au politiquement correct de la gauche, pour rattraper la balle et amortir de choc sans céder sur le principe de base… Personne ne sait s’il réussira a lancer des reformes aussi graves et profondes que le droit du travail, les 35 heures. Cela dit, au niveau des intentions, il parait sans ambiguïté.

N’a-t-il pas dévoilé son cahier des charges cette semaine en affirmant haut et fort que l’avenir de la France le préoccupait beaucoup plus que l’avenir de la gauche ? Ca ressemble fortement à du Macron, pour lequel il n y a pas de politique de gauche ou de politique de droite, mais que des politiques efficaces en terme de performances économiques et d’emplois.

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Enfin, et s’il veut aller au bout de son ambition, Manuel Valls va devoir faire la paix avec Emmanuel Macron qui reste son seul rival. Un rival dangereux parce qu’il est sur le même créneau libéral que lui avec une liberté de ton plus grande mais une marge de manouvre plus étroite car le pouvoir est à Matignon. Ce rival a un autre atout, il a des bons amis a l’Elysée, il peut donc jouer sur les deux tableaux. Macron a des protecteurs de poids au palais présidentiel et dans la société civile.

François Hollande pourrait donc l’instrumentaliser (ce qu’il a déjà un peu fait) pour qu’ il continue de prendre un peu d’oxygène au premier ministre. Sauf que Macron est libre de son fonds de commerce et qu’il a de l’ambition… Il peut donc choisir celui qui lui servira le mieux pour accomplir son ambition.

Ce qui est extraordinaire, c’est qu’en pratique, le Premier ministre est le chef de la majorité. Or, il affirme et montre avoir pris en charge l’avenir de la France. Du coup, il défend une politique qui ne correspond pas à la majorité présidentielle.

Tout se passe comme si le président était tellement absent des affaires domestiques et de leur évolution que le Premier ministre considère que c’est à lui de les prendre en charge.

C’est donc lui qui défendra la loi sur l’état d’urgence et le projet de réforme constitutionnelle. C’est lui qui pilotera la réforme du droit du travail, c’est lui… etc. La marche vers une gauche libérale est lancée et assumée ouvertement, ce qui est totalement nouveau.

Alors, pour tous les acteurs de la vie politique et économique, tout va changer.

Les chefs d’entreprise ne se font pas d’illusions. Au niveau de l’action et avec la majorité telle qu’elle est, Manuel Valls n’aura pas beaucoup de moyens pour reformer le système, sauf à réutiliser le 49.3 si le président l’y autorise. Donc pas d’illusions à court terme.

Mais ce qui est certain c’est qu’à moyen terme, Manuel Valls dessine un programme de modernisation avec toute l’énergie nécessaire qui pourrait répondre aux besoins du système économique.

Donc, s’il réussit à faire la paix avec Macron, il peut avec son ministre de l’Economie offrir une solution alternative à François Hollande au cas où ce dernier ne pourrait pas se représenter.

Du côté du Parti socialiste, on fait grise mise, mais on est bien obligé de reconnaître que les concepts et les projets défendus par le PS depuis des lustres ont oublié de prendre en compte les grandes mutations de la sociétés. Les socialistes n’ont pas compris les opportunités de la mondialisation, ils y ont vu qu’un facteur de déstabilisation et de chômage. Ils n’ont pas compris les opportunités de la concurrence de marché… Ils ont très mal appréhendé les avantages, les opportunités de la révolution digitale. La rue de Solférino n’est pas source de propositions mais source de conservatisme.

Cette situation ne fait pas pour autant les affaires de la droite. Celle-ci n’a pas, elle non plus, tiré les leçons de la grande mutation. Ses réflexes sont aussi (comme la gauche classique) très protectionnistes.

La droite n’a pas de propositions fortes sur l’Europe fédérale, les abandons nécessaires de souveraineté. La droite n’a pas de solutions très originales pour accompagner la modernité des structures. Dans le conflit agricole, une partie de la droite est encore très pro-subventions et peu encline à accepter une agriculture de concurrence internationale, ou c’est pourtant là qu’il faut se battre.

A droite, peu de voix se sont élevées pour demander l’abrogation du principe de précaution qui bride les initiatives et les prises de risques. Enfin, mais ce n’est qu’un exemple, dans le conflit récent entre les taxis et les VTC, on n’a guère entendu les leaders de droite prendre parti pour l’innovation, le risque et l’offre nouvelle.

Comme la gauche, la droite n’est pas loin de préférer faire du clientélisme et défendre les rentes et les privilèges plutôt que de plaider pour des prises de risques, des innovations, et le progrès.

Quand la gauche radicale réclame une relance de la demande pour pousser la croissance en croyant que cette croissance allait créer de l’emploi… On n’a pas entendu les leaders de la droite expliquer que ce n’est pas la croissance qui crée les emplois mais l’inverse. Ce sont les emplois et les chefs d’entreprise qui créent la croissance. La croissance n’est qu’une résultante.

Le silence de la droite en matière économique est assourdissant. Il est aussi décourageant.

D’où l’intérêt que suscitent Manuel Valls et Emmanuel Macron. Si ces deux-là réussissent à s’entendre, ils seront beaucoup plus dangereux pour la droite que François Hollande. François Hollande, ne dit rien, ne fait rien. Valls et Macron dessinent une perspective de la France sur les marchés mondiaux, ils disent ce que va produire la révolution digitale, ils expliquent les bienfaits de la concurrence …. Ils disent et ils expliquent ce que la droite ou au moins les libéraux de droite devraient dire et expliquer, mais ne font pas. C’est un peu le monde à l’envers.