Quand les milieux économiques essaient de comprendre les vraies raisons du pessimisme des Français.

En cette fin d’année 2022, la grande majorité des Français partagent une déprime historique. Alors qu’objectivement, les faits et les chiffres montrent que ce pays pourrait échapper à la malédiction du déclin.

La situation économique et sociale n’est évidemment pas brillante. Peu de croissance, des montagnes de dettes qui paraissent impossibles à rembourser et nous mettent en risque de dépendance de créanciers plus fortunés ou de fournisseurs d’énergie et de matières premières. La situation économique n’est pas brillante parce qu’on a du mal à percevoir les forces politiques ou syndicales qui pourraient nous permettre de rebondir et d’échapper à la récession annoncée par beaucoup d’institutions et d’analystes. Les forces politiques sont éclatées entre les deux extrémismes de droite et de gauche, sans véritablement de projets très cohérents et responsables. Les forces syndicales sont paralysées et donc débordées par des mouvements inorganisés et qui ne tiennent que par la flexibilité des réseaux sociaux. Ce qui se passe actuellement à la SNCF en est une illustration spectaculaire. Le « giletjaunisme » semble avoir beaucoup d’avenir pour porter les luttes ou la grogne sociale.

Les chiffres et les faits qui caractérisent la situation économique ne sont pourtant pas catastrophiques au regard des crises et des épreuves qu’il a fallu traverser depuis trois ans.

La croissance économique et la situation de l’emploi sont plutôt meilleures que chez la plupart de nos voisins et partenaires, dont l’Allemagne. Notre endettement public est important certes, mais les marchés internationaux considèrent que ça doit passer parce qu’ils ne nous font pas payer le prix d’un risque qu’ils ne les inquiètent pas outre mesure.

Notre appareil de production est sans doute sous-industrialisé, ce qui nous oblige à importer beaucoup de composants ou même de produits finis, mais nous avons quelques segments à forte valeur ajoutée que beaucoup d’occidentaux nous envient. L’industrie du luxe française est la première du monde, l’industrie agroalimentaire est une des plus performantes de la planète… Ne parlons ni d’aérospatial, de la construction aéronautique et navale, ni des services de l’assurance et de la banque etc... La France reste une grande puissance et si elle a été dégradée dans le classement mondial, c’est que des pays plus neufs et plus nombreux sont arrivés dans la compétition. Et qu’il y en aura d’autres dans les années qui viennent.

Si on se compare aux autres pays occidentaux, on a plutôt assez bien géré la crise Covid, on a plutôt mieux profité du rebond de l’après-covid et face à la crise énergétique, on s’en sort en meilleure posture que l’Allemagne ou l’Europe du Nord. Même si notre potentiel de production d’électricité nucléaire est un peu abimé, on aura l’année prochaine moins de souci que nos amis allemands. Du coté social, la France et les Français sont parmi les mieux protégés en Europe (retraite, assurance maladie, chômage, politique familiale etc…).

Quand on fait le bilan de tout cela et qu’on se compare aux autres, on tombe sur une situation qui, objectivement, ne peut pas expliquer la déprime générale de ce pays et le sentiment que nous sommes condamnés au déclin.

Il y aurait donc d’autres raisons réelles ou ressenties.

La première tient au mauvais fonctionnement de l’État et de son administration. Toutes les études et les sondages le montrent : une écrasante majorité des Français considèrent que ce pays ne fonctionne plus comme il le devrait. Rien ne marche comme il le faudrait : l’école, les hôpitaux, la police, la justice, les administrations locales et centrales. « Tout fout le camp… ou presque ». Les grèves et les retards s’accumulent. Les trains ne partent pas à l’heure et les avions arrivent en retard. 

La liste des défaillances ou des disfonctionnements de l’Etat est très longue. Le problème, c’est que les factures sont très lourdes. Le contribuable a acquis la conviction que ses impôts étaient gaspillés.

Plus grave, beaucoup de responsables politiques font le même diagnostic, mais personne n’a la baguette magique pour réorganiser les systèmes administratifs et publics. C’est d’autant plus vrai que le système médiatique conjugué à la surpuissance des réseaux sociaux se complait dans les mauvaises nouvelles, parce que c’est le meilleur moyen de faire de l’audience et donc du chiffre d’affaires.

Le coup de gueule poussé récemment par Jean Tirole, prix Nobel d’économie sur la nécessité de tout remettre à plat n’a provoqué aucune réaction.

Cette situation paralysée et l’absence de solution ou même d’ambition alimente évidemment ce climat de déprime. Cela dit, il y a une autre raison presque moins inquiétante.

Cette deuxième raison tient au fait, selon les psychologues, que les populations ont souvent intérêt à cultiver le pessimisme. Elles en tirent souvent des avantages. Il existe un vieux dicton qui dit qu’il n’y aurait que V2es imbéciles d’heureux.  A contrario, être malheureux ou penser qu’on peut l’être est peut-être un marqueur d’intelligence ou de responsabilités. Ça n’est pas complètement faux.

Des chercheurs allemands ont découvert que les jeunes sont plutôt optimistes et que les vieux sont plutôt pessimistes. Ce qui est assez logique, le jeune adulte a encore toute sa vie à construire. Alors que le senior sait que la fin du film se rapproche. A noter d’ailleurs, que les personnes âgées et pessimistes de nature vivent plus longtemps et plus nombreux. Là encore, c’est logique, parce qu’ils sont pessimistes, ils se protègent et manifestent plus de prudence, en tout cas plus que les jeunes.

Les médecins qui se sont penchés sur les conséquences du pessimisme ont même découvert que les pessimistes amoureux vivent aussi plus longtemps pour les mêmes raisons, ils protègent leur amour qui les comblent et les déstressent…

A contrario, l’optimisme permanent et excessif serait néfaste pour la santé. L’optimiste risque plus de crise cardiaque que le pessimiste. Une étude récente vient de montrer que les crises de bonheur et les joies débordantes seraient propices aux maladies cardiaques. Il faut donc éviter les émotions et le moyen de les éviter est de plonger dans le pessimisme.

L’inconvenant avec les pessimistes, c’est qu’à force de prévenir les risques et de les éviter, ils ne font plus rien. Surtout qu’ils sont plus souvent contagieux que les optimistes.

La France, dont le moral est cassé - pas forcément pour de bonnes raisons est donc en risque d’immobilisme.