Quatre ministres pour une tournée mondiale sur l’attractivité de la France et pas un pour essayer de comprendre notre croissance zéro

Trois ministres français et un secrétaire d’Etat vont donc partir pour une tournée mondiale afin de montrer l’attractivité de la France, ses qualités et ses atouts. Il faudrait plutôt expliquer pourquoi, avec de telles facilités, la France ne fait pas de croissance.

La tournée mondiale des ministres du gouvernement vaudra bien, en kilomètres parcourus, celle des Rolling Stone. Quatre ministres, dont trois vedettes : Michel Sapin, Emmanuel Macron et Laurent Fabius et Matthias Fekl du Commerce Extérieur. En bref, ce cœur du grand orchestre politique de François Hollande va aller se produire « live » en Chine, le 17-19 septembre, à Londres le 24 septembre, aux États-Unis le 25, en Allemagne le 28.

L’objet de cette tournée est de donner le spectacle d’une France qui gagne et qui a tous les moyens de gagner. Et pour cause, nous avons des infrastructures de communication comme peu de pays en ont, un appareil de santé très performant, un système éducatif avec des grandes écoles, une administration fiable, une situation géographique privilégiée, des équipements touristiques et des sites parmi les plus beaux du monde.

Nous avons même un crédit d’impôt recherche qui fait de la France un véritable paradis fiscal pour les entreprises innovantes : une porte d’entrée sur un marché européen de 250 millions de consommateurs haut-de-gamme. Et puis, une histoire très riche qui donne aux marques un contenu extrêmement fort. Nos ministres peuvent tenir plusieurs heures en scène avec un scénario pareil pour séduire les investisseurs et attirer les capitaux chez nous.

C’est vrai qu’ils viennent déjà très nombreux. En brut, si on retient tous les facteurs d’attractivité, la France devrait être championne du monde pour attirer les entrepreneurs et championne du monde pour la croissance, l’emploi, le dynamisme, l’exportation.

Or, la réalité est différente. En dépit de ce potentiel, la maison France collectionne les déficits extérieurs, les dettes, le chômage. En dépit de ces atouts, on est le pays développé qui fabrique le moins de croissance. Pire, nous ne sommes pas capables de profiter des vents extérieurs. Ce qui veut dire que le bateau n’a pas les voiles qu’il faut ou que le capitaine ne sait pas tenir la barre et que son équipage ne veut pas travailler.

La France est donc le pays qui gaspille le plus ses facilités. Nous sommes un peu dans la posture de l’élève brillant à l’école qui ne travaille pas, qui fait la fête et qui finit par échouer aux concours alors qu’il aurait dû terminer en tête.

Est-ce que nos ministres en tournée mondiale vont avoir l’honnêteté de parler du revers de la médaille ? Peu probable mais peu importe, tous les investisseurs savent ce qui ne va pas en France. En général, ils retiennent trois gros défauts.

Le premier, c’est l’instabilité fiscale et administrative. L’impôt et la règle juridique changent tout le temps. Or, l’investisseur a besoin d’équilibre et de stabilité pour y voir clair et voir très loin. La contrainte économique en France est dans le champ politique. Nous sommes certainement le seul pays développé à faire dépendre la politique économique des aléas politiques ou idéologiques. Les autres grandes démocraties ont mis les questions économiques en dehors du débat partisan.

Ensuite, la lourdeur du droit du travail. Trop lourd, trop compliqué, trop pénalisant pour l’emploi. Tout le monde est d’accord avec ce diagnostic, à gauche comme à droite. Mais la puissance des intérêts corporatistes rend la réforme très difficile.

Enfin, la culture française ne facilite pas la culture d’entreprise. Nous sommes encore un grand pays jacobin, centralisé, organisé à partir d’une administration qui date des rois et de Napoléon. En dépit de la mondialisation, qui a ouvert les frontières, en dépit de la concurrence qui s’impose dans tous les secteurs, en dépit des innovations technologiques, nous restons un pays attaché à l’Etat. Avec des entreprises trop souvent considérées comme de simples prestataires de produits et de services. D’où la persistance du pouvoir des ingénieurs sur les hommes de la finance ou du marketing qui préfèrent mille fois habiter Londres ou New-York.

Ajoutons à cela que notre économie est braquée sur la nature de produit plutôt que sur l’histoire que raconte le produit. En dehors des produits de luxe et des marques françaises qui sont encore parmi les plus prisées du monde, en dehors des secteurs de l’énergie et de l’aéronautique, la France est dépassée dans tous les autres secteurs. Dans l’agroalimentaire, les biens d’équipement industriels ou de santé, l’automobile… partout nous sommes dépassés par les concurrences étrangères.

Nous perdons au jeu de la concurrence parce que nous sommes souvent trop chers. Le prix de revient avec les charges sociales est trop lourd, sauf qu’il faut bien payer le modèle social qui est, par ailleurs, un facteur de compétitivité.

Mais le prix n’est pas le seul facteur. L’automobile allemande triomphe dans le monde entier. Non pas parce qu’elle est moins chère. Les Mercedes, Audi et autres BMW sont des voitures très chères. L’automobile allemande triomphe parce qu’elle est de meilleur qualité. Ou parce que le client a la conviction que l’auto allemande est meilleure. Or, c’est le client qui décide mais pas les ministres d’un gouvernement, si brillants soient-ils.