Russie : la révolte des classes moyennes

L’édito de Jean-Marc Sylvestre. Dimanche, la Russie a élu Vladimir Poutine. Pourtant, les Russes manifestent leur mécontentement contre la fraude et la corruption. Des manifestations qui ne marquent pas seulement un désaccord politique contre le nouveau locataire du Kremlin, mais aussi contre une situation économique dont il ne profite pas.

Les manifestations de Moscou ne sont pas différentes de celles qui ont lieu à Pékin, Shanghaï, Calcutta ou encore New Dehli. Tous ces pays sont aujourd’hui devant une situation économiques très simple à comprendre : ils sont tous arrivés comme acteur de la mondialisation depuis dix ans. Pour se faire une place, ils ont utilisé leurs spécialisations : la Russie s’est mise à vendre son pétrole et son gaz à l’occident comme une monarchie du golf. Ensuite, les dirigeants politiques, plus ou moins autoritaires, n’ont pas redistribué  la richesse au plus grand nombre. Ils l’ont capturée, investit à l’extérieur ou dissimulées.

Les classes moyennes qui sont rentrées dans le système veulent une part du gâteau.
Ces pays vont donc devoir redistribuer. En Chine et en Inde, les gouvernements  augmentent  les salaires, investissent en logements et dans le système de retraite. Les dirigeants russes eux, sont confrontés à la même contrainte avec en plus un besoin de liberté individuelle et politique qu’ils ne savent comment satisfaire. Ce qui est intéressant dans ce mouvement historique, c’est que l’Europe occidental est confrontée à l’évolution inverse : Les classes moyennes doivent se serrer la ceinture.

Shanghaï, le salaire minimum est monté à 200 euros ce week-end. Mais à Athènes, il a baissé au même niveau.  Pour les Chinois c’est une victoire, pour les Grecs c’est une catastrophe. Les économistes appellent cela la convergence. Les conditions économiques ont tendance à converger. Ils nous expliquent que c’est  normal. Sans doute, mais politiquement ce n’est pas facile à gérer.