Russie : Le malaise du monde des affaires

Si les sanctions économiques n’ont pas encore d’effets important sur la vie quotidienne des Russes, elles ont plongé les élites et les chefs d’entreprise dans le mutisme. Les critiques du pouvoir sont interdites, et beaucoup cherchent le moyen de se mettre à l’abri...

"Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer "

"Never complain, never explain" ? C’est la règle d’or à laquelle les élites Russes se soumettent aujourd’hui, qu ils soient à Moscou, st Pétersbourg ou même ceux qui vivent à l’extérieur du pays ; "Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer (ou se justifier)". Plus exactement la phrase historique appartient à la reine Victoria qui en 1851 a donné ce conseil à son fis, le futur Edouard VII. Lui avait 10 ans. « Ne vous plaignez jamais et ne vous expliquez jamais. » les historiens pointus prétendent que c’était aussi  la devise du premier ministre britannique Benjamin Disraeli , mais ce qui est certains, c’est que Winston Churchill et la reine Elizabeth en ont usé et abusé. Aujourd hui, la grande majorite des élites politiques et économiques de la Russie en ont fait leur règle absolue de conduite. Ils se taisent mais n’en pensent pas moins.

Ce qu'on peut appeler l’élite Russe se compose de quelques 4 à 5 millions de russes. Cette Elite ne constitue pas un groupe socio-économique homogène. Elle vit principalement à Moscou, ou à st Pétersbourg, quelques grandes capitales régionales mais aussi à l’étranger. Leur point commun, c’est qu' ils parlent tous l’anglais, pour la plupart ils ont un bon niveau d’éducation et de formation, beaucoup sont passés par des université étrangères et ils ont beaucoup voyagés. Ils écoutent la BBC ou regarde les chaines de télévision occidentales. Ils ont gardé  beaucoup de relations avec l’occident. De l’avis de tous les observateurs et de ceux qui les connaissent, ils paraissent tres conscient de ce qui se passe en Ukraine, ne comprennent pas les objectifs de cette guerre. Et commencent à critiquer en coulisse la stratégie parce qu' ils ne voient pas comment la Russie pourra se remettre de cette aventure et surtout comment elle pourra revenir dans le jeu des grandes nations internationales …  En aucun cas, ils ne voient les prémisses d’un changement de pouvoir.

Donc finalement ils s’organisent et tentent de protéger non pas leur statut (parce qu’ils savent qu' il va forcément changer), mais ils essaient de se protéger eux et leurs familles ou pour les plus ambitieux ou les plus riches à s’expatrier. 

Les élites russes ne parlent pas mais rien de ce qui se passe dans leur pays ne leur parait compréhensible

Le narratif de cette guerre écrit par Vladimir Poutine est sans doute audible par le peuple russe parce qu’il n’a pas d’autre source d’information, mais les dirigeants, eux ne peuvent pas comprendre. Ni l’opération militaire, ni la dénazification, ni la faiblesse de la, technologie militaire et des moyens, ni les erreurs de stratégie, ni le poids des milices privées. Et considèrent que les dégâts entraines seront difficile à réparer

Alors l’appréciation varie selon les cas. La classe politique proche ou tres proche de Poutine doit y croire. Mais les élites économiques et financières doivent être traversées par un profond malais mais elles ne disent rien sur et contre Poutine. On ne touche pas au Tsar. Ni critiques, ni remarques. No waw, no explain, no complain.

Ce qui est intéressant c’est que cette élite médusée se partage en quatre groupes, et ce qui les différencie porte sur  les moyens financiers, leur proximité au pouvoir central, leurs intérêts actuels et leurs perspectives.  

Il faut mettre de coté la sphère politique, elle est paralysée ou coincée. Les libéraux ont quasiment disparu ou se sont mis en jachère, certains ont trouvé un poste dans le civil ou le prive. L’ancien ministre des finances par exemple en désaccord non officiel avec Poutine, s’est recasé comme dirigeant chez le google -russe.  Les cadres dirigeants de la fonction publique dépendent directement du pouvoir donc ils se taisent.

Beaucoup de  dirigeants Russes sont d’ores et déjà réfugiés à l’étranger 

Dans la sphère de la vie civile hors politique, le groupe des oligarques tres riches mais scotches à leur job en Russie représentait avant la guerre l’aristocratie du système poutinien. Ils ont tous peu ou prou mis de l’argent à l’étranger, mais cet argent est bloqué et eux et leur famille sont donc restés dans les allées du pouvoir. Ils travaillent dans l’Energie, dans l’industrie, le commerce ou la banque.

Le groupes des oligarques expatriés à l’étranger. Alors il y tous ceux qui vivaient déjà à l’étranger parce qu’ils y ont un travail ou des affaires. (Gazprom par exemple à encore entre 400 et 500 cadres, ingénieurs en Europe. Mais aussi des fonds d’investissement.) en dépit des sanctions beaucoup réussissent encore à voyager entre Moscou et les différentes capitales européennes.

Certains des dirigeants Russes sont d’ores et déjà refugies à l’étranger parce qu’ils y vivaient déjà, beaucoup à Londres, new York ou Paris et n’ont pas été sanctionnes par les occidentaux parce qu’ils avaient coupé des ponts avec Moscou depuis tres longtemps

En puis, sans avoir à les chercher beaucoup, il existe une population de russes refugiés à Dubaï, à tel Aviv ou au Venezuela mais ce sont pour eux des prisons dorées. Eux avaient des biens et des comptes acquis et ouverts avant la guerre, ils ont ainsi réussi à mettre des capitaux à l’abri des sanctions occidentales mais aussi des autorités de Russie qui doit les pourchasser. C’est la raison pour laquelle ils sont donc à Dubaï, en Israël et même en Thaïlande.  

En Delors de ces groupes, il existe actuellement un courant régulier d’expatries russes plus nombreux et plus modestes. Mais c’est un parcours un peu complique. Ils doivent vendre leur appartement ou ce qu’ils ont, le marché immobilier est assez actif à Moscou et dans les environs, les prix ont tendance à baisser c’est logique. Ensuite il faut trouver le moyen de passer le produit de la vente à l’étranger, c’est possible. Il existe désormais des filières qui permettre de traverser les obstacles russes et les interdits occidentaux. Et enfin trouver un job ou une activité. Ces personnels sont plutôt jeunes ( 40 ans en moyenne) tres bien formés.

Suivez nous sur Twitter

A lire aussi...

Le FMI annonce la déprime, ce qui marque un changement profond dont les Occidentaux peuvent pourtant se réjouir.

Le FMI a soufflé le froid sur les prévisions mondiales alors que les chefs d’entreprises guettent les premiers signes de changements positifs. Parce que si la Chine va mal, c’est une bonne nouvelle et si les taux d’intérêt remontent, ça cassera la spéculation avant l’industrie.

La guerre en Ukraine va obliger les démocraties libérales à accepter un nouvel ordre mondial.

L’année 2022 qui s’achève a mis un terme à l’organisation du monde qui avait été définie après la chute du mur de Berlin. L’année 2023 devra inventer un nouvel équilibre et sortir les gouvernements des contradictions dans lesquelles ils sont tombés.