Sandy coûte cher mais rapportera gros

Par Jean-Marc Sylvestre. Pour les économistes, Sandy va peut-être coûter 20 milliards de dollars mais ces dégâts peuvent entraîner plus de 20 milliards de croissance. Explications.

Pas question de nier l’évidence, l’ouragan Sandy est une catastrophe naturelle énorme. Il a fait des morts aux États-Unis, et partout ailleurs où il passe, de l’Amérique centrale au nord des USA… L’ouragan a provoqué des dégâts matériels considérables. La vie économique s’est arrêtée, pas de transport, pas de bureau, pas d’usine, pas d’énergie surtout et peu de communication. Bref, pendant trois jours, PIB Zéro sur la partie Est des États-Unis.

Les premières estimations rapides chiffrent à près de 20 milliards de dollars le coût des pertes, à la charge des entreprises, des particuliers, de la collectivité et des assurances (qui sont évidemment les plus affectées). Donc, une catastrophe, naturelle ou pas, est toujours « catastrophique ». Il faut donc des mois, voire des années pour s’en remettre.

Mais sans vouloir faire de provocation morbide, une catastrophe entraîne aussi un regain d’activité et de consommation. Il faut réparer les métros et les immeubles, changer les voitures endommagées et réparer les autres, faire repartir les usines et reconstituer des stocks. Bref, c’est un booster d’activité. Toutes les périodes qui ont suivi une catastrophe ou une guerre ont connu des moments de croissance forte…

Seulement voilà, la croissance nouvelle ne profite pas aux mêmes acteurs. Il y a d’un côté les victimes, de l’autre les bénéficiaires. L’invention des assurances a seulement permis de mutualiser les pertes. Quand les assurances ne suffisent pas, on nationalise les pertes. Mais côté des bénéficiaires, ce sont les capteurs privés de l’industrie du bâtiment, du transport et du commerce qui vont tourner à plein régime… donc l’économie globale va en profiter, mais les secteurs touchés, c’est à dire les entreprises affectées et les assurances, vont devoir payer.

Il y a donc non seulement un regain d’activité attendu, mais aussi un transfert au niveau des bénéficiaires de cette croissance. Sous cet angle, les économistes historiens ont démontré que les guerres ont été des évènements destructeurs de richesse pour ensuite permette une reconstruction créatrice de richesse et distributrice de celle ci. Sans la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne, qui avait pourtant subi d’énormes dommages matériels, n’aurait pas connu une croissance nouvelle… Sans la deuxième guerre mondiale et ses ravages, la France n’aurait peut-être pas connu trente années glorieuses de prospérité et d’équilibre. De là à penser que les guerres ont été des déterminants majeurs dans le réglage des grandes économies mondiales, il n y a qu’un pas que beaucoup d’économistes et hommes politiques ont pensé franchir sans oser le faire publiquement.

Les catastrophes naturelles auront-elles, demain, la même fonction que les guerres d’autrefois ? On peut le penser au niveau des effets. Elles détruisent tout quand elles surviennent. Elles entraînent, de fait, une nouvelle croissance. C’est le cas du Japon après le tsunami. C’est indéniable, les chiffres le montrent. Le problème, c’est que la somme de douleurs que les catastrophes entraînent est insupportable a l’humanité sur- informée. Comme les guerres auraient été insupportables si les journaux télévisés avaient existé. Henri Kissinger dit, dans ses mémoires, que les USA perdirent la guerre du Vietnam non pas sur le terrain, mais à cause de l’opinion publique qui la regardait à la télévision. Une catastrophe naturelle produit le même effet insupportable, et c’est normal. Ce qui veut quand même dire que l’on pourrait, à l’échelle du monde, trouver des moyens plus admissibles pour gérer les crises économiques, que de faire une guerre ou d’attendre un tremblement de terre.