Santé, retraite : le secteur de l‘assurance fait le pari d’être moins cher et plus efficace que la sécurité sociale ...

Les sociétés d’assurance multiplient les initiatives pour offrir des couvertures de risques que la sécurité sociale se révèle incapable de satisfaire...

Pour les sociétés d’assurance et les mutuelles : l’Etat ne réussira pas pour des raisons politiques à réformer le système de financement de la santé et celui des retraites. La complexité et la violence du débat public prouvent bien que les intérêts politiques et corporatistes sont tels qu’ils empêcheront toute réforme efficace sans changer la logique de fonctionnement.

Au départ, l’intention de ce gouvernement comme des précédents était de réformer les systèmes de couverture sociale sur la santé et sur la retraite sans changer les principes de fonctionnement mis en place à la Libération par le Général de Gaulle. Et c’est vrai que le modèle social français a relativement bien fonctionné pendant près d’un demi-siècle jusque dans les années 1980. 

Ce modèle social fonctionnait sur trois principes :

-une gestion paritaire par les partenaires sociaux 

-un principe d’égalité, d’universalité et de solidarité. 

-une prise en compte quasie-automatique des progrès de l’économie 

Et ce modèle a fonctionné moyennant quelques ajustements techniques tant que la croissance est restée forte, avec une productivité élevée du travail et le plein emploi. 

Les grands équilibres ont complètement dérapé à partir des années 1980 quand l’augmentation des prix du pétrole a sonné le glas d’un modèle de croissance forte et ouvert la porte à la mondialisation. Moins de croissance, moins d’emplois, une démographie où les seniors deviennent plus nombreux, avec en plus, une demande de services de santé dopée par les progrès de la science et les besoins de cette population qui vieillit. 

Les ajustements techniques ne suffisent pas et le fonctionnement même du paritarisme est mis à mal quand les syndicats se retrouvent contraints d’assumer des plans de rigueur et laissent à l’Etat de trouver les solutions financières pour payer le prix de la solidarité. 

C’est exactement à ce moment là qu’on a vu les experts des logiques assurancielles venir proposer leurs solutions. La logique assurancielle est très simple. Ce sont les assurés sociaux qui mutualisent leurs moyens pour couvrir les risques qu‘ils décident d’assurer. 

Ces systèmes d’assurance (proposés soit par les sociétés à statut privé ou à statut de mutuelles) se sont multipliés pour proposer des services complémentaires aux services offerts par le service public fondé sur la solidarité. Toutes les réformes initiées par l’Etat ont cherché à préserver l’apparence d’un énorme service public de la sécurité sociale mais n’ont jamais suffi à stabiliser durablement le modèle social. 

Les réformes en cours, sur la santé comme sur les retraites ont l’ambition de les conserver sous le contrôle public mais en changeant profondément le principe de fonctionnement que ce soit pour la gestion des hôpitaux ou la gestion des systèmes de retraites. Sur les hôpitaux, il s’agit de leur donner beaucoup plus d’autonomie et sur les retraites, il s’agit de casser toutes les baronnies que sont les régimes spéciaux. 

Ce changement partiel de paradigme ne passe pas. Après la résistance frontale des syndicats, on voit bien que l’opposition politique se prépare à une guerre de tranchées (avec plus de 45 000 amendements déposés) et que ce harcellent législatif  finira par avoir raison du projet.

Le paradoxe dans cette affaire, c’est que les syndicats et l‘extrême gauche finiront par tuer des  projets de réformes qui visent à sauver des systèmes en respectant leur valeur et leurs principes de fonctionnement. 

Le paradoxe dans cette affaire, c’est qu’en paralysant le gouvernement dans son ambition d’aménager le système existant, l’opposition  va le tuer complètement. 

Au profit des sociétés d’assurance qui préparent des offres nombreuses et multiples capables de répondre aux besoins. Les besoins sont évidents : couverture santé et couverture retraite. 

Dans ces deux domaines, les professionnels ont l’expertise pour offrir des produits qui combinent le besoin de solidarité et le besoin d’assurance. 

Le modèle, c’est évidement celui de l’assurance automobile. 

L’assurance automobile est obligatoire. Ce caractère obligatoire est assez bien respecté, à 1% près. Le taux de voitures non-assurées est environ identique à celui des conducteurs sans permis. 

Les assurés ont le choix de l’assureur, (ce qui crée de la concurrence sur les prix et sur les prestations), les assurés sont responsables des effets de leur comportement. Ils peuvent donc décider de leur couverture et s’ils se comportent bien, ils bénéficient d’un bonus sur la prime, sinon ils sont chargés d’un malus. 

Ces principes-là fondés sur la concurrence des prestataires et sur la responsabilité des assurés sociaux est parfaitement applicable dans le domaine de la santé ou de la retraite. 

Au delà d’une couverture minimale, obligatoire, (c’était aux USA, le socle de la réforme Obama,) les assurés sociaux peuvent souscrire une couverture complémentaire auprès d’une mutuelle ou d’une société d’assurance. Les sociétés d’assurances en concurrence sont parfaitement capables de favoriser la concurrence entre les établissements de soins pour obtenir des prestations de qualités et de prix meilleurs. Elles sont parfaitement en droit de demander à l’assuré de prendre ses responsabilités quant à son hygiène de vie ou à tous les facteurs de risques qui peuvent peser sur sa santé (tabac, alcool, drogue, obésité... etc). On peut imaginer l’assurance privée qui accordera un bonus sur la prime en contrepartie de sa participation à un coaching hebdomadaire dans une salle de sport affiliée. 

Dans le domaine de la retraite, on peut évidemment décliner les mêmes procédures au niveau des complémentaires retraites. 

Toutes ces complémentaires existent, mais pourquoi faudrait-il qu’elles soient réservées aux très hauts salaires (retraites privées) ou aux fonctionnaires (la Préfon) ? 

Les sociétés d’assurance et de mutuelles ne vont pas attendre l’échec et l’abandon de la réforme pour se lancer sur le marché. Les produits sont prêts, le marketing également.