Schneider, Lafarge, Alstom… Quand trois poids lourds du CAC40 quittent la France

En deux mois, trois énormes poids lourds de l’économie française auront choisi de quitter la France. Après Schneider, le Français champion du monde de l’équipement électrique qui avait l’an dernier déménagé son board en Asie, après Publicis et Lafarge, c’est Alstom qui va s’expatrier aux USA… Tout cela aurait pu être évité.

En deux mois, trois énormes poids lourds de l’économie française auront choisi de quitter la France. Après Schneider, le Français champion du monde de l’équipement électrique qui avait l’an dernier déménagé son board en Asie, après Publicis et Lafarge, c’est Alstom qui va s’expatrier aux USA… Tout cela aurait pu être évité.

L’expatriation  des centres de décisions n’est absolument pas une fatalité. Elle n’est pas la conséquence directe de l’internationalisation ou de la mondialisation de l’économie … Au contraire , la concurrence mondiale, la mobilité géographique sont des formidables facteurs de progrès économique et social pour tout le monde, pour les pays émergents comme pour les pays développés, cette mondialisation ne passe pas forcément par l’expatriation des centres de décisions et de pouvoir. Or, la perte des centres de décision c’est, à terme, des pertes d’emplois supplémentaires des occasions manquées d’investissement-recherche et par conséquent du chômage

Schneider, numéro un mondial de l’équipement électrique, avait provoqué une vague d’émotion lorsque les dirigeants avaient annoncés leur décision de délocaliser leur board à Hong Kong. Émotions vite oubliées sous le talent des communicants de l’entreprise. L’annonce du déménagement de Publicis après son mariage avec un américain n’a pas fait plus de bruit. La fusion de Lafarge, Français numéro un mondial du ciment  avec un Suisse avait même été salué par un concert de satisfaction. Bien joué disait les journaux financiers. Bien joué en effet, sauf que la direction générale quittera la France pour aller en Suisse.

La perspective de perdre Alstom, fleuron en Europe de l’industrie ferroviaire et de l’énergie crée un peu plus de remous dans la classe politique. Il faut dire qu’en deux mois, la France aura vu partir trois entreprises du CAC 40.

Ce n’est pas de l’expatriation, c’est une débâcle. On comprend que certains en appellent  à des mesures de protections ou à des interventions de l’État.

La vérité c’est qu’interdire de telles mobilités serait encore pire que le mal que l’on cherche à freiner. Il faut simplement accepter de faire un constat et de se poser une question.

Le constat est simple. La délocalisation et le déménagement des sièges sociaux ne sont pas la conséquence de la concurrence mondiale. Les Américains, les Allemands, les Anglais, les  Italiens, les Chinois, les Indiens sont des acteurs mangeurs de l’économie mondialisée. Les centres de production ont certes tendance à bouger plus qu’il y a dix ans mais pour se rapprocher des centres de consommation ; Sinon, les centres de décision restent prêts de leur origine et de tout ce qui a fait leur ADN. Donc les départs français ne sont pas incontournables. Les sièges sociaux allemands, anglais ou américains ne déménagent pas.

La question est aussi simple : pourquoi nos centres de décision déménagent-il ? Si on interroge les directions  générales de grandes entreprises françaises, on obtient trois séries de raisons :

Premièrement, les centres de décisions déménagent parce que l’écosystème français n’est pas favorable à l’entreprenariat, à l’innovation et à la création de richesse. Le système social est trop compliqué, trop lourd. Il est surtout trop fluctuant. Les rapports avec l’administration sont invivables. Et très récemment on reproche à l’administration et aux cabinets ministériels leur incompétence en matière économique.

Deuxièmement, les centres de pouvoir déménagent parce que le poids de la fiscalité est décidément et globalement trop lourd. Ce qui dissuade complétement les cadres dirigeants de continuer à travailler sous fiscalité française. Ajoutons à cela que les marges nettes étant  trop faibles, la  rentabilité des investissements est dissuasive.

Troisièmement, les centres de décisions partent parce qu‘ils n’ont pas d’horizon. Le pouvoir politique exerce un contrôle tatillon et inutile mais ne trace aucune ligne directrice quant à la politique industrielle, les transports, le logement, l’énergie. Le chef d’entreprise a besoin de phares à longue portée. Le gouvernement  n’a que des feux de croisement dont la portée ne dépasse pas le 7e arrondissement de Paris, celui du pouvoir politicien.

Les seules directions qui dans les entreprises n’envisagent pas de partir à l’étranger, ce sont les directions de recherche et cela grâce au crédit d’impôt recherche. La mesure structurelle sans doute la plus intelligente qui ait été prise en France depuis dix ans. Ce crédit d’impôt recherche enracine les services de recherche français sur l’Hexagone et attire les services étrangers. Le problème, c’est que les chercheurs eux-même rechignent à rester en France pour cause de fiscalité individuelle trop lourde. Pour les garder il faut donc les surpayer. C’est assez étonnant, mais le crédit d’impôt- recherche attire des services de recherche dont il faut surpayer les chercheurs.

En dehors de cette exception que constituent  les services de recherche, le reste de l’entreprise est en partance. C’est terrifiant ce qui se passe, parce qu’une fois ce patrimoine parti, il nous restera des musées.  La France le pays des musées. Beau programme.