Ségolène Royal peut toujours exiger une diffusion de la voiture électrique, les clients préféreront certainement acheter d’abord une voiture connectée

Il est étonnant que des ministres, aussi intelligents soient-ils, n’ont pas encore compris qu’ils ne pouvaient pas imposer des choix qui restent idéologiques et théoriques au marché et surtout qu’ils ne pouvaient pas aller contre les contraintes technologiques. Depuis l’ouverture du mondial de l’automobile à Paris, la ministre de l’environnement Mme Ségolène Royal se répand sur tous les plateaux de télévision pour se féliciter des progrès faits dans la mise au point des voitures électriques.

Mais comme la ministre de l’environnement le sait si bien, la diffusion de l’électrique est encore marginale pour des raisons évidentes liées :

  • au prix d’achat,
  • au sous équipement en dispositif de recharge des batteries
  • et surtout en capacité d’autonomie,

Elle fait appel, sur un ton assez comminatoire qui est celui d’un ministre qui croit que gouverner c’est décider, pour que les constructeurs se bougent et développent ce procédé. Il y a évidemment de l’idéologie dans cet appel. Comme si les automobilistes étaient sensibles à l’idéologie écolo.

Sur l’électrique, les constructeurs font (presque) le maximum mais ils ne vont pas violer leur clientèle qui en grande majorité ne veut pas de voitures électriques, pour trois raisons incontournables :

Un, le prix, une voiture électrique c’est deux fois le prix d’une voiture classique à cause des batteries. Alors l’Etat subventionne massivement (jusqu’à 50%), l’achat d’une voiture électrique, mais l’Etat peut le faire parce que le marché est étroit. L’Etat ne pourrait pas subventionner un marché de masse.

Deux, la recharge des batteries tient de l’exploit. Trouver les stations, attendre que la voiture se recharge, tout cela pour ne pas faire plus de 200 km. Ça teint du sacerdoce, de l’héroïsme ou de la deuxième voiture. La voiture électrique ne sera pas, avant longtemps, la voiture de tout le monde quoi qu’en dise Mme Royal. La ministre a annoncé un million de bornes pour recharger les voitures dans les trois ans, pourquoi pas dix millions aussi ? On sait très bien que la solution est aux mains des réseaux de distributions d’essence, des stations services ou des chaînes d’hypermarché. On aura des bornes quand les pétroliers auront jugé que le dossier est mature, que les fabricants de batteries auront trouvé une solution miracle pour stocker l’électricité.

La troisième raison porte sur la capacité de l’électrique à réduire l’émission de gaz à effet de serre. L’objectif de toute cette recherche est bien de contribuer à la réduction des pollutions. L’électrique est évidemment l’énergie la moins polluante, encore faut-il que la production d’énergie et tout le processus industriel qu’il y a en amont de la voiture ne soit pas, lui, polluant. Tant que l’énergie est de source nucléaire, le bilan est positif, mais l’énergie nucléaire suffira-t-elle seule à satisfaire tous les besoins nouveaux en électricité ? Pour l’instant, rien n’est moins sûr. Avant de s’engager dans des investissements colossaux, les constructeurs veulent avoir un bilan carbone global de toute la chaîne d’énergie qui permet d’alimenter les voitures.

Pour toutes ces raisons, la voiture électrique qui fait fantasmer les responsables politiques parce qu’ils pensent que les écologistes voteront bien ne se développera pas aussi vite que Mme Royal le dit. L’usage de la voiture électrique sera toujours assez limité dans son rayon d’action (entre 200 et 400 km) et dans sa cible de clientèle. La Tesla, qui est sans doute la voiture la plus sophistiquée sur le marché de l’électrique vaut quand même la bagatelle de 120 000 euros. On est loin de la voiture de monsieur « Toutlemonde » dont parle Mme Royal. Et d’ailleurs la Tesla a du succès pour d’autres innovations que l’électrique. Elle parie sur l’autre révolution.

La vraie révolution est ailleurs. A coté de la voiture électrique, la voiture connectée est évidemment appelée, elle, à un avenir beaucoup plus brillant. Le marché devrait tripler en 5 ans selon les études effectuées par PWC et diffusées au Mondial.

Il faut dire que les performances des services digitaux embarqués dans les voitures sont autrement plus bluffants que les moteurs électriques non polluants.

La mobilité connectée n’est pour l’instant offerte que sur des véhicules haut de gamme, plus de 50 000 euros, mais selon PWC le marché devrait exploser dans les 5 ans (ce qui ne sera pas le cas de l’électrique).

Le haut de gamme représente actuellement 65% des voitures connectées, soit 33 milliards de dollars dans le monde. Mais d’ici 2022, les solutions connectées seront portées en majorité par des véhicules grands publics (entre 10 000 et 50 000 euros).

Tous les systèmes de conduite sont déjà installés ou expérimentés dans la plupart des voitures. Toutes les voitures ont, ou pourraient avoir, une connexion qui donne au conducteur accès au maximum d’informations, état des routes et du trafic, météo et services etc…

Les hauts de gamme possèdent des systèmes qui leur assurent déjà une autonomie partielle pour se garer, ou pour reculer, ou pour circuler la nuit, ou sur autoroute.

La vraie révolution sera donc la diffusion des voitures autonomes, celles qui se piloteront toute seules avec des capteurs, des systèmes informatiques embarqués et connectées. La voiture sera programmée pour aller à une destination qu’on lui aura indiquée.

Tout le monde travaille à cette prochaine étape qui va bouleverser beaucoup de choses :

D’abord, la chaîne de valeur dans la construction automobile. Qui va construire les voitures de demain ? Les constructeurs qui passeront des accords avec les industriels du digital, ou les stars mondiales de l’Internet qui annexeront des industriels. En bref, si le conducteur de voiture lâche le volant, qui tiendra la main du marché, Renault, Google, Tesla, tout est possible, mais ça va aller très vite. Ensuite, autre changement, les infrastructures routes et autoroutes. Il ne s’agit pas de construire des sites propres, comme pour le tramway aujourd’hui, mais il faudra aménager les voies de circulation.

Enfin, il faudra aménager la règlementation, le code de la route, les assurances, car, qui sera responsable de quoi en cas de « bug ou d’accident ».

Ce qui est frappant actuellement c’est le retard pris par les responsables politiques dans la compréhension et la gestion de cette mutation. Ils se sont déjà fait prendre de vitesse par l’ubérisation de la société. La connectivité et l’autonomie vont une fois de plus les dépasser.

Les constructeurs automobiles sont au taquet, les Google, les Facebook, les Apple ont mobilisé tous leurs services de recherches… Les clients montrent un appétit de folie pour ces nouvelles technologies… Et pendant ce temps là, que font nos hommes politiques ? Et bien, ils s’interrogent pour savoir si nous descendons réellement des Gaulois et si les femmes sur les plages peuvent se baigner en burkini.

C’est important certes, mais ça n’est pas forcement le sujet de préoccupation majeur à la veille d’un quinquennat nouveau. Le sujet est comment on assume la modernité et comment on en profite pour le bien de tous.