Semaine décisive pour l’avenir du commerce international : Trump ne décolère pas, Juncker menace, les chinois se braquent et le Brexit se durcit ...

Le G20 Finances s’est terminé sur un constat de désaccord. Le monde entier se braque : Trump s’énerve, Juncker se réveille, Pékin se referme et la négociation sur le Brexit est bloquée. 

 

Semaine à haut risque que celle qui vient de s‘ouvrir à l’issue d’un G20 qui n’a pas réussi à trouver un accord pour calmer les risques de guerre commerciale. Pour beaucoup de participants, « alors que les marchés ne bougent pas, le risque de contraction du commerce extérieur est inéluctable, les mesures de protectionnisme ne vont finalement profiter à personne, tout cela pour protéger des intérêts purement politiques de chaque Etat ».

La multiplication des faits et des menaces est désormais assez impressionnante.

 

Les membres du G20 se sont séparés hier à Buenos Aires sur un constat d’échec avec un communiqué final très prudent et inquiet. Ils ont estimé, que si « la guerre commerciale se poursuit, si les tensions commerciales et géopolitiques se durcissent, la croissance mondiale sera forcement affectée ». Ils considèrent urgent de « reprendre un dialogue constructif et des actions de coopération actions pour limiter les risques et renforcer la confiance ». Quand on voit l’état de la situation mondiale, un tel communiqué ressort au mieux du vœu pieux. 

 

Du côté américain, Donald Trump s’en est une nouvelle fois pris à Pékin, puisqu’il a menacé d’instaurer, si nécessaire, des taxes punitives sur la totalité des produits chinois importés par les Etats-Unis.La Maison Blanche a déjà mis en œuvre le 6 juillet des taxes douanières de 25% sur 34 milliards de dollars d’importations. Elle doit y ajouter 16 autres milliards de dollars d’importations. La nouvelle menace du week-end venant de Trump, pourrait élargir les taxes douanières sur la totalité des produits chinois importés. « Je peux aller jusqu'à toucher 500 milliards de dollars » a dit le président et d’ajouter, qu’il le ferait « parce que c’est bon pour notre pays »

Du côté des chinois, on ne bouge pas trop, sauf qu’on fait les comptes pour rappeler que la Chine est le plus gros acheteur de dettes américaines. Sous entendu, Pékin a une arme monétaire redoutable. L’Amérique ne tient que si elle trouve dans le monde des créanciers capables de financer son endettement considérable. Bref, « je te tiens par la barbichette ». Oncle Sam, regarde le cours du dollar ! »

Du côté européen, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, va partir à Washington pour essayer de négocier un cessez-le-feu dans la guerre commerciale sur les voitures automobiles.Le but est d’obtenir que Donald Trump abandonne son projet de taxes sur les importations de voitures allemandes. Jean-Claude Juncker n’obtiendra probablement rien de Donald Trump qui ne l’aime pas parce qu’il incarne une volonté européenne de parler d’une seule voix. Or, le président américain ne rêve que d’une chose que l’Europe explose, que chaque gouvernement vienne négocier seul. L‘accord de libre échange signé entre le Japon et l’Union Européenne, la décision d’infliger une amende de 5 milliards à Google pour abus de situation dominante ont profondément agacé la Maison Blanche parce que ce type de décision marque un commencement de réveil de l ‘Union européenne. On est donc loin de trouver un terrain d’accord. 

Du côté du Brexit, les choses ne s’arrangent pas. En Grande Bretagne, le gouvernement ne paiera pas les 40 milliards d’euros qu’il doit payer s’il n’y a pas d’accord commercial avec l'Union européenne. Or, Bruxelles refusera tout accord de libre échange sur les produits et les services si la Grande Bretagne n’accepte pas un accord sur la circulation des hommes et notamment si la Grande Bretagne veut rétablir une frontière entre les deux Irlande. Pour les européens c’est un casus belli.

Du coup, l’idée d’un Brexit sans accord commence à faire son chemin en Grande Bretagne. Un Brexit dur et pur. Le gouvernement de Londres démarre donc une campagne d’information pour préparer les anglais à un Brexit sans accord, c’est à dire avec des nouvelles règles d’assurances sociales en cas de voyage à l’étranger (c’est à dire en Europe) avec des listes de produits sur lesquels il existe des risques de pénurie. 

 

L’accumulation de toutes ces informations dessine évidemment un paysage assez sombre et complètement paradoxal parce que, pour la majorité des experts, une situation protectionniste paraît impossible à installer et surtout à vivre.

Impossible parce techniquement, la globalisation de l’économie a tissé des liens très compliqués entre les différents pays. Sur la plupart des produits, les chaines de valeurs sont très éclatées, c’est à dire qu’un produit fini, du smart phone à l’automobile, du textile à l’ameublement en passant par les produits alimentaires, le produit fini se compose d’éléments d’origine très différentes, soit pour optimiser son cout, soit pour optimiser sa performance et sa qualité. 

Cette globalisation a été un moteur de la croissance, notamment dans les pays émergents et un des facteurs de paix. Cette globalisation a donc été un des moyens les plus efficaces pour contrôler les flux migratoires.  

Pour une majorité d’experts, cette globalisation doit sans doute être régulée pour prendre en compte les effets sociaux dans les pays développés, mais elle peut difficilement s’arrêter, à moins de choisir un modèle d’organisation sans croissance. 

 

Cette évolution qui ne peut qu’aboutir à un ralentissement du commerce extérieur est essentiellement imputable à des intérêts politiques. 

Donald Trumpne parle qu‘à ses électeurs. Il ne changera de politique qu’à partir du moment où ses électeurs pâtiront des effets de ses tweets. Pour l’instant, ses électeurs jubilent. Trump dit et fait que ce qu’il leur avait dit qu’il ferait. Il les protège. 

En Grande Bretagne, la difficulté de mise en place du Brexit provient d’une promesse politique et d’un projet acté par le referendum qui se révèle très compliqué à mettre en place. 

Quant à la situation européenne, elle provient de la mésentente sur le projet, et de la divergence des intérêts nationaux. Elle provient aussi du fait que l'Union européenne n’a pas su développer une offre politique désirable par les Européens. D’où le réveil de Juncker qui a sur plusieurs points pris l’initiative de décisions fortes sans attendre un mandat précis.