Semaine sociale très lourde pour Macron. Mais les dirigeants syndicaux jouent leur peau s’ils refusent la réforme.

C’est paradoxal, mais les dirigeants syndicaux ont compris la nécessité des réformes alors que leurs bases sont encore très réticentes. Donc ils rament.

 

La semaine sera chaude sur le front social dit-on, puisqu‘elle sera jalonnée par une série de manifestations et de blocages. C’est pour Emmanuel Macron le premier front social qui cherche a casser la dynamique de réformes qu'il a lancée. Les chauffeurs routiers, les dépôts d’essence, les adhérents CGT de la SNCF, les militants de la CFDT et de la CFTC vendredi contre les ordonnances, et samedi la grande manifestation promise par Jean-Luc Mélenchon de la France des insoumis contre « la casse sociale » et surtout contre Emmanuel Macron. Plus tard, on entendra peut-être les retraites, puis les fonctionnaires qui manifesteront contre les projets de réduction des dépenses sociales et publiques.

Bizarrement ca rappelle les manifestations de 1995 aux termes desquelles Chirac et Juppé avaient cédé. Ça rappelle aussi 2006 et les manifestation anti CPE.

A priori, tout se met en place aujourd'hui, pour permettre à une opposition syndicale et populaire de gonfler et de se mobiliser contre le gouvernement et surtout contre tout ce que représente le président de la République.

A priori, parce que les analystes sérieux ne croient pas à un embrasement général. Alors que l’extrême gauche le souhaite, il est peu probable que les mouvements syndicaux les plus braqués comme la CGT ou Sud réussissent à faire la jonction avec des mouvements d’étudiants et des fonctionnaires.

Il n’y aura pas de coagulation sociale pour trois raisons qui se dégagent des études d’opinion et des analyses en profondeur de la société française.

1° D’abord, l’opinion publique n’a certes pas voté massivement pour Emmanuel Macron, mais elle a voté et fait en sorte qu’il soit élu. L’opinion est très légitimiste. Compte tenu des échecs successifs, elle veut donner sa chance aux solutions préconisées par Macron.

2° Ensuite, l’opinion de la France profonde est convaincue que nous sommes dans une situation critique. L’opinion n’a pas choisi le repliement populiste, mais l’ouverture européenne et mondiale. Elle a donc parfaitement compris qu’il fallait s’adapter aux contraintes. Est-elle prête pour autant à en payer le prix ? Rien n’est moins sûr, mais elle est prête à payer pour voir.

3e Enfin, les dirigeants syndicaux ont parfaitement compris la nécessité des réformes. Ils ont aussi compris que les appareils syndicaux ne pouvaient pas continuer à développer des logiques conflictuelles mais qu’il leur fallait travailler à des logiques de compromis. C’est plus facile pour des syndicats qui sont dans cette logique comme la CFDT, la CFTC, la CGC que pour d’autres qui sont restés très radicaux comme la CGT, FO ou Sud.

Ceci étant, tous les dirigeants syndicaux ont compris que leur pouvoir ne dépendait pas forcément des institutions auxquelles ils participent dans la sphère sociale notamment, et de leurs permanentes, mais surtout de leurs adhérents salariés, que ces salariés aient du travail ou pas. La meilleure preuve, c’est que la CFDT et la CFTC sont devenues les premiers syndicats dans le privé depuis un an. Ils savent que la réforme du droit du travail devrait leur donner un nouveau rôle dans l’entreprise s’ils savent le tenir.

Cette mutation signifie donc trois choses.

Un : les syndicats vont devoir faire un effort pour être « désirables » par les salariés, parce que la concurrence aidant, les salariés d’entreprise pourraient se passer des syndicats. Il faut donc que les syndicats fassent une offre nouvelle de service, d’expertise, d’assistance aux salariés.

Deux : les syndicats vont mécaniquement perdre une partie de leur pouvoir dans les organismes sociaux et donc une partie de leur financement. Ils vont devoir trouver des ressources de fonctionnement ailleurs que dans les caisses. Les syndicats se partageaient comme un oligopole la gestion du système paritaire. Désormais, ils vont être en concurrence au sein de l’entreprise.

Trois : les syndicats ne vont plus passer le plus clair de leur temps à protéger les acquis sociaux, mais à réclamer et obtenir du pouvoir au sein même des entreprises.

En clair, les syndicats vont devoir passer d’une logique de la demande à une logique de l’offre. D’une attitude défensive de ce qui existe à une attitude offensive de ce qui devrait exister.

 

Les dirigeants syndicaux savent bien que la réforme les concerne eux-mêmes dans leur organisation et leur fonctionnement. Leur problème est d’en convaincre leur troupe. Ça demandera un peu de temps mais c’est irrémédiable.