Séminaire gouvernemental : Macron est en risque de tomber dans le même piège où avait sombré François Hollande.

Le séminaire gouvernemental de rentrée a été rock’n’roll. Le président de la République a, sans prendre beaucoup de gants, distribué les bons et les mauvais points aux différents ministres, rappelé les projets, les contraintes et du coup les menaces qui pèsent sur la gouvernance. Bonjour l’ambiance et au boulot !

 

Quoi qu’on en dise, Emmanuel Macron est pratiquement devant la même problématique que François Hollande il y a cinq ans. Une fois élu, François Hollande avait bien été obligé de plonger les mains dans le cambouis de la réforme. Mais la réforme ne passait pas.

Ses promesses électorales lui étaient rappelées chaque matin par les frondeurs de plus en plus nombreux de la coalition majoritaire et l’empêchaient de lever le petit doigt. Il a, certes, espéré que la reprise mondiale vienne adoucir les effets des restructurations. La reprise a tardé et il n’a du le maintien du calme social qu’à l’arrosage systématique de la banque centrale qui a fait en sorte que l’économie ne manque pas de liquidités.

La banque centrale a conditionné son action à la mise en chantier des sacro-saintes réformes. François Hollande a demandé à Manuel Valls de passer en force. Peine perdue, la gouvernance Hollande a perdu toute légitimité et tout pouvoir.

 

Emmanuel Macron a lancé son entreprise de conquête sur ce champ de ruines. Le style, même si très diffèrent, et l’absence de scénario alternatif lui ont ouvert un boulevard pour reconstruire une gouvernance et une majorité toute jeune (et toute neuve).

N’empêche que le projet restait le même : sortir la France de la crise et la remettre en selle pour participer à la compétition mondiale. Pour réaliser ce projet, il retombait sur les mêmes moyens que ses prédécesseurs. Retrouver de la compétitivité pour regagner des parts de marché et des emplois à forte valeur ajoutée.

Mais comme ses prédécesseurs, il se retrouve face aux même contraintes qui font que cette rentrée va s’avérer très risquée.

Un, il lui faut contribuer à restaurer l’équilibre budgétaire pour s’affranchir de la tutelle des marchés et retrouver un leadership en Europe pour compenser le poids du modèle allemand.

Deux, il lui faut aussi respecter les promesses principales qu’il a faites pendant la campagne, notamment celle de baisser les prélèvements obligatoires qui pèsent sur les salariés et les entreprises sans mettre cette baisse à la charge des investisseurs, parce que le modèle français a urgemment besoin d’investir.

 

Le piège dans lequel risque de tomber Macron, est que, s’il veut rétablir l’équilibre budgétaire et baisser les prélèvements obligatoires, il lui faut s’attaquer à la dépense publique et sociale.

S’attaquer à la dépense publique, c’est s’attaquer à l’organisation de l’Etat, à l’allocation des ressources publiques, donc au périmètre de l’Etat. Mais c’est aussi s’attaquer à la gestion du modèle social fondé sur le paritarisme. Donc s’attaquer à la position actuelle des syndicats.

Aucun président de la République depuis Valery Giscard d’Estaing n’a osé et pu ouvrir un tel chantier.

Emmanuel Macron a non seulement l'ambition de le faire et il semblait convaincu qu’il en aurait les moyens. Il s’aperçoit après cent jours de pouvoir absolument réussis sur l‘expression du pouvoir dans la sphère internationale, 100 jours réussis parce que la France a retrouvé son prestige, son image et son poids en dehors de nos frontières. Il s’aperçoit que dans la mise en oeuvre des réformes, la majorité parlementaire, si jeune et si nouvelle soit-elle, ne suffira pas. Il lui faut assumer et affronter le contrepouvoir de la rue, du social, des corps intermédiaires.

Il y a des risques de coagulation entre la grogne des insoumis de Jean-Luc Mélenchon, des étudiants, des fonctionnaires et des syndicats qui n‘ont pas intégré l’intérêt qu’ils auraient à participer à la refondation du corps social.

 

Résultat : Après avoir fait le tour des partenaires européens, reçu tous les grands de ce monde, Emmanuel Macron va mettre son casque et descendre sur le chantier de la France. D’où cette rentrée très risquée.

Sur la loi travail, sur le budget, sur l’allocation des ressources, sur les baisses d’impôts, tout le monde sent bien qu‘on ne peut pas échapper à une refondation de l’Etat et du modèle social.

Sur le volet restructuration, le président avait été peu disert pendant sa campagne. Il n ‘a guère été plus bavard depuis son installation à l'Elysée. Au contraire. Il a parlé aux chefs d’Etat étrangers. Mais il s’est imposé le silence au niveau des affaires domestiques, sous le prétexte qu'il avait nommé des ministres experts pour faire le job des explications.

Alors, ça marche bien à Bercy, mais c’est Bercy et il y a, à la tête du paquebot, un homme qui connaît la musique de Bercy et de l’Europe.

Ça marche au niveau des affaires étrangères parce que c’est le domaine réservé du président et qu'en plus, il a en sécurité, l’un des meilleurs ministres de François Hollande, Jean Yves Le Drian. 

Ça peut marcher à l’intérieur sur le volet sécurité. Mais dès qu’il s’agira de toucher à l’organisation des collectivités, à supprimer quelques étages du mille feuilles territorial, on entrera dans le dur.

Dans les autres départements ministériels, on sait assez peu comment ça marche. Les cabinets sont peu équipés et beaucoup de ministres issus de la société civile découvrent le poids des directeurs de l’administration.

 

Les proches d’Emmanuel Macron savent très bien ce dont la gouvernance a désormais besoin.

D’abord, une communication et une pédagogie à l’abri de toute imprécision et de couac. La majorité des ministres aurait besoin de professionnaliser leur com.

Ensuite, créer des liens avec l’opinion, c’est à dire laisser les corps intermédiaires et les contrepouvoirs s’exprimer.

Enfin, ils savent que l’appareil de gouvernance et l’opinion ont besoin de connaitre le cap stratégique. Dire que l’objectif est de réduire le chômage, c’est bien mais ça ne suffira jamais à mobiliser l’opinion derrière un chef. Il va falloir que le président parle clair et fort. Si nous sommes en guerre, et nous le sommes, il faut dire contre qui précisément, pour quel but et avec quels alliés (les Européens).