Si le risque de pandémie se vérifie, le virus va changer l’organisation du monde et doper la recherche scientifique. Curieusement, les écologistes ne disent plus rien

La lutte pour le climat est sans doute incontournable, mais la lutte contre les virus va devenir une priorité internationale. Les anti-croissance, les opposants au progrès et les écolos romantiques sont étrangement absents.  

On va peut-être enfin prendre conscience que le monde a plus besoin d’experts scientifiques, d’innovations et de médecins que d’incantations romantiques et lénifiantes sur le retour à la nature et la lutte pour le climat.

Les marchés financiers ont raison de paniquer, parce que si l’hypothèse de la pandémie se confirme, la crise mondiale sera beaucoup plus grave que celle des subprimes. 

Si on compare la crise du coronavirus à celle des subprimes, on a raison de souligner les similitudes, mais on a grand tort de penser qu’on redressera la situation avec les même techniques, les mêmes recettes et c’est sur ce point qu’on a des raisons de s’inquiéter. 

 

Pour la première fois depuis 2008, les marchés financiers ont cette semaine plongé sérieusement dans le rouge et les acteurs ne voient pas les forces de rappel qu’ils pourraient actionner pour se protéger de risques de pandémie. A New-York, Londres, Paris, Francfort, Milan, les baisses touchent déjà les 10%... Ce qui ne s’était pas produit et aussi vite depuis dix ans. 

Cet effondrement traduit la conviction des marchés que si le coronavirus continue de se propager dans le monde comme on a appris cette semaine qu‘il le fait en Asie, au Moyen-Orient, en Europe et même au Maghreb, l’économie mondiale risque non seulement un choc de croissance mais un blocage général des activités. 

Le choc de croissance est directement lié à la mise en pause de l’économie chinoise depuis le début de l’année. Or, le marché chinois est quand même le principal moteur de la croissance mondiale. Si cette locomotive est en panne, la performance macro-économique du premier trimestre sera largement hypothéquée. 

Mais au delà de cette panne de croissance, il existe un risque plus grave de blocage généralisé. L’économie étant très mondialisée, l’Occident ayant pour de bon délocalisé la fabrication de beaucoup de composants, tous les systèmes de production vont se retrouver peu ou prou en rupture d’approvisionnements. Si les usines chinoises ne redémarrent pas, il y a forcément des usines occidentales qui vont se retrouver au chômage technique.  La majorité des industriels occidentaux constate que leurs marchés asiatiques se sont fermés, mais plus grave, ils constatent aussi qu‘ils sont dépendants de leurs fournisseurs. 

Ce cas de figure ressemble à ce qui s’était passé en septembre 2008. Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers et la découverte de l’aspect systémique de la défaillance des subprimes américains. Du jour au lendemain , personne ne faisant plus confiance en personne, les appareils financiers du monde entier se sont figés et l’argent a cessé de circuler. Comme dans un corps humain où la circulation du sang s’arrête, le système économique mondial a commencé à se nécroser. Les chaines de fabrication, les systèmes commerciaux se sont figés, la finance puis l’industrie ont plongé dans la récession.

On connaît les conséquences sociales et politiques d’un tel soubresaut. Le chômage a gangrené les vieilles économies développées et alimenté des vagues de populismes dans la plupart des démocraties occidentales. 

Les systèmes politiques ont assumé le choc en mobilisant les amortisseurs budgétaires, en s’endettant avec des banques centrales qui ont ressorti un peu partout les planches à billet pour distribuer des liquidités à bas coût immédiat (taux d’intérêt très bas), afin de se dégager de cette paralysie. La révolution digitale et la mondialisation ont donné au système capitaliste un espace mondial et un second souffle. Bref, la crise de 2008 n’a pas provoqué les catastrophes irréparables de la crise de 1929. 

Le coronavirus provoque au niveau économique et social les mêmes symptômes de la crise des subprimesLes appareils économiques sont en risque de blocage dans le monde entier. 

Cela dit, les moyens utilisables pour sortir de cette crise ne peuvent pas être ceux de 2008. La crise du coronavirus a d’abord une dimension sanitaire et humaine qu‘il va falloir surmonter, on ne pourra pas la surmonter ou en amortir les effets par une politique budgétaire et monétaire généreuse. Quand le gouvernement chinois annonce un plan de soutien à son économie en baissant ses taux d’intérêt et en ouvrant les robinets à liquidités, il se trompe complètement de sujet . A quoi peut servir une distribution de liquidités dans un pays où les habitants sont confinés chez eux, où les rues et les magasins sont vides et fermés depuis plus d’un mois et où les usines sont à l’arrêt ?

Un tel plan est non seulement complètement inopérant, mais ridicule au regard de l’ampleur du problème. Le problème est d’enrayer la maladie et pour cela il faut des hôpitaux, des médecins, des vaccins, des conditions d’hygiène et de santé. 

Et si le coronavirus se déploie d’abord dans les pays d’Asie, en Iran, au Moyen Orient , c’est parce que ces régions ont un état d’équipement sanitaire déplorable. 

Le monde entier a découvert à l’occasion de cette affaire ce que les dirigeants chinois cachaient à tout le monde et d’abord aux Chinois eux-mêmes, qu’ils n‘ont pas les moyens, les expertises et les équipements pour soigner leur population.  Plus grave encore, le pouvoir en Chine a priorisé un modèle de développement fondé sur la consommation de biens occidentaux en négligeant complètement de diffuser des moyens capables d’améliorer les conditions de santé. 

Les Chinois peuvent acheter des voitures et peut-être des sacs Vuitton, mais ils n’ont ni médecin pour soigner leur rhume, ni pharmacie pour acheter du Doliprane, et plus grave encore. Plus de 80% des Chinois n’ont pas accès à l’eau potable, ni à l’assainissement des eaux usées. En dehors des centres-villes et surtout des quartiers chics, les conditions de vie, hygiène et de santé sont déplorables. Les virus ont encore de beaux jours devant eux. 

Les Chinois eux-mêmes ont découvert cette situation mais ils ont aussi découvert que leurs dirigeants ne leur avaient pas dit la vérité. Quand le président chinois se félicite de la capacité de ses ingénieurs à construire un hôpital en deux semaines, les militants crient au génie. Les autres savent que le pays aurait besoin immédiatement de 10 000 hôpitaux. 

Le virus a marqué d’une pierre rouge la faiblesse du modèle économique et politique chinois. Il faudra forcément en tirer les leçons pour l'avenir... Mais au-delà de la Chine, ce virus marque aussi qu’une des priorités de la mondialisation sera de s’occuper de la santé des populations. La Corée du Sud est championne des innovations digitales, mais elle va aussi battre les records du monde du nombre de contaminés. En Iran, le virus et l'absence de système de santé va isoler et affaiblir ce pouvoir  et son modèle politique beaucoup plus vite encore que les tweets de Donald Trump. 

 

Si cette affaire dégénère en pandémie, on va s’apercevoir que la crise mondiale ne se résoudra pas autour des G7 des ministres des finances ou même à la suite des incantations des écologistes qui sont étrangement discrets et absents. 

On va s’apercevoir que le monde n‘a pas besoin de décroissance pour survivre. Il a besoin de points de croissance orientés vers les vrais besoins des populations humaines