Si Macron en fait trop , c'est qu ’il fait le job que les autres ne faisaient pas. Le problème Macron est ailleurs et il est inquiétant.

Macron a imposé au monde entier une présidence française omniprésente. Personne ne le regrette. Le problème est que sa politique intérieure est plus incertaine.

Même Sarko n’en aurait peut-être pas fait autant. Ni dans le fond, ni dans la forme. En quelques jours, Emmanuel Macron a enchainé un Conseil européen, un G7 puis dans la foulée un G20, pour continuer avec le lancement du plus grand incubateur de Start-up du monde, avec un Conseil des ministres franco-allemand, puis une réception avec Donald Trump à qui il a fait visiter Paris et assister au défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées, suivi d’une après-midi d’hommage aux victimes de l’attentat de l’an dernier à Nice. Puis une autre cérémonie dimanche à la mémoire des victimes de la rafle du Vel d’hiv, en présence du Premier ministre d’Israël avec, à chaque fois un discours, une écoute, et un autre discours. 

Même Sarko n’aurait pas osé bousculer autant d’opérations à la suite. François Mitterrand peut-être, qui avait célébré en grandes pompes le bicentenaire de la révolution française, couplé à un G7 à Versailles. Déjà !

Beaucoup considèrent qu’après toutes ces heures de télévision, après l’interview à Ouest France puis le lendemain l’entretien informel au JDD, Emmanuel Macron a commencé à déborder de partout. Bref, il filerait tout droit vers l’overdose de communication, ce qui pour celui qui ne voulait pas communiquer à l’excès, est plutôt mal venu.

En fait, Emmanuel Macron ne fait rien d’autre que le job pour lequel il a été élu. Il fait le job que n’ont pas fait ses prédécesseurs à l’exception du Général de Gaulle, de Valery Giscard d’Estaing et de François Mitterrand. Depuis ces temps là, la France avait perdu  l’habitude d’être représentée par un roi. 

Macron fait le boulot d’un roi moderne. Il incarne la fonction, il a représenté le pays aux yeux de l’étranger. Il a renoué le dialogue avec beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement. Il a surtout redonné à la France une image qui s’était complètement dévaluée.

La France a besoin de cette image restaurée pour gagner son pari de la compétitivité et ce pari est gagné. La marque France a retrouvé sa force, en suscitant beaucoup de curiosité, d’envie et d’estime, voire d’admiration. Le premier résultat le plus visible, c’est que les touristes sont revenus en nombre.

Reste qu’une opération marketing de grande ampleur ne suffira pas à retrouver les parts du marché mondial. On vend mieux à l’étranger ce qui nous reste à vendre, les services aux touristes, les avions Airbus et les produits de luxe... mais pour le reste, onest encore en stand by. On attend encore les investisseurs et les investisseurs attendent de vraies innovations et de vrais avantages de compétitivité. 

En bref, le président a merveilleusement bien décoré la vitrine et accueilli les clients au salon. En étant cohérent du début à la fin de la séquence, on ne peut pas dire qu’il en est fait trop. On en fait jamais trop pour imposer une marque. 

Mais il va devoir maintenant passer à la cuisine et vérifier la fabrication des plats. Il ne faut pas que s’installe dans le pays l’idée que cette inflation de communication sert à masquer la fragilité ou l’incertitude de la politique intérieure. Or, la mise en chantier de la loi travail n’est pas évidente. Quant à la mise en musique des promesses fiscales confrontées aux réalités budgétaires, elle est, elle, encore plus problématique. 

Le bilan de l’action présidentielle de ces trois dernières semaines nous montre que le président a plus de talent et de plaisir à s’imposer sur la scène internationale qu’à définir sa stratégie de politique économique et sociale sur le plan intérieur. 

Plus intéressant encore, les incertitudes fiscales et budgétaires ont montré que le logiciel d’Emmanuel Macron avait deux points de fragilité. 

 

Le premier point de fragilité. Emmanuel Macron n’aime pas la critique. C’est le côté le plus grave de Jupiter. Il ne supporte pas la contradiction. Il est bourré de qualités, il est séduisant, habile, brillantissime, mais il gère mal les critiques. C’est un trait de sa personnalité qui était déjà perceptible pendant la campagne présidentielle. Beaucoup de chefs d‘entreprise qui ont eu l’occasion de traiter avec lui quand il était ministre de l’Economie rapportent la même remarque concernant son allergie à la critique. Emmanuel Macron voit juste, il a souvent raison, mais quant par hasard sa vision, son analyse, sa prescription rencontre une opposition, il force le barrage. Avec le sourire, toujours, mais il passe en force. 

Dans ces conditions, il n’entend pas la pression extérieure jusqu‘au moment où il ne peut plusl’ignorer. C’est ce qui s’est passé au lendemain du discours de politique générale de son Premier ministre qu’il avait pourtant adoubé et sur lequel il a été obligé de retro- pédaler. C’est aussi ce qui s’est passé avec les militaires, mais il a refusé de répondre à la revendication du chef d’état major des armées, en le remettant vertement et publiquement à sa place. 

La sortie du général en chef des armées était inopportune mais la réaction du président était un acte d’autorité un peu déplacé. Bref, ce désaccord aurait pu être géré plus habilement. 

Si le président de la République a du mal à entendre et à gérer les critiques, il aura du mal à faciliter l’émergence de contre-pouvoirs dont la société française a besoin. 

Le deuxième point de fragilité, c’est que pour l’instant, il n’a pas manifesté un gout démesuré pour la concurrence. Or, la concurrence est l’outilprivilégié du progrès. Il a tout fait pour rassembler autour de lui une très large majorité dans laquelle aucune tête ne pourra dépasser. Emmanuel Macron n’a pas de concurrent dangereux sur le marché politique. Son seul adversaire, c’est l’abstention, mère de toutes les indifférences qui, au bout du compte, alite les révoltes. Mais on en est pas là. 

Le plus important c’est qu’il ne semble pas que l’introduction de la concurrence comme outil pour forcer des vieilles structures à se réformer soit parmi ses outils de prédilection. 

Emmanuel Macron croit en la force de l’Etat et des technostructures, il croit en la capacité des entreprises à créer de la richesse, des activités et des emplois. Mais est-il convaincu que les entreprises en concurrence ont plus de talent pour innover, se développer que celles qui sont en monopole? Pas sur. Ou alors ça reste à démontrer. 

On le verra, le jour où il décidera d’un programme de privatisations, on le verra le jour où il choisira de faire maigrir l’Etat, mais sur tous ces points, Emmanuel Macron reste discret.