« Si Milton Friedman avait été entendu, le monde ne serait pas en crise »

Par Jean-Pierre Dufoix – Économiste et théoricien du crédit.

Le prix Nobel Milton Friedman (1912/2006) a été le défenseur acharné du libéralisme. Fondateur de l’Ecole de Chicago et du monétarisme, il s’est opposé au keynésianisme. A l’encontre des prêts traditionnels à taux fixe ou variable, il a préconisé avec deux autres prix Nobel, Maurice Allais et Franco Modigliani, des prêts à annuité indexée sur l’inflation. Enfin, il a défendu l’impôt négatif ciblé sur les seuls démunis contre l’État providence qui relève du saupoudrage (comme les aides au logement). Les avancées intellectuelles lui donnent raison.

1°- Le rejet du keynésianisme

La distribution de pouvoir d’achat ex nihilo creuse le déficit budgétaire et le déficit commercial. Les deux économistes Patrick Artus et Olivier Pastré indiquent que, selon les modèles économétriques, la création monétaire sans contrepartie en biens et services contribue pour 60% en France à l’accroissement des importations. Elle nourrit aussi l’inflation et surtout les bulles, notamment la bulle immobilière dans les marchés tendus. Les deux auteurs parlent de « keynésianisme raconté aux enfants ». Il a été démonté que cette distribution de pouvoir d’achat, par exemple par l’augmentation du smic ou l’embauche de fonctionnaires, n’avait pas d’effet sur la croissance comme on peut l’observer depuis 1975 où tous les budgets ont été votés en déficit. Il faut cesser d’invoquer les recettes keynésiennes qui ont seulement gonflé la dette souveraine.

2°- L’indexation des prêts

Le prêt à double indexation est la formule mathématique la plus générale. Les prêts traditionnels à taux fixe ou variable n’en sont qu’un cas particulier, où l’inflation serait nulle et le taux d’intérêt inchangé, qui n’a plus aucune chance de se rencontrer. En réduisant la durée pour limiter les risques systémiques de désolvabilisation de l’emprunteur et de transformation, ils provoquent le credit crunch à l’encontre des emprunteurs fragiles : PME, TPE et accédants à la propriété à budget serré. Ce credit crunch explique la croissance zéro, l’augmentation des faillites des entreprises et la montée du chômage.

3°- L’impôt négatif à la place de l’Etat providence

On a conçu des logiciels de budget-type qui simulent, poste par poste, le budget familial à partir des données déclaratives et des enquêtes de consommation. Le solde est la capacité d’épargne qui détermine le montant de prêt maximum ou le besoin  de financement pour les ménages incapables de couvrir leurs dépenses incompressibles. Ce besoin de financement  définit ce que devrait être un impôt négatif. Son ciblage au cas par cas est l’approche la plus juste selon l’adage « A chacun selon ses besoins » et la moins coûteuse pour la collectivité en supprimant les rentes de situation (en particulier, en cas de disposition d’un logement social dont le loyer est en moyenne moitié de celui du marché).

Il est déraisonnable de faire perdurer des politiques, contraires à la théorie économique et financière, dans lesquelles il faut voir l’explication  d’une croissance quasiment nulle.  La crise du subprime est indiscutablement due à la désolvabilisation des accédants à la propriété américains en raison du relèvement brutal du taux d’intervention de la Fed de 1% à un maximum de 5,25% en 2007 (les mensualités ont été majorées en moyenne d’environ 60% (!). Les prêts indexés auraient rendu cette crise impossible.

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Jean-Pierre Dufoix, 71 ans, est un théoricien du crédit, de la monnaie et des marchés immobiliers. Il a été jusqu’en 1994 le responsable des études économiques et financières du Crédit foncier. Il a co-fondé « L’observatoire foncier et immobilier »  du Crédit foncier ainsi que sa revue « L’observateur de l’immobilier ». Il fut aussi inspecteur de la profession bancaire pour contrôler la distribution des prêts conventionnés, membre en tant que personnalité qualifiée du Comité des usagers du Conseil national du crédit, consultant de la Banque mondiale. Il également  conçu des prêts à taux progressifs et des prêts à double indexation.