SNCF, chômage, retraite, fiscalité. Mais pourquoi Macron n’explique-t-il pas à quoi servent les réformes ?

Si les membres du gouvernement sont chargés d’expliquer la multiplication des réformes, ils ne sont visiblement pas entendus de ceux qui sont touchés par la transformation.

 

L’opinion publique est traversée par des courants contradictoires mais difficiles à comprendre. En gros, les sondages nous disent que les français sont plutôt favorables aux réformes. Ils ne sont absolument pas hostiles à l’idée d’une modernisation nécessaire et progressive des structures d’organisation de la société française. Le problème, c’est que, dès que les chantiers s‘ouvrent, on sent que ça grogne dans tous les secteurs et qu’il suffirait de peu de choses pour que la société française se bloque. La journée de jeudi va être décisive, et plus encore la série de grèves perlées préparées par la CGT.

La difficulté tient sans doute en un déficit d’explication sur le pourquoi des réformes. Réformer, c’est donner à comprendre, ça n’est pas alimenter l’incompréhension.

Le gouvernement nous annonce tous les jours une transformation sociale de plus en donnant l’impression qu’il sera jugé sur le nombre de réformes engagées, sur l’épaisseur de son calendrier, comme s’il participait à une course de vitesse. Plus il en fera mieux ce sera. Le président de la République lui-même a fixé un agenda super chargé qui donne aux membres du gouvernement un planning de travail effréné.

La plupart des justifications données tournent toujours autour des mêmes objectifs. Il faut moderniser la France pour l’adapter aux contraintes de la mondialisation, de la concurrence internationale et à la révolution digitale. Accessoirement, quand le Premier ministre et le président de la République sont en forme, ils en viennent à expliquer que le montant du déficit budgétaire entraine une dette publique intenable pour les générations à venir.

Toutes les explications données par Emmanuel Macron et ses ministres tiennent la route et correspondent à la réalité.

Elles apportent aux marchés (financiers) ce que les financiers veulent entendre et à Bruxelles ce que la Commission européenne ou la banque centrale réclame depuis des lustres.

Le problème dans le climat politique, c’est que l’opinion s’est progressivement fermée à ce type de discours. Non seulement, un discours rationnel sur le plan macro économique n’est pas compris parce que non concernant, mais il provoque un phénomène de rejet. D’où la montée des populismes et des extrémismes anti européens.

La gouvernance risque de tomber dans un piège dont elle aurait du mal à sortir. D’un côté, elle déroule un programme de réformes qui doit permettre aux français de profiter de la modernité, de la mondialisation ou du digital, et par conséquent de s’écarter du risque populiste... Mais la façon de leur expliquer est tellement absconde que la réforme devient anxiogène et les pousse vers le populisme.

 

Le président de la République et ses ministres n'ont qu’une solution, expliquer et démontrer que la politique engagée n’a qu’un but : améliorer le quotidien de Monsieur tout le monde. Du riche pour qu’il puisse continuer de travailler comme du pauvre qui trouvera plus facilement du travail si le riche entrepreneur reste dans l’Hexagone, plutôt que d’aller à San Francisco ou à Montréal.

Les réformes réussies sont celles où on a expliqué et prouvé aux acteurs du système qu’ils allaient en profiter et non pas en pâtir.

Sur la SNCF, le dossier serait assez facile à plaider puisqu’il s’agit d’améliorer le service à l’usager.  Venir raconter que la dette de la SNCF est insupportable, que le statut du cheminot est trop couteux, que la concurrence serait plus efficace n’impacte pas l‘usager.

L’usager ou le client sait ce qu’il veut. Il veut une SNCF qui fonctionne avec des trains qui arrivent à l’heure ou plutôt des solutions de mobilité qui lui rendent services et peu importe les solutions offertes (train, bus, co-voiturage), pourvu qu’elles lui permettent d’arriver à l‘heure à un prix acceptable. La réforme prévue intègre cette demande et y répond en ménageant d’ailleurs les personnels en place qui seront protégés dans leurs statuts. Respect des contrats oblige !

Si la réforme est présentée de façon très pragmatique, le public ne pourra  pas adhérer à une grève qui ne défend que des intérêts corporatistes, lesquels ne sont d’ailleurs pas menacés. La grève de la CGT veut désormais défendre un statut porteur d’une idéologie qui n’a plus de raison d’être.

Sur la mise en concurrence, il faudra absolument dépouiller le concept de toute connotation idéologique et lui donner un contenu purement pratique ou utilitaire. La concurrence ne sert qu‘à une chose : créer une situation qui oblige les acteurs du système à être meilleur, plus innovant ou moins cher, au bénéfice du client. Si le client ne retire aucun bénéfice du marché, il abandonne.

Sur toutes les réformes appartenant à la sphère sociale, plane le soupçon d’améliorer la productivité et la compétitivité de l'entreprise et du système tout entier au détriment du salarié qui en ferait les frais, soit en perdant son travail, soit en étant obligé d’accepter des conditions de travail misérables.

Ce procès est insoutenable. Toutes les réformes ont pour objectif d’améliorer la compétitivité des entreprises mais le but est de soutenir l’activité et l’emploi. Pour se protéger et pour se développer, le système économique a besoin de clients qui disposent d’un pouvoir d’achat correct et de salariés qui ont la garantie de garder leur travail et d’être payés. Les uns sont aussi les autres.

Les clients consommateurs sont aussi les salariés producteurs. On ne peut pas imaginer un système économique dans lequel les hyper-marchés qui distribuent l’offre de produits ne seraient plus fréquentés que par des chômeurs.

La logique veut que le système économique fonctionne sur deux pieds : la satisfaction du client (le marketing) d’un coté et la satisfaction du salarié (la production) de l’autre. L‘entreprise a besoin de ses deux jambes.  

 

La réforme du système de formation, à commencer par l’Education nationale, passera quand l’opinion comprendra que le système rénové et mis en place sert à « fabriquer des étudiants employables sur le marché du travail et adaptables aux évolutions de ce marché et heureux dans l'accomplissement de leur tache ». Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’un pays développé qui se retrouve avec 10% de chômage, dont 25 % chez les moins de 30 ans, est un pays dont le système d’éducation est performant. Le système n’est même pas satisfaisant pour les personnels enseignants. A moins qu’on donne à l’Education nationale l'objectif (non avoué) de fabriquer des armées de chômeurs indemnisés. Mais c’est quand même peu probable.