SNCF, EDF, chômage, déficits : les politiques ne savent plus définir le rôle de l’Etat dans l’économie

La gauche veut être de gauche et la droite n’ose pas être libérale. Au centre des débats : la place de l’Etat pour échapper à la conjuration de tous ceux pour qui « c’était mieux avant ».

Le conflit social à la SNCF est de même nature que celui qui a miné l’équilibre d’Air-France. La quasi-faillite d’EDF s’inscrit dans la même racine que les difficultés de l’assurance maladie ou de l’Education nationale. Partout et tous les jours l’Etat en situation de monopole se retrouve sur la sellette. Et pour répondre à des dysfonctionnements, ni la droite, ni la gauche n’ont de solutions.

La gauche a toujours protégé des acquis sociaux, le fruit de ses conquêtes, mais ne comprend pas qu’en protégeant les « insiders », c’est-à-dire ceux qui vivent du modèle, elle rend le modèle de plus en plus fragile et inaccessible aux « outsiders » c’est-à-dire à ceux qui sont à l’extérieur, les chômeurs et toutes les catégories sociales en difficulté.

Quant à la droite, elle ne peut ouvrir ni les portes, ni les fenêtres du système puisqu’elle a peur que tout le monde s’enrhume. Résultat : le système est figé.

L’échec de la politique gouvernementale, la perte d’influence des partis traditionnels et la proximité de la campagne présidentielle ont donc mis l’Etat et le rôle de l’Etat au centre des débats. Fautes de résultats pour réagir aux grandes mutations de la modernité, le véritable enjeu est donc l’Etat, son périmètre, son influence et ses moyens.

Seulement, l’actualité récente se bouscule pour nous prouver que les responsables politiques ont perdu tout sens de l’orientation quant au rôle précis de l’Etat dans la gestion de la politique économique.

Quand on s’interroge sur les raisons qui ont mis EDF au bord de la faillite, on tombe très vite sur l’Etat, qui n’a pas su définir une stratégie. Plus grave, l’Etat s’est bourré de dividendes au point de cannibaliser le potentiel de développement.

Quand on s’inquiète de l’overdose des déficits budgétaires et sociaux, on en arrive très vite à revisiter l’ampleur des dépenses de fonctionnement comparée aux véritables missions de l’état.

Même réaction quand on dénonce le poids des prélèvements obligatoires. Alléger les impôts oui, à condition d’améliorer la productivité de l’Etat.

Même rhétorique quand on dissèque la plupart des conflits sociaux. A la SNCF comme à Air France, ou chez les intermittents du spectacle, on revendique pour conserver des statuts qui datent d’un demi-siècle. Où est le progrès si on passe son temps à regarder dans le rétroviseur ?

A chaque fois, on bloque le système avant même d’avoir évaluer l’impact que pourrait avoir la prise en compte de la modernité. La conséquence de ce conservatisme c’est qu’on réussit tant bien que mal à protéger les acteurs du système, mais on exclut ceux qui pourraient y participer.

Les « insiders » sont cheminots, pilotes d’avion, fonctionnaires de l’hôpital ou de l’Education nationale ou même chauffeurs de taxis.

Les « outsiders » eux, essaient de se faire une place sur le marché en acceptant une modernité qui est, quoi qu’on dise, très souvent plébiscitée par les clients.

C’est le client qui a choisi Uber. C’est le client qui va quitter Air France si le service se dégrade et optera pour un low cost. C’est le client chômeur qui ne réclame qu’une chose, trouver un job, un CDD ou un CDI, peu importe mais un job pour pouvoir se réinsérer dans le jeu social.

<--pagebreak-->

Face à cette situation les positions politiques sont hyper figées.

La gauche de la gauche considère que l’Etat n’en fait pas assez : pas assez de social, pas assez d’emplois publics, pas assez de réglementations, pas assez de contrôle, pas assez d’impôts pour les riches, pas assez d’allocations pour les pauvres …etc.

C’est sur ces thèmes-là que François Hollande veut essayer de rassembler les troupes qui pourraient lui signer un nouveau bail à l’Elysée.

La droite de la droite considère, elle, que l’Etat n’en fait pas assez dans le domaine de la sécurité, de l’autorité, de l’identité nationale et des valeurs de la souveraineté aussi…

Nous revenons là sur un clivage classique. Ce clivage correspond à une certaine réalité. Le problème, c’est que si on colle ce clivage-là sur la sphère économique, la sphère tombe en panne.

Pour une raison très simple, c’est qu’il n’y a pas « un process de gauche » et « un process de droite » pour créer de la richesse, de l’investissement et de l’emploi. Dans toute l’histoire de la pensée économique, il n y a qu’une seule et unique fonction de production. On devrait lire et relire Marx.

Du coup, entre la gauche très socialiste et la droite très autoritaire ou souverainiste, la crise a révélé et conforté des groupes importants de libéraux prêts à défendre des positions plus libérales sur le terrain économique.

On sent bien que pour les sociaux-libéraux que sont Manuel Valls ou des Républicains libéraux comme François Fillon, il faudrait moins d’Etat et plus d’entrepreneurs.

Plus d’entrepreneurs c’est plus d’innovation, d’investissements et d’emplois privés. Mais pour que ça marche vraiment, il faut aussi moins d’Etat, et donc moins d’impôts. Ou alors un Etat diffèrent, plus productif.

L’enjeu aujourd’hui est donc bien de définir le rôle de l’Etat, tracer des frontières entre le trop d’Etat qui protège au point d’asphyxier le système dans la conservation des acquis, et l’Etat minimum qui régule et qui libère pour permettre au système d’affronter la concurrence mondiale.

Sauf exception les responsables politiques ne veulent pas encore entrer dans ce débat là :

– La gauche de François Hollande veut se retrouver à gauche alors que c’est cette gauche de frondeurs qui a plombé son quinquennat.

– La droite se retrouve plus facilement sur les marges de l’autoritarisme, alors que c’est cet autoritarisme très jacobin, qui a empêché l’appareil industriel français de prendre le leadership de l’Union européenne et de se renouveler pour affronter la concurrence mondiale.

L’enjeu de la gauche traditionnelle est d’expliquer qu’elle peut être efficace tout en préservant le modèle social tel qu’il est, c’est-à-dire avec cette juxtaposition de régimes particuliers et spécifiques dans lesquels les acteurs pensent y trouver leur équilibre et leur bonheur. C’était déjà le pari de François Hollande. Il a échoué sur les deux tableaux. Sur le terrain de l’économie, la machine est complètement en panne. Et sur le terrain social, le modèle qui assure la redistribution est en faillite. Ajoutons que sur le terrain politique les militants ont le sentiment d’avoir été trahis. Ils l’ont été aussi. Cet échec n’a pas servi de leçon, puisque François Hollande veut reprendre le même programme.

L’enjeu pour la droite serait d’expliquer qu’elle doit être efficace sur le plan économique, ce qui lui permettra de financer un nouveau modèle de cohésion sociale. Audacieux pour conquérir des marchés nouveaux tout en étant conservateurs sur le terrain sociétal. Pas facile, les inventeurs du libéralisme économique (qui étaient français- ce que les manuels scolaires oublient de rappeler) étaient aussi libéraux libertaires.

Chargement des commentaires ...