Sophie de Menthon : «Hollande n’est toujours pas le Président des entrepreneurs, il n’a rien compris !»

Sophie de Menthon, chef d’entreprise, présidente du Mouvement ETHIC et membre du Conseil économique, social et environnemental réagit à l’entretien de François Hollande sur France 2 de jeudi soir.

Qu’avez-vous pensé de l’intervention de François Hollande ?
J’ai trouvé l’entretien extrêmement décevant et n’ai rien appris. J’ai trouvé un homme affable et de bonne volonté mais qui n’a pas pris la dimension de la situation économique actuelle.

Le Président propose de taxer à 75% les entreprises rémunérant leurs dirigeants de plus d’un million d’euros, qu’en pensez-vous ?
Je ne comprends pas, je suis sans voix. A l’origine, il s’agissait de faire symboliquement payer les plus riches. Maintenant, il n’ose plus le faire et veut donc faire payer les boîtes à la place. Je trouve ça très violent car il est évident que certaines entreprises prendront le risque de ne pas diminuer le salaire de leurs patrons et donc paieront l’impôt. Et logiquement, cet impôt va se répercuter sur la productivité de l’entreprise. De plus, c’est très injuste vis-à-vis des autres salariés. Cela serait intéressant de demander aux juristes si cette taxe est possible. Au nom de quoi, une société paierait des impôts supplémentaires sur un très haut salaire ? Il nous parle de responsabiliser les entreprises, mais elles font ce qu’elles veulent ! C’est leur choix de payer leurs dirigeants plus d’un million d’euros ou non. Pour être clair, il est en train de faire payer les personnes qui sont trop payés à son goût.

Il  évoque également un allègement fiscal sur la transmission et la cession des entreprises, est-ce une bonne idée ?
Je ne sais pas très bien en quoi cela va consister. Il est en train « d’épargner » les entrepreneurs qui veulent vendre leur boîte après une vie de labeur. C’est un raisonnement sain et très socialiste d’ailleurs. Mais d’un autre côté, il n’a rien dit pour attirer les investisseurs. C’est sympa comme idée, mais ce n’est pas ça qui va donner envie d’investir et entreprendre. Il en est de même pour la Banque Publique d’Investissement. Je ne reconnais pas à l’Etat le talent de savoir quelle est la bonne filière, quel est le secteur d’avenir ou quel est le métier qui va marcher. J’aimerais avant tout qu’il y ait des entrepreneurs autour de la table de la BPI pour qu’elle soit efficace. Car pour le moment, il n’en y a pas.

Est-il devenu crédible aux yeux des chefs d’entreprise ?
Non. Quand il dit qu’il sait où il va, nous, on ne sait pas. Je n’ai pas trouvé de trajectoire et de lueur d’espoir économiquement pour les entrepreneurs que je représente.  Je n’ai rien vu de nouveau. Cependant, une phrase qu’il a prononcée m’a fortement inquiété. « Je ne vais quand même pas inciter les salariés à faire des heures supplémentaires alors qu’on a du chômage. » C’est le contraire d’un raisonnement économique. On le sait très bien que plus on travaille plus la masse de travail se créer. Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas une heure supplémentaire dans une PME qu’il y aura quelqu’un d’autre pour la faire. Il n’est toujours pas le Président des entrepreneurs. Il n’a toujours pas compris.

Par Audrey Mangin