Sophie de Menthon : « Pour le gouvernement, les patrons sont des Cahuzac en puissance ! »

Le chômage a franchi hier le cap des 3.200.000 demandeurs d’emploi. Un record depuis 1997. Pour Sophie de Menthon, présidente du mouvement entreprenerial Ethic, le gouvernement ne se préoccupe pas d’une cause essentielle du chômage : les moyens mis à disposition des entreprises pour embaucher. 

Le chômage a dépassé son record historique de 1997, quelle est votre réaction ?
Je crois qu’il faut se poser une question : Qu’est ce que c’est le chômage ? La réponse elle est simple, ce sont des entrepreneurs qui n’arrivent pas à recruter. Je crois que là, on atteint des degrés très inquiétants dans le découragement, le rejet, l’hostilité de nos gouvernants. Les entreprises ne recrutent pas par manque de confiance. On s’adresse toujours à nous en termes « d’imposition », de « punition » et de mise à l’index. Les entrepreneurs ne supportent plus d’être montrés du doigt, il ne supporte plus être à la fois responsable de tout et responsable de rien. Un exemple très simple : Najat Vallaud-Belkacem s’est réjouit hier, jour de sortie des chiffres du chômage, que deux entreprises soient condamnées à des sommes très importantes parce qu’elles n’avaient pas respecté la parité! Franchement, c’est tout ce que la porte parole du gouvernement a trouvé à dire ! C’est d’une incompétence navrante et quasi pathologique.

N’y-a-t-il pas un manque de proposition de la part des entreprises ?
Absolument pas ! Les chefs d’entreprises sont ni des masos ni des traitres ! Ethic, Croissance Plus, le CJD, l’Institut Montaigne, nous avons tous fait des propositions. Mais ça ne les intéresse pas car je pense que nous sommes du mauvais côté pour eux.  Pour le gouvernement, les patrons sont tous des Cahuzac en puissance. Nous avons par exemple, proposé que l’on engage un jeune sans charges pendant un an. Ça, c’est une mesure concrète et massive. Nous avons aussi proposé de supprimer les effets de seuil du « choc de simplification ». Pour l’instant il n’est accessible qu’aux entreprises ayant moins de 10 salariés. Si en dessous de 10 vous n’avez pas de déclaration à faire, il faut être dingue pour embaucher le onzième ! Plus on fait des effets de seuil, plus on incite les entreprises françaises à rester petites. Enfin, je crois qu’il faut tout revoir concernant le CICE. Il est incompréhensible, et surtout ne permet pas de faire baisser le coût du travail. C’est une usine à gaz.

Mais alors, pourquoi ça bloque ?
Je crois qu’il y a, d’une part de l’incompétence et, d’autre part, un certain refus idéologique. J’ai à ce sujet une anecdote assez révélatrice. J’avais été voir Nicole Bricq avec une douzaine d’entrepreneurs pour lui formuler des propositions. Durant notre discussion, elle prenait frénétiquement des notes, elle ne s’arrêtait pas. Seule face à nous, l’un des entrepreneurs lui proposa pour l’aider, de lui donner un compte rendu afin qu’elle n’est pas besoin de noter. Et la ministre a alors répondu, « oui car, pardonnez-moi, je suis venue toute seule je ne savais pas que ce serait intéressant ! » Nous sommes tous restés scotchés !  Il n’y a pas de chefs d’entreprises au gouvernement, c’est un problème majeur.