Suisse pour Tous : mais à quoi sert cet engouement des politiques & patrons français pour Davos ?

Qui sont ces patrons français qui vont à Davos et pour faire quoi ? Davos alimente en France tous les fantasmes dans la classe politique. Les Français ont beaucoup boudé le rendez-vous mais maintenant ils viennent en masse.

Le symposium annuel de Davos a longtemps alimenté tous les fantasmes des politiques français et de la presse politique, notamment parce qu’elle n’y était pas conviée. Pendant trente ans, cette réunion de grands patrons internationaux, de chefs d’Etat et de gouvernement a provoqué en France un mélange de sarcasmes, d’ironie et même de critiques violentes de la part de la classe politique et médiatique française.

Jusque dans les années 2000, cette réunion a été considérée comme l’assemblée annuelle du pouvoir capitaliste mondial à qui, on prêtait le projet de préparer en secret : « les grands complots qui auraient permis de mettre en coupe réglée la planète », selon l’expression d’un Jose Bové qui à l’époque où il était beaucoup plus radical que bourgeois était venu détruire le Mc Donald de la station pour poignarder le pouvoir en son sein. Jusqu’à l’an 2000, la France profonde a porté un regard très suspect sur quatre grandes manifestations mondiales. Les réunions du G7 et du G2O, les assemblées générales annuelles du FMI, les assemblées annuelles de l’OMC  et le symposium de Davos.

Pour la classe politique française, et dans le culture française , ces évènement-là étaient la manifestation d’un capitalisme international qui remettait en cause l’indépendance nationale et qui cristallisait surtout les mouvements altermondialistes et tiers modistes à une époque où les pays émergents n’étaient  encore que des anciennes colonies sous développées ou en voie de développement.

La France est l’un des seuls grands pays occidentaux à avoir adopté une attitude aussi critique à l’égard de ces initiatives. Ce qui est paradoxal, parce que ces grandes manifestation internationales sont toutes plus ou moins d’origine française. Le Fmi est à l’origine la filiale économique et financière de l’ONU, héritière de la vielle société des nations crées après la guerre de 1914. L’OMC a été fortement impactée par l’esprit libéral français et a été longtemps dirigé par un Français, Pascal Lamy , grand ami de Jacques Delors. Le G7 est une invention de Valery Giscard d’Estaing en 1974 après le choc pétrolier. Et Davos a été créé par des deux professeurs d’économie, le suisse Klaus Schwab et le français Raymond Barre qui fut aussi le première ministre de Giscard.

Si le FMI avait pour fonction au départ de gérer l’aide au développement, si l’OMC avait pour objet d’établir les règles du commerce internationale,  les deux autres manifestions sont restées depuis leur création très informelles. le G7 avait pour objectif de réunir les chefs d’Etat et de gouvernement des pays les plus riches de la planète pour essayer de confronter à l’abri des lumières les positions de chacun et de préparer des solutions. Mais jamais le G7 n’a pris de décisions qui se seraient imposées aux autres. Par la suite le G8 qui a donc intégré la Russie après la chute du mur de Berlin et après l’effondrement de l’empire soviétique a repris la même ligne éditoriale.

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Quant à Davos, l’intention des fondateurs étaient de réunir des dirigeants importants en position de responsabilités et de les mettre autour d’une table à l’abri de leur opinion publique et de la presse pour qu’ils partagent la même information sur l’évolution de la planète et imaginent des solutions pour aider au développement du progrès pour le plus grand nombre. La philosophie générale de ces quatre organisations était dès le départ double.

D’une part, on partait de l’idée que les pays de la planète en dépit de leurs différences étaient liées par le même objectif et surtout que les pays seraient de plus en plus connectés. D’autre part, ces quatre institutions internationales sont aussi fondées sur l’idée que le moteur de l’évolution mondiale est économique. Au-delà des caractéristiques culturelles, des histoires , tous les pays de la planète ont pour objectif premier d’améliorer le niveau de vie et de confort de leur habitants.

Les moyens à mettre en œuvre étaient donc très matérialistes, la croissance ça n’est rien d’autre que la dérivée première de la fonction de production et la fonction de production conjugue, des idées, du travail et du capital. La croissance ça n’est rien d’autre qu’un pourcentage qui mesure le progrès effectuée d’une année sur l’autre. Mais comme ce progrès a pour objet d’améliorer le niveau de vie, on est dans un univers mondial dominée par l’humanisme.

Nous avions les quatre manifestations de la mondialisation en marche. Le FMI qui la finance, l’OMC qui en fixe les règles de fonctionnement, le G7 qui est une forme de conseil d’administration non opérationnel et Davos qui servait de club de pensée internationale.

Il est évident qu’un pays comme la France forgé au 17e siècle par Colbert, étatique, centralisé  où l’opinion publique considère que tout est politique et dépend de Paris, ne pouvait pas adhérer à des évolutions qui préparaient  la libre circulation des biens et des services dans le monde, qui considéraient la cohabitation entre les acteurs comme un facteur essentiel de progrès et qui enfin croyait à la supériorité de l’intelligence humaine, capable d’adaptation  au progrès technique et à l’innovation. C’est d’ailleurs encore notre problème aujourd’hui.

Quand,  à la fin du 20e siècle, la concurrence s’est généralisée à une économie de plus en plus globalisée et mondiale, quand la révolution digitale de l’internet s’est diffusée au monde entier, la classe politique française croyant répondre à l’opinion publique a fait de la résistance un moment. Mais au final, la France a pris le train en marche. Mal préparée, mal formatée au niveau de ses structures, la France a eu du mal à attraper tous les trains de la modernité. Aujourd’hui encore, elle est obligée d’affronter un écosystème complètement bouleversé par les innovations modernes mais avec des moyens culturels, sociologiques, sociaux et politiques qui datent encore des années 1980.

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Cela dit, les Français opérationnels, les chefs d’entreprise dont le principal objectif est de faire marcher leur boite, parfois contre l’archaïsme politique, ont passé les frontières et tout naturellement sont venus chercher les informations là où elles étaient diffusées . Notamment à Davos.

Depuis le début des années 2000, les Français ont commencé à considérer Davos, non pas comme le siège annuel d’un complot fomenté par les hyper capitalistes, mais plutôt comme une boite à idée et un carrefour de partage. Une sorte de réseau social à l’échelle du monde.

Davos a donc été une machine intellectuelle à anticiper les grandes mutations qui ont bouleversé le monde. L’internet, le mur de Berlin, la conversion des Chinois au modèle capitaliste, la création de l’OPEP et la quadruplement du prix du pétrole. L’émergence des économies nouvelles, la préparation des négociations de paix au Moyen-Orient,  les premiers attentats, la crise des subprimes etc… Du coup, Davos a progressivement attiré la plupart des dirigeants politiques, économiques et religieux de la planète.

Cette année, les dirigeants d’entreprise sont très nombreux en dépit d’un droit d’entrée très élevé, 70.000 euros en moyenne. Dans cette petite station de ski des plus huppée de la suisse allemande, très difficile d’accès, une seule route et un train à crémaillère qui marche quand les voies de chemin de fer ont été dégagées vont se bousculer cette année une bonne centaine de Français, dont le PDG de Total, Patrick Pouyanné, Alexandre de Juniac, qui présidée Air France-KLM, Georges Plassat pour le groupe Carrefour,  Gérard Mestrallet pour Engie, Axel Dumas, le nouveau patron d’Hermès, Denis Kessler de la Scor et la plupart des présidents des grandes banques de l’hexagone, les constructeurs automobiles dont, Carlos Ghosn et Stéphane Richard le président d’Orange, sans oublier Maurice Levy le président de Publicis qui a en charge l’organisation matérielle. On pourrait en fait réciter le Who’s Who du CAC40 et on ne se tromperait pas beaucoup.

L’évènement cette année, c’est évidemment la présence des membres importants du gouvernement français, puisque s’y croiseront Emmanuel Macron et Manuel Valls. Tout se passe comme si le ministre de l’Economie et le Premier ministre venaient faire la course aux autographes auprès des plus grands de la planète. Une telle délégation française est assez rare. La vraie question est de savoir ce que tout ce beau monde vient faire précisément.

D’abord, ils viennent se faire voir des dirigeants et des chefs politiques de la planète. Croiser Bill Gates dans un café de Davos ou obtenir un rendez-vous avec le ministre chinois de l’Economie n’a pas de prix. Se faire voir aux côtés des chefs d’Etats étrangers, de Christine Lagarde ou d’Angela Merkel ou même de Mario Draghi, en espérant que les photos soient vues à Paris, par les salariés, les actionnaires prouvent que vous appartenez à ce monde qui dirige la planète. Le plus étonnant, c’est que les responsables de gauche recherchent aussi cette peopolisation. Ca n’est plus tabou. Il y a encore 5 ans, Nicolas Sarkozy hésitait beaucoup. Il est vrai qu’il n’avait pas besoin d’accrocher un brevet supplémentaire de bling bing à son blason. Sauf que le bling bling de Davos n’est pas celui de Saint-Tropez. Il est sérieux, il est international et il travaille.

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Ensuite, chacun vient chercher de l’information. Le FMI et l’OCDE en donneront, la banque mondiale aussi. Mais ce qui est intéressant c’est de sentir les grandes tendances d’évolution technologique. Les ateliers le plus fréquentés cette année concerneront les risques d’un retour de crise brutale, l’évolution de l’économie chinoise avec le président de la banque de Chine, la politique de le réserve fédérale et sans doute les conséquences de la chute des prix du pétrole qui sont désormais historiquement bas avec l’impact sur les économies du golfe qui commencent à avoir des problèmes de financement et surtout qui vont arrêter de financer les endettement occidentaux puisqu’ils n’ont plus de petrodollars.

Enfin, ils viennent faires des affaires. Tous ces dirigeants font plus de 80% de leur chiffre d’affaires à l’étranger. En trois jours de Davos, ils ont la possibilité de rencontrer tous leurs clients. Les chefs d’Etat africains, les financiers et leurs clients asiatiques et toute la nouvelle économie qui débarque de San-Francisco. Parmi ces acteurs les plus entourés, ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement. Les politiques sont placés en tête de gondole pour attirer les chefs d’entreprise et les lumières. En dehors la plénière, les vraies affaires se signent dans les bureaux et les hôtels. Davos est une vitrine du pouvoir international mais c’est aussi un immense bureau où se préparent les plus gros deal.