Sur le bureau du Monsieur « ça va mieux ! » : les trois dossiers qui prouvent que les Français n’y croient plus

François Hollande a été inaudible cette semaine. Il veut encore changer le monde alors que la France se vide parce que, justement, les gouvernants refusent de s’adapter.

C’est extraordinaire, ce refus de voir et d’accepter la réalité telle qu’elle est. Trois dossiers qui gênent vraiment le pouvoir. Les Français n’ont jamais été aussi nombreux à s’expatrier. Les personnels de l’Elysée et de Matignon quittent le navire, et les étrangers achètent la France en solde.

On est au bord de l’autisme. Le président de la République n’a pas été entendu cette semaine. Il n’a même pas été écouté par les Français.

Léa Salamé, qui présentait cette émission au côté de David Pujadas, a eu mille fois raison de s’offusquer : « Vous plaisantez Monsieur le Président ! » Mais c’est la seule à avoir été à la hauteur de la situation.

La France va mieux ? Oui, certains indicateurs sont mieux orientés mais ce sont des indicateurs qui appartiennent à notre écosystème.

– L’euro a baissé, mais la France n’y est pour rien. Merci M. Draghi !

– Le pétrole a baissé, ce qui apporte des gains de pouvoir d’achat qu’on retrouve d’ailleurs dans la consommation. Merci M. Obama d’avoir autorisé l’exploitation du gaz de schiste !

– Les taux d’intérêt sont historiquement bas. Merci Mme Merkel de garantir nos emprunts avec votre triple A !

Les facteurs de redressement ne nous appartiennent pas. Donc leurs effets sont amortis. Le résultat, c’est que nous ne sommes plus dans les premiers de la classe européenne.

« Alors ça va mieux … ! » Oui pour les autres, mais pas pour les Français qui n’y croient plus.

Alors dans ce contexte-là, quand le Président n’a pas d’autre discours que de laisser entendre qu’il veut encore « changer le monde », on zappe. Les Français n’ont jamais été aussi peu nombreux à regarder un président de la République.

On zappe parce que les Français savent bien qu’on ne changera pas le monde. L’alpiniste ne déplace pas le sommet qu’il veut gravir, il se prépare et s’y adapte. Ou alors, il reste dormir au refuge. Le navigateur qui doit passer le cap Horn, il le passe. Quoi qu’il lui en coûte.

L’exécutif français si arrogant ou insouciant soit-il ne changera pas la mondialisation. Il ne bouleversera pas le système d’économie de marché, il ne contournera pas la révolution digitale ou biotechnique. Où sont passés les preneurs de risque du 19e siècle ? Tous ceux qui, dans le sillage du Second empire, ont permis à ce pays de rattraper son retard lors de la révolution industrielle.

« Non, monsieur le Président, on ne changera pas le monde ! C’est une plaisanterie que de le croire !« .

Trois dossiers sont sortis cette semaine qui prouvent bien que les Français ne croient plus à la capacité de cet exécutif à initier un processus d’adaptation.

Le premier de ces dossiers, c’est celui des expatriés français. Ils n’ont jamais été aussi nombreux. Le registre des Français établis hors de l’Hexagone recensait l’année dernière 1,7 millions de personnes, en progression de 2% sur l’année. Mais les services du quai d’Orsay estiment qu’en réalité, compte-tenu de tous les Français qui ne se font pas inscrire dans les ambassades, leur nombre approcherait les 2,5 millions.

Mais ce qui est intéressant, c’est que ces Français de l’étranger sont très divers.

Il y a bien sûr les Français très riches qui fuient l’ISF en s’installant en Suisse ou en Belgique, mais ceux-là constituent une tribu assez limitée (environ 100 000).

Il y a des retraités qui sont attirés par le soleil du Maroc, du Portugal ou de la Thaïlande, mais qui vont aussi y chercher une fiscalité plus light sur le revenu.

Il y a des salariés aisés (environ 200 000), des cadres d’entreprise qui gagnent plus de 300 000 euros par an et qui travaillent en Europe (à Londres, aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne) le plus souvent parce que l’entreprise a déménagé beaucoup de ses directions.

Mais le gros des bataillons d’expatriés, ce sont des jeunes, diplômés ou pas, qui partent soit comme salariés, soit de plus en plus pour monter une entreprise.

Au total : 2,5 millions de Français qui se sont adaptés à la mondialisation. La majorité ne comptent pas rentrer au pays. Ils représentent 10% de la population active.

Le deuxième de ces dossiers, c’est celui des financements français qui appartiennent à concurrence de 62% des encours à des non-résidents. Cela veut dire que les étrangers continuent d’acheter la France. Mais ils achètent quoi ? Ils achètent de la dette d’entreprise, si l’entreprise est une multinationale (et la France en compte une quarantaine). Sinon ils achètent de la dette publique.

Alors les optimistes expliquent que si la France trouve des financements aussi facilement, c’est que les marchés internationaux ont encore confiance dans le système français. Oui, les marchés ont confiance pour deux raisons. D’une part parce que la France est encore riche, il y a de la matière fiscale.

Mais d’autre part, la dette française trouve preneur très facilement parce que la France est un des piliers de l’Europe et qu’elle a un contrat implicite de garantie et de solidarité avec l’Allemagne. C’est l’Europe qui nous permet de tenir en équilibre.

Du coup, nous sommes dans une posture très paradoxale, alors qu’on se plaint des contraintes européennes et de l’euro, que certains plaident pour une sortie de l’Europe, nous sommes en réalité financièrement complètement dépendants des capitaux des non-résidents et principalement des Européens.

Le troisième dossier concerne la fuite des cerveaux qui quittent les cabinets ministériels. Au plus haut sommet de l’Etat, notamment. L’Elysée, Matignon et la plupart des ministères sont en risque de pénurie de cadres compétents. Alors ça peut paraître marginal, mais ça paralyse l’action gouvernementale. C’est d’autant plus grave que les cadres les plus brillants du Gouvernement sont chassés et recrutés par l’industrie financière.
L’Elysée a perdu cette semaine son monsieur économie, Jean-Jacques Barberis, qui va rejoindre la société spécialisée dans la gestion d’actifs, Amundi, filiale du Crédit Agricole. Découragé ? Peut-être. Intéressé ? Plus sûrement. Par les temps qui courent, mieux vaut se mettre à l’abri. Il abandonne le navire présidentiel après que beaucoup de ses confrères sont eux aussi partis discrètement. Laurence Boone a rejoint Axa où elle a d’ailleurs retrouvé une ancienne camarade de bureau Sandrine Duchenes.

A Matignon, c’est un peu la même fièvre : Sébastien Dessillons a accepté un job à BNP Paribas.

Tous ces départs discrets semblent d’ailleurs ne poser aucun problème de déontologie. Quand on se souvient tous les ennuis qu’on avait faits, à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, quand le secrétaire général Xavier Musca était parti au Crédit Agricole et que François Pérol avait pris les commandes du groupe des banques populaires et des Caisses d’épargne.

Alors, ça va mieux ? Oui mais, si tout allait mieux, les Français de toutes origines socio-professionnelles ne quitteraient pas le navire.