Taiwan : Ni les Etats-Unis ni la Chine n’ont intérêt à céder à l’escalade des sanctions économiques.

 

La confrontation entre la Chine et les Etats-Unis ne peut être que politique. Si elle s’élargit au terrain économique, elle aboutira à l’asphyxie et la crise mondiale. Tout le monde parle de sanctions mais personne n’y a intérêt.

  

La tension entre les États-Unis et Taiwan s’est encore accrue cette semaine, après la visite de la présidente de la chambre américaine des représentants Nancy Pelosi. Pékin a menacé Taiwan de sanctions commerciales mais tous les observateurs américains estiment que ça restera au niveau très symbolique. Pékin va sans doute priver son voisin (ou cousin) d’importer quelques fruits et légumes issus de l’agriculture continentale ou de poissons, mais il est peu probable que Pékin en vienne à sortir l’arme fatale, interdise les exportations chinoise de sable vers Taiwan. Le sable en question, c’est un peu l’or noir pour la petite île qui est devenue au cours des dix dernières années le champion du monde de la fabrication de semi-conducteurs. Et les semi-conducteurs, c’est l’activité stratégique pour le monde entier.

Sans les semi-conducteurs dont Taiwan a le secret, pas d’industrie digitale. Aux Etats-Unis les firmes de la Silicon Valley comme Apple ont absolument besoin des fournitures en puces électroniques. Il y a des années maintenant qu’Intel n’est plus le maitre absolu de ce marché. Et si on venait à manquer de composants électroniques, c’est toute l’économie américaine et mondiale qui serait affectée.

Les Américains ne souffrent aucunement des sanctions infligées aux Russes. Et l’Amérique ne souffrirait pas davantage d’une pénurie de gaz ou de pétrole russe. En revanche, face à une pénurie de sable qui asphyxierait la fabrication de puces électroniques, les Américains ne se laisseraient pas piégés. Leurs réactions seraient d’abord économiques, en se fermant des importations chinoises de biens de consommation ou d’équipements courants. Les grands magasins américains manqueraient un peu de marchandises, mais les « sourceurs » trouveraient assez rapidement des fournisseurs et des manufacturiers partout ailleurs en Asie.

Et la Chine ne peut pas se permettre de courir ce risque et de mettre au chômage technique des millions de Chinois qui travaillent dans les usines textiles, mécaniques et chimiques pour l’Occident. Ces millions de Chinois, qui sont descendus de leur campagne de misère ont pris goût à la ville. Le pouvoir chinois a absolument besoin de croissance et de travail pour maintenir le calme social dans les périphéries des grandes villes.

Par conséquent, les intérêts entre la Chine et les USA sont étroitement liés. Antagonistes sur le plan politique, mais indissociables au niveau économique. Beaucoup plus qu’on ne le dit. Les États-Unis sont les premiers partenaires commerciaux de Taiwan, avec plus de 100 milliards d’échanges par an. L’Amérique importe surtout des composants informatiques, plus de 60 % du total.

Mais l’Amérique n’est pas le seul à être très dépendant de Taiwan. L’Allemagne et le Japon ont absolument besoin des importations de puces taiwanaises pour faire tourner leurs usines. Dans ces deux pays, l’Allemagne et le Japon représentent les deux premiers clients de Taiwan après les Usa.

La confrontation politique est très lourde. La Chine continentale a toujours considéré que Taiwan lui appartenait et devait revenir dans sa sphère d’influence, un peu comme Hong Kong. Mais les États-Unis ont toujours affirmé qu’ils avaient besoin de Taiwan pour assurer la sécurité dans la zone asiatique, et notamment les échanges avec les autres pays.

Cependant, au-delà de la confrontation politique, les Chinois comme les Américains, sont attachés au statut actuel de Taiwan qui permet d’organiser des échanges commerciaux fructueux.

Et contrairement aux idées reçues, Pékin est sans doute plus réservé sur les sanctions que les Américains. La prudence et la presque neutralité qu’ils observent face au problème russe montrent bien qu’ils ne veulent pas trop de mêler de conflits qui, finalement, leur couterait très cher. A Pékin comme ailleurs, on tient aux promesses politiques et aux idéologies, mais on essaie de plus en plus de faciliter les fins de mois des populations. Promettre un monde meilleur, c’est bien. Mais manger à sa faim tous les jours, c’est mieux.