Taxis et VTC s’affrontent à nouveau aujourd’hui, mais c’est de plus en plus le match des menteurs

Les VTC vont manifester ce mercredi dans Paris pour protester contre les mesures accordées aux taxis par Manuel Valls, qui avait réussi à les calmer avec des promesses qu’il ne pourra sans doute pas tenir.

A priori, les chauffeurs de taxis n’ont pas perdu leur temps, la semaine dernière. Après avoir bloqué la moitié de Paris, et fait un chantage indécent à la violence, les chauffeurs de taxis ont obtenu d’être reçus par le Premier ministre en personne qui leur a finalement accordé des concessions importantes sur les réformes qu’ils doivent engager pour améliorer leur avenir. Bien joué.

Ces concessions leur accordent le droit de se brancher sur des plateformes digitales de localisation, et surtout engagent une série de réglementations et de contrôles qui visent à restreindre la liberté de circuler ou de se développer des VTC.

Bref des mesures de compromis qui visent à figer les situations, c’est-à-dire à freiner le progrès, et à protéger le statut des taxis ; c’est-à-dire une sorte de monopole qui leur avait été accordé du temps où il y avait des cochers dans Paris et que ces cochers étaient déjà menacés par les taxis automobiles.

Fâchés et menacés, les VTC vont donc manifester aujourd’hui pour protester contre les distorsions de concurrence et pour protéger l’avantage qu’ils ont gagné par leur innovation et leur dynamique. Face à la violence des chauffeurs de taxis, ils ont promis de manifester à pied et dans le calme.

Si les VTC continuent de défendre la liberté de chacun à innover et à satisfaire le client, ils vont gagner. S’ils commencent à demander eux aussi, un statut protecteur de leur activité, et de leur hégémonie,  ils vont vieillir et décevoir le marché.

Ce type de conflit est une particularité française, c’est la version contemporaine de la guerre historique et culturelle que ce sont toujours livré les anciens et les modernes.

Avec une particularité supplémentaire en France, c’est que tout le monde ment. Comme des arracheurs de dents. Et le gouvernement fait semblant de ne pas le savoir.

Les chauffeurs de taxis sont nombreux en France 60 000 environ et 97% de ces chauffeurs sont indépendants. Ils sont artisans, les uns sont affiliés à un réseau, les autres sont adhérents à un standard téléphonique, mais beaucoup travaillent seuls dans leurs petites entreprises.

Les autres sont salariés, employés d’une entreprise privée (la G7 par exemple), ils perçoivent un salaire fixe journalier et un pourcentage sur le chiffre d’affaires (30% en moyenne). Ils peuvent aussi être locataire d’un véhicule qui appartient à une société de taxis.

En théorie, les chauffeurs de taxis gagnent tous, à peu près la même chose. Et officiellement,  ce qu’ils gagnent ou ce qui leur reste pour vivre une fois les charges payées était, selon l’INSEE, en 2010 de 1450 euros par mois. C’est une moyenne. Sachant que le revenu  médian est inférieur à 1200 euros. Ce qui veut dire qu’une majorité de taxis gagnent moins que la moyenne. Et c’est sans doute vrai.

Ce qui est vrai aussi, c’est que la crise a raboté leur activité. Ce qui doit être vrai, enfin c’est que l’arrivée des VTC leur a pris des clients.

Mais à partir de ce dossier, la profession de taxis ne se prive pas de noircir le tableau pour faire plier les pouvoirs politiques. Et quand ils mentent, ils mentent très forts. Ils sont champions.

1° Sur la concurrence des VTC, elle est réelle, mais pas aussi forte qu’’ils le prétendent. D’abord une grande part de l’activité des taxis vient du transport des malades sous contrôle de la sécurité sociale, créneau sur lequel ne sont pas les Uber et autres chauffeurs privés. Par ailleurs, dans les grandes villes, plus de la moitié de la clientèle des chauffeurs privés ne prenaient jamais le taxi. Les VTC ont créé un marché supplémentaire : les femmes, les enfants, les jeunes.

Deuxième mensonge. Le prix des plaques. La plaque pour un chauffeur de taxis, c’est une licence qui lui permet de travailler. « Le fameux droit de stationner en ville ». Contrairement à ce que les chauffeurs de taxis racontent, ces plaques ont été délivrées gratuitement par l’état. L’état a distribué ces licences très souvent en fonction de critère de compétence, mais parfois aussi en fonction de copinage politique. L’état a organisé la rareté et a autorisé les chauffeurs à vendre leur plaque sur le marché de l’occasion. Du coup, les plaques valent selon les villes entre 40 000 et 300 000 euros. Pas mal pour une simple autorisation administrative.

Mais  la profession s’est piégée elle-même.

Alors une partie des artisans taxis (ils sont 60 000) n’ont pas payé leur plaque, ils espéraient seulement la revendre un bon prix pour partir à la retraite. Il n y a pas beaucoup de professions qui puissent bénéficier  d’un tel avantage. Quant à ceux qui ont acheté leurs plaques, ils ont payé la retraite de celui à qui ils l’ont acheté mais ils ont aussi pris le risque de voir leur fonds de commerce se déprécier, c’est ce qui se passe aujourd’hui.

Cela dit ce problème est purement technique. Les solutions de mutations existent forcement.

Troisième mensonge.  Les revenus. C’est un tabou, personne ne veut en parler, tout le monde se bouche le nez.  Il faut pourtant mettre les pieds dans le plat. Ce que les chauffeurs de taxis protègent aujourd’hui, c’est leur liberté de se faire payer en cash à l’abri des regards du fisc et de la concurrence. Tous les étrangers qui débarquent à Roissy se plaignent des chauffeurs de taxis incapables de leur estimer le prix d’une course. Tous, se sont fait arnaquer un jour dans leur vie par un chauffeur indélicat qui les a baladés ou perdus dans Paris.

Aujourd’hui encore, près de la moitié des chauffeurs de taxis parisiens refusent les chèques ou les cartes de paiement. Très peu proposent une facture ; alors qu’’ils ont l’obligation d’accepter les modes de paiement modernes.

« Je suis désolé, je ne peux pas prendre la carte bleue, la machine ne marche pas. il n y a pas de réseau.. etc. etc. .. ) Tous les clients des taxis parisiens connaissent cette chanson.

Le cash, vive le cash. Les paiements en cash font la fortune des chauffeurs artisans qui se déclarent des chiffres de misère  et permettent aux salaries des grandes entreprises de taxis de se faire une petite cagnotte au nez et à la barbe de leur patron.

Tout cela existe. Tout cela ajouté à la médiocrité du service, a contribué à décrédibiliser la profession de taxis. La semaine dernière, les chauffeurs de taxis se sont battus pour défendre leur droit au cash. A priori ça n’a pas marqué le Premier ministre.

Les VTC sont arrivés dans ce contexte-là, en proposant un service complètement innovant, de grande qualité à un prix inférieur et officiel. Les plateformes de Chauffeurs prives et de Uber, les deux plus importantes à fonctionner aujourd’hui ont été plébiscitées par les clients. Service rapide, aimable, propre et sans surprise sur le prix déclaré et facture tva comprise.

Le succès des VTC est indiscutable. Ils ont inventé un service totalement nouveau qui en plus, crée de la valeur en permettant l’émergence d’un nouveau marché avec des nouveaux emplois. Beaucoup de jeunes chômeur de la banlieue (7000 environ) ont trouvé l’occasion de construire leur job de cette façon. Certains ont réussi a créé leur entreprise. Quelques-uns ont même à côté de Chauffeur privé ou de Uber, organisé des entreprise importantes avec 100 ou 200 voitures.

Beaucoup de chauffeurs Uber sont indépendants, oui, ils ont acheté ou loué leur voiture, parfois deux ou trois voitures ce qui leur permet de faire travailler leur frère ou leur cousin sur le même compte… Ils commencent tous comme auto-entrepreneurs, un statut qui est plébiscité par 2 Millions de français aujourd’hui, et dont la moitié en vivent .

Quelques chauffeurs sont salariés. Alors comme  les chauffeurs de taxis, ils travaillent tous, certainement beaucoup. Ils travaillent 10 heures et parfois plus par jour…. Mais contrairement aux chauffeurs de taxis, ils ne peuvent pas raconter des histoires à leur client.

Tout est enregistré. L’heure de prise en charge, le trajet et le coût facturé directement au client. Il n y a pas de transfert d’argent, donc pas de cash et s’il n y a pas de cash, il n’y a pas de risques ou de tentation d’arnaque.

Cette vertu ou cette éthique doit agacer les chauffeurs de taxis.

Cela dit le monde d’Uber n’est pas un monde de « Bisounours », c’est aussi, un monde de violence. Un monde où la concurrence empêche tout dérapage … un monde ou les gros sont tellement  gros qu’ils vont manifester pour protéger leur liberté qui est à la source de ce qui est devenu une rente. la confiance et la fidélité qu’ils ont gagnées  auprès de leur clients leur ont sécurise le marché et l’avenir.

Uber court un risque, celui de l’arrogance que donne le succès économique et pour masquer ses fragilités  Uber ment aussi. Moins que  les taxis parce que les membres de Uber sont plus jeunes, mais ils mentent.

Le principal mensonge d’Uber c’est que le groupe a acquis les moyens d’être indétrônable. Les chauffeurs de taxis n’ont pas manifesté contre les chauffeurs privés, ils manifestaient en fait contre la surpuissance des entreprises internationales de VTC qui , si elles n’y prennent pas garde ont désormais tous les moyens financiers d’installer leur hégémonie sur le secteur. Le modèle économique de Uber ou de chauffeur privé est tellement rationnel, tellement sophistiqué dans son calcul des coûts de revient et dans son organisation de la rotation des courses, de la tarification qu’il est difficile à battre.

Leur productivité est telle qu’ils pourront prouver dans quelques temps que l’usage d’une voiture VTC sera plus avantageuse, non seulement que le taxi, mais que la voiture particulière. Uber a les moyens de baisser ses prix, de supporter un déficit d’exploition, il a les moyens d’imposer à ses chauffeurs des conditions de travail relativement difficiles, il a les moyens de prendre les marchés. Il n’est pas sûr que les états aient compris cette situation. C’est un mensonge légal, résultats de la lutte concurrentielle. Mais peu d’entreprises auraient les moyens de travailler en dessous de leur prix de revient très longtemps. C’est un mensonge que seuls les clients pourront dénoncer et ils le feront, parce que le service se dégradera, et peut-être s’est-il déjà un peu dégradé. Parce qu’il y aura un concurrent malin qui proposera un service encore plus attractif.

Uber et les autres, ne sont pas encore assez vieux pour ne pas le savoir que parfois un client peut partir ailleurs. Un client comme les autres, c’est-à-dire attentif et qui ne retrouvera plus sa bouteille d’eau ou ses bonbons à l’arrière de la  BMW noire série 4 qu’il affectionne.