Tesla, Twitter, FTX, Gazprom, Netflix, Uber …etc. La liste des illusions perdues en 2022 dans le monde des affaires.

Les chefs d’entreprises qui pensaient créer un monde nouveau mais qui se sont fracassés sur les murs des réalités ont été nombreux en 2022…Ils pensaient tous apporter le bonheur et la prospérité… Ils n’ont entretenu que des illusions perdues avec de grosses fissures à leur bilan. 

« Ça peut payer… comme on dit chez Balzac, mais ça ne paie plus … » Que d’illusions perdues! Tous ne sont pas morts, leurs idées, leurs entreprises, leurs concepts vont survivre mais peu probable qu’ils changent le monde comme ils l’avaient promis. Ce qui n’empêchera pas le monde de changer.

Tesla restera dans l’histoire du 21e siècle comme l’entreprise qui a perdu le plus de valeur en le moins de temps. Tesla a valu en Bourse à la mi-2021 plus de 1000 milliards de dollars, c’était l’entreprise la plus chère du monde. Six mois plus tard, elle vaut moins de 400 milliards. Elle a perdu les deux tiers de sa valeur. Testa était (et elle est toujours) une des entreprises les plus originales et les plus novatrices sur le marché de la mobilité individuelle. Elle était électrique, bourrée d’électronique connectée avec un potentiel d’innovation qui devrait en faire une des premières voitures autonomes utilisables par le grand public. Ce n’était pas encore la voiture de tout le monde, vu son prix élevé (pas moins de 50 000 euros) mais le monde entier en demandait. L’autre atout de Tesla, c’est évidemment son inventeur et PDG, Elon Musk, modèle d’entrepreneur pour tous les étudiants en école de commerce. Qui avait sans doute une idée à la minute, qui avait fondé une société de transport dans l’espace en collaboration avec la Nasa, qui avait lancé une collection de satellites de communication pour mettre Internet accessible sur la planète toute entière à peu de frais. Elon Musk était la star incontestée dans tous les milieux d’affaires depuis 20 ans. Sa fortune était colossale, il possédait en propre 25% de son groupe, soit en gros 250 milliards mais ça n’a pas duré. L’année 2022 a été horrible pour lui. Pourquoi? Parce qu’en achetant Twitter, en le bouleversant, en jouant avec  comme avec un train électrique, il a perdu la confiance et l’admiration de beaucoup de ses fans. Il a payé son jouet très cher (trop cher), il a dû vendre des actions en bourse à un moment où ses clients voitures commençaient à se poser des questions sur l’avenir de Tesla. Un moment où les analystes ont commencé à éplucher le modèle économique mis en place par Elon Musk : de l’innovation technologique, des réponses intelligentes aux menaces environnementales et des process de production ultra sophistiqués. Le modèle était parfait. Parfait, sauf qu’il fallait que le groupe continue de croitre à grande vitesse pour prendre des parts du marché mondial d’automobile et imposer l’électrique. Il avait les moyens de racheter la quasi-totalité des grandes marques et transformer ainsi cette industrie. Il fallait aussi que le parcours de son chef soit sans faute. Or des fautes, il en a commis notamment avec Twitter qui lui ouvrait les portes du politique et quoi de plus dangereux pour un chef d’entreprise que de les franchir? Elon Musk est tombé de son piédestal.

Sam Bankman Fried était beaucoup moins connu dans le monde des peoples avant qu'on ne découvre qu’il allait passer Noël en prison, accusé d’être l'escroc du siècle. Un peu comme Madoff dans les années subprimes. Mais SBF, comme on le surnomme, était une idole chez les Geeks. Il avait créé un empire financier dans les cryptomonnaies. Sa Plateforme FTX était une des plus importantes qui assurait les transactions sur les crypto. Il gérait les comptes de ses clients en Crypto, il achetait et revendait. Pour des sommes colossales. IL avait acquis la confiance des investisseurs internationaux à tel point que son entreprise était valorisée en bourse plus de 32 milliards après seulement 3 ans d’existence, il était devenu le deuxième acteur sur le marché mondial des cryptos. Sa fortune personnelle avait été évaluée par Forbes au début de cette année à plus de 24 milliards de dollars. Une fortune investie dans l’immobilier aux Bahamas. Jusqu’à ce qu’on découvre, il y a très peu de temps, qu’une partie des fonds appartenant aux clients ont été détournés à son profit. C’était un peu Madoff au pays des cryptos avec cet avantage que le marché des cryptos n’est pas transparent, qu’il n’est ni contrôlé, ni régulé. A priori, SBF aurait détourné 10 Milliards de dollars via une société de trading qu’il avait créée et qui lui appartenait en propre. Le problème, c’est que ce monde du crypto n’est surveillé par aucune institution officielle, donc on sait peu de choses. On en sait d’autant moins que beaucoup d’intervenants sur le marché ne tenaient pas trop à ce que ça se sache. La cryptomonnaie n’était pas seulement faite pour échapper aux régulateurs des banques centrales, mais aussi aux agents du fisc, quel que soit le pays de départ ou d’arrivée. Tout le monde savait aussi que les cryptos servaient au blanchiment.

Cependant, que d’illusions perdues ou en voie de l’être. Parce que FTX était pour les amateurs de crypto, « the place to be » et SBF était la star de ce monde-là. Tous les grands de ce monde se pressaient à ses conventions et ses forums, l’ancien étudiant brillantissime du MIT dispensait des conseils aux quatre coins de la planète.

Autres illusions perdues en cette année 2022, celles que les sociétés digitales de la première génération qui promettaient (avec raison d’ailleurs) de changer la vie quotidienne nous ont infligés cette année. Les Uber, les Airbnb, les Netflix et autres plateformes qui se sont multipliés en gros sur le même concept, ont à peu près toutes décroché en bourse. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces activités reposent sur l’idée que le digital marié à l’internet permet de faciliter la mise en relation du client avec le fournisseur.

Uber, tout le monde connait, c’est une plateforme où des chauffeurs entrent en contact avec le client. C’est facile. C’est économique.

Chez Airbnb, l’idée est identique: des propriétaires de logement vont trouver grâce à une application les locataires… Chez Blablacar, idem, tout le monde connait, surtout les jours où la Sncf est en grève.

Mais beaucoup d’autres applications de logistique fonctionnent sur le même logiciel. Y compris les plateformes de streaming comme Netflix, Deezer et d’autres qui mettent en relation des productions vidéo ou musique avec des clients qui peuvent acheter le service.

A priori, il n’y aurait pas de problème sauf que pour que ça fonctionne, il faut investir énormément en développement informatique, en recherche de personnel (chauffeur et voiture pour Uber, productions vidéo pour Netflix etc. etc..) il faut aussi investir très vite tous les marchés disponibles dans le monde.

Pour que ça fonctionne, il faut donc séduire les investisseurs et leur promettre des profits futurs et si tout marche comme prévu, ils doivent êtres généreux. Les frais fixes sont énormes, colossaux, mais dès que le point mort est atteint, tout chiffre d’affaires marginal est du profit. Donc les investisseurs sont venus en masse, la valorisation des entreprises a grimpé. Et tant que l’argent se payait à taux zéro, l’investisseur était peu regardant. En 2022 tout a changé, les marchés se sont engorgés d'ordres de vente, les taux d’intérêts ont augmenté, et les entreprises digitales n’ont pas atteint leur point mort. Les Uber et les autres ont reculé les échéances et n’ont toujours pas versé un seul dollar de dividendes à leurs actionnaires.

L’illusion de la rente perpétuelle a été démasquée, le modèle économique est désormais bancale. Il faut trouver autre chose. Quand on s’appelle Uber ou Netflix, ça n’est pas facile.

Illusions perdues aussi par Gazprom, pour cause de guerre en Ukraine. Gazprom était le distributeur privilégié en gaz naturel de l’Europe du Nord. Les accords entre l’Allemagne et la Russie qui ont permis de financer les gazoducs sous la mer Baltique étaient un modèle de coopération entre deux groupes de pays. Les Russes vendaient leur énergie avec des prix garantis et en quantité garantie sur le long terme. La folie de Vladimir Poutine a fait sauter en éclat cet accord. En arrivant de cette manière, Poutine a fait deux erreurs, il a cru pouvoir prendre l’Ukraine en quelques jours, il n’a jamais pensé que les occidentaux se priveraient du gaz Russe.  Surtout les Allemands, qui semblaient avoir construit leur modèle de croissance sur de l’énergie presque propre et pas chère . L’Allemagne a préféré défendre des valeurs (qui lui ont manqué jadis) et rallié les occidentaux. L’Allemagne a cherché d’autres sources d’approvisionnement et les a trouvées.

L’illusion d’un monde nouveau où les échanges économiques permettaient de passer des accords pacifiques et où la concurrence de marché était plus créatrice de richesse que la guerre, cette illusion-là, a volé en éclat. Gazprom en est l’exemple le plus emblématique.

NB.. « Les illusion perdues » le titre appartient à Honoré de Balzac, qui l’avait utilisé pour baptiser le plus important de ses romans rassemblé dans la Comédie humaine. Les illusions perdues racontent, comme chacun devrait le savoir si l’école française faisait correctement son métier, l’échec d’un jeune provincial épris de gloire littéraire. Lucien de Rubempré ne trouvera pas la gloire mais s’engagera dans le journalisme et l’imprimerie, ce qui lui permettra de se faire connaitre dans le Paris de cette époque pleine d’énergie et de changement qu’était la restauration.  Lucien rêve de vertu, de vérité et de grands hommes, évoque les modèles de vertu que sont la famille ou les intellectuels qui se regroupent dans des cercles littéraires. On dirait aujourd'hui des « think tank ». L’œuvre de Balzac fut encensée par Victor Hugo et plus tard par Proust. L’époque à laquelle s’écrit la comédie humaine n’est pas sans rappeler la nôtre, en ce début du 21 e siècle. JMS