Tous les moyens imaginables pour empêcher le chômage de masse sont désormais sur la table mais tout va dépendre des accords entre patrons et syndicats...

Le nombre d’inscriptions au chômage a explosé en avril et en mai en pleine crise, mais on  s’attend à une nouvelle vague de licenciements d’ici le mois de septembre. Le gouvernement, les chefs d’entreprise et les syndicats ont mis tous les outils sur la table pour essayer de l’arrêter.

Tout faire pour freiner le risque de licenciements sans passer par le moyen extrême de les déclarer interdits, comme le suggère déjà certains courants politiques radicaux. « On n’a qu’à tout nationaliser et mettre les emplois sous statut de la fonction publique » : le vieux rêve d’une gauche extrême qui a perdu le souvenir de ce qu’il s’est passé en union soviétique et qui s’est terminé dans le cauchemar et la ruine, ressort, pour le meilleur de la démagogie populiste et le pire de l’équilibre du système et pour l’avenir.

Au plus fort de la crise, Pole emploi a déjà recensé une explosion des inscrits au chômage. 850 000 demandeurs d’emplois supplémentaires sur le seul mois d’avril. On connaitra les chiffres du mois de mai, mais ils ne seront pas meilleurs.

Sur trois mois, 1.065.200 d'inscriptions supplémentaires ont été enregistrées soit +30% depuis fin janvier.

Depuis le 1er juin, le système de chômage partiel, s’étant modifié et devenant beaucoup moins généreux, va obliger les chefs d’entreprise à puiser un peu plus dans leur trésorerie. Beaucoup vont jeter l’éponge. Et de l’avis des experts, pour le mois de septembre qui va voir débouler sur le marché toute une nouvelle génération de premiers emplois, le gouvernement craint le pire. Les syndicats aussi.

Les taux de chômage n’ont jamais été aussi élevés que depuis 1996, ce qui pourrait nous amener à un chiffre global d’inscrits au chômage proche de 7 millions. Socialement insupportable, financièrement ruineux, et politiquement intenable.

Dans ces conditions, le ministère de l’Economie essaie de mobiliser avec le ministère des Affaires sociales tous les moyens possibles et imaginables pour éviter l’effondrement de pans entiers de l’économie et notamment dans l’automobile, l’aéronautique, les moyens de transport, le bâtiment et surtout le tourisme où près d’un million de petites unités sont menacées. On estime que le tiers de ces entreprises, des petits restaurants, des hôteliers indépendants, des campings, des services de transports ne passeront pas l’été, compte tenu de l’impossibilité qu’elles auront de se mettre aux normes sanitaires et du déficit de fréquentation de la clientèle.

Du côté de chez Bruno Le Maire, on a évidemment dépassé tous les plafonds budgétaires d’aides financières pour soutenir les trésoreries et relancer la demande. Dans la majorité des secteurs, les clients sont primés et les entreprises aidées par des prêts garantis ou des reports de charges. Mais pour les entreprises les plus vulnérables, ça ne suffira pas. Les entreprises qui étaient fragiles avant la crise seront sans doute asphyxiées et éteintes après. A Bercy, la consigne a été donnée de ne pas avoir de tabou. Le seul interdit serait   d’imaginer augmenter les impôts. Dans tous les bureaux, on est convaincu que ça serait la pire des solutions.

 

Du côté du ministère du Travail, on est prêt à examiner toutes les formules qui permettraient d’alléger le cout du travail.

-Les reports et les exonérations de charges pour les jeunes embauchés qui arrivent sont évidemment à l’étude.

-les abandons, les reports ou les rachats de RTT sont sur la table dans la plupart des entreprises.

-une attention particulière sera apportée aux contrats d’apprentissage et aux contrats en alternance qui sont complètement à l‘arrêt actuellement et qui touchent 2 millions de jeunes.

-Enfin, beaucoup d’entreprises songent à organiser des baisses de salaires comme étant le seul moyen d’éviter les licenciements. C’est le cas dans l'aéronautique et même dans le tourisme. Ryanair, par exemple, est sur le point d’imposer 20% de baisse sur les salaires les plus élevés, seule solution pour la direction de sauver le modèle économique et les emplois.

La baisse des niveaux de salaires est évidemment une arme à double tranchant. Elle peut donner de l’air à certaines entreprises mais généralisées à beaucoup d’entreprises, la baisse des salaires porte un risque de déflation qui serait préjudiciable à la reprise de l'économie en général.

Cette mesure extrême comporte également un risque juridique dans la mesure où on touche aux normes salariales et particulièrement au Smic. Les chefs d’entreprises sont à la limite acceptable de la flexibilité.

Le contexte syndical ne le permettra pas. Les syndicats importants comme la CFDT et sans doute la CGT sont prêts à négocier des accords d’entreprise. Ces deux syndicats ont déjà signé beaucoup d’accords de compétitivité qui limitent les majorations de salaires mais dans des conditions très strictes de créations d’emplois. Cela dit, ces syndicats ne sont pas assez forts et représentatifs pour engager l’ensemble du monde salarié sur des modèles de cogestion comme il en existe en Allemagne et qui font la force du système d’outre-Rhin. Sans grande légitimité, ils prennent le risque d’être débordés par des courants plus radicaux. C’est le cas de la CGT...