«Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil», même les syndicats. Encore un peu de patience et Macron va marcher sur l’eau...

Les syndicats ont sans doute été séduits par Emmanuel Macron, mais il ne faut pas les prendre pour des enfants de chœur. Eux aussi ont découvert les avantages du pragmatisme.

Emmanuel Macron ne fera pas de miracle. Il a simplement compris que les français étaient prêts à abandonner les préjugés idéologiques et dogmatiques pour chausser les lunettes du pragmatisme.

Que tous ceux qui ont croisé Emmanuel Macron soient séduit, ok. Macron est séduisant, nouveau, jeune, bien élevé, poli et sûrement compétent. Ce qui est bien. Bref, il est presque normal dans une société qui nous a plus habitués à croiser des personnages arrogants, et bourrés de certitudes ou gonflés de démagogie.

Tout le monde est séduit, y compris les syndicats alors qu’on se préparait à une guerre de tranchées à propos de la réforme du code du travail.

Ok, mais qu’on ne vienne pas nous raconter que les chefs syndicaux ont baissé les armes parce qu’un jeune président de la République les a reçus au Palais, en tête à tête puis les a raccompagnés personnellement à leur voiture à la sortie. Dans la cour d’honneur. C’est bien, mais c’est beaucoup de théâtre tout cela. Personne n’est dupe. Enfin, personne ne devrait être dupe.

 

Ni le monde politique, ni le monde des affaires et ni les dirigeants syndicaux ne sont tombés dans l’angélisme. Les acteurs socio-politiques et une grande partie de l’opinion n’ont pas une admiration aveugle pour le président, ils reconnaissent simplement qu’Emmanuel Macron a eu la formidable intelligence de faire un diagnostic de ce pays qui se révèle assez juste et de convaincre l’opinion qu’il y avait une thérapie possible avec une méthode de prescription particulière.

L’establishment politique, de gauche comme de droite, a bien été obligé de l’admettre. L’establishment syndical a compris que l’heure n’était plus à la confrontation, mais au compromis.

Et si le climat en France a changé, s’il y a un effet Macron, celui-ci n’est que le catalyseur du changement, ou l’incarnation de ce changement et il faut reconnaître qu’il fait le job.

 

Ce changement dont beaucoup espèrent qu’il sera profond est imputable à deux séries de facteurs.

Le premier, c’est la pédagogie de l’opinion publique à l’occasion de la campagne présidentielle. Cette campagne a véhiculé tout et n’importe quoi, mais elle a, au final, mis en lumière le contenu réel des programmes extrémistes et populistes ? Alors, c’est vrai la moitié des électeurs s’est montrée plutôt sensibles aux projets anti mondialistes, anti européens et même anti capitalistes, mais au final plus de 60 % des français ont quand même choisi le candidat le plus pro-européen, le plus pro-mondialisation et le plus pro-business. C’est un fait. Personne n’a obligé les français à voter Macron.

Et les français n'ont pas voté Macron, parce qu’il ressemblait à un jeune premier de cinéma, ils ont voté Macron parce qu’ils ont pensé qu’il avait peut-être les solutions qui permettraient de restaurer la solidité du modèle français auquel ils sont attachés. Ils ont voté Macron parce qu’ils sont attachés à leur entreprise, à l’Europe, à l‘euro, parce qu‘ils ne croient plus que l’Etat soit capable de tout régler, parce qu‘ils savent que l’avenir de leurs enfants va se jouer à l’échelle de la planète.

L’ancienne ministre de l’Education nationale a fait supprimer des programmes, l’étude du capitalisme, de l’économie de marché et de la concurrence en classe de seconde, n’empêche que la majorité des français a bien compris que l’économie de marché était porteuse de progrès.

 

Le deuxième facteur, c’est le retour au pragmatisme. Depuis la révolution française, la France a baigné dans l’idéologie et même dans le dogmatisme. A l’école, au travail et en politique.

Soyons très simple. L’idéologie est un système prédéfini d'idées, à partir desquelles la réalité est analysée, par opposition à une connaissance intuitive de la réalité perçue. Les idéologies ont proliféré dans les domaines politique, social, économique et religieux. Une idéologie a souvent pour objectif de fonder un système de pouvoir. Une idéologie s’impose donc soit par l’autorité, par l’endoctrinement, l’enseignement et souvent dans la vie courante (famille, média). Une idéologie dominante est diffuse et omniprésente, mais généralement invisible pour celui qui la partage puisqu’elle fonde sa façon de voir le monde. Le propre d’un idéologue est d’être convaincu d’avoir raison, ce qui a dans l’Histoire, a débouché parfois sur des tragédies. Ne venons pas sur la tragédie nazie ou marxiste.

La société française a été très imprégnée par l’idéologie communiste et socialiste, qui ont inspiré des constructions socio-politiques très décentralisées, très étatiques.

Le contraire de l’idéologie, c’est le pragmatisme. La marche du monde ne s’explique pas par des idées préconçues mais par une prise en compte de la réalité telle qu’elle est. Que cette réalité soit géographique, historique, scientifique surtout.

Le pragmatisme est une école philosophique américaine que le fondateur Charles Sanders Peirce a défini, comme la simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité ou encore l’idée selon laquelle l’intelligence a pour fin la capacité d'agir, et d’agir en toute connaissance de cause. Alors, il y a beaucoup de raison et même de rationalisme dans le pragmatisme, mais on a compris que, dans la démarche, seules ses implications confèrent un sens à la pensée. Quant à la vérité, elle n'existe pas a priori, mais elle se révèle progressivement par l’action. On est dans la culture du résultat. Alors cette pensée a dominé tout le courant issue de Saint-Simon, le courant des ingénieurs, de beaucoup d’économistes libéraux ou socio-libéraux (y compris Keynes). Cette pensée a fondé toute la révolution industrielle avec notamment Napoléon III et le Second empire. On retrouve une dominante pragmatique chez le Général de Gaulle, très attaché aux valeurs humaines, mais adversaire de toutes les idéologies et de tous les dogmatismes.

 

Le début du XXI siècle a été marqué par la fin des idéologies (et notamment l’idéologie communisme) et le retour du pragmatisme, particulièrement la prise en compte de la généralisation de l’économie de marché partout dans le monde.

La France est sans doute un des pays occidentaux les plus en retard pour prendre en compte les mutations et s’affranchir des idéologies socialistes ou souverainistes. Cela dit, nécessité fait loi. La France a été obligée d’accepter la mondialisation, la construction européenne, la révolution digitale. Ce qui implique d’abandonner certaines habitudes ou croyances, de renouveler ses codes de vie, de s’adapter etc…

Le hasard veut que le nouveau président de la République se soit fait élire en proposant de prendre à bras le corps ces mutations. Sur le terrain politique, les grands partis traditionnels ont explosé, sur le terrain économique et social, on a commencé un processus d’évolution et d’adaptation à ce nouveau monde.

Alors, on craignait que les partenaires sociaux ouvrent un conflit avec le pouvoir politique pour empêcher la réforme la plus importante du quinquennat, celle du travail. Il s’avère que les partenaires sociaux vont vraisemblablement négocier des compromis. Sur la forme, on a enfin compris que les ordonnances n’avaient rien de diabolique. Sur le fond, tout le monde a compris aussi que le compromis protégeait beaucoup mieux que le conflit. Au total, la société française a sans doute commencé à comprendre que son intérêt était de sortir de ce chômage de masse. Parce que le chômage, c’est comme le cancer.

Alors, Emmanuel Macron a sans doute beaucoup de charme, il a surtout le mérite d’expliquer que le système et le modèle français va mourir si on ne le réforme pas pour l’adapter à la réalité. Et les syndicats savent bien que dans un modèle réformé, ils auront forcement un rôle à jouer. Alors mieux vaut s’adapter à la réalité.

Macron n’est pas un président très compliqué finalement. C’est un peu d’intuition, beaucoup de pédagogie et encore plus de pragmatisme. En fait, il fonctionne comme un chef d’entreprise, ou un médecin. Le chef d’entreprise comme le médecin ne maitrise pas la réalité. Il s’y adapte.