Triple A : Attention, bombe à retardement !

Par Jean-Marc Sylvestre. La perte du Triple A  annoncée par Moody’s n’a pas provoqué de catastrophe sur les marchés financiers. Les taux d’intérêt n’ont pas brutalement montés et les appels de fond ne sont pas bloqués. Enfin, pas encore. Tout d’abord parce que le diagnostic Moody’s était connu et intégré. Ensuite parce que l’on attend maintenant ce que va décider la troisième grande agence de notation Fich qui a mis la France sous surveillance négative. Enfin, parce que les investisseurs internationaux n’ont pas trouvé d’alternative à la dette française. Les pays européens Espagne et Italie sont en situation plus difficile. 

La situation actuelle protège la France. L’environnement est déplorable et la France apparait encore solide par rapport à ses voisins. D’autant que l’Allemagne continue d’apporter sa garantie. Le problème, c’est que cette situation n’est pas tenable à plus de six mois. C’est-à-dire que dans les six mois qui viennent, et si le gouvernement français n’entame pas les réformes de fond, on va assister à un durcissement des conditions financières faites à la France. C’est-à-dire, la hausse des taux et difficultés grandissantes pour obtenir des crédits : en fait la certitude d’aller sur les chemins catastrophique empruntées par la Grèce ou par l’Espagne. Ce qui fait peur à tout le monde y compris aux Allemands.

La dégradation de Moody’s est un avertissement sans frais. En clair, l’agence confirme, une fois de plus, trois grands dysfonctionnements :

1) Que les dépenses publiques françaises sont beaucoup trop lourdes au regard des recettes.
2) Que la croissance est trop faible et surtout que les prévisions 2013 ont été gonflées et surestimées.
3) Que la France n’a pas la compétitivité qu’il faudrait pour redresser ses équilibres. Il faut urgemment réduire les dépenses sociales, abaisser le coût du travail et fluidifier le marché du travail pour créer des emplois. Bref, aller plus loin que ce qu’on a retenu dans le rapport Gallois.

Si le gouvernement français ne prend pas la mesure de cet avertissement, les conséquences de la perte du triple A se feront sentir d’ici 3 a 6 mois. Ces conséquences sont de trois ordres. D’abord, les investisseurs vont se mettre à revendre de la dette française pour acheter des véhicules plus sécurisés. Ils vont le faire parce qu’ils sont obligés de le faire. Beaucoup d’institutionnels (caisses de retraite, par exemple) sont obligés de par leur statut d’investir dans des placements triple A. Dès qu’ils auront trouvé des placements triple A (États et grandes entreprises) ils dégageront. Ensuite, les institutions européennes type MES, dont la fonction est d’intervenir pour éteindre les incendies monétaires dans un pays membre de la zone euro, ne peuvent le faire que si elles empruntent de l’argent. Or elles n’emprunteront de l’argent que si elles sont elles-mêmes triple A. Elles seront triple A que si leurs actionnaires sont eux même triple A. Ce qui n’est plus le cas. Les actionnaires sont l’Allemagne et la France. La France n’étant plus triple A, le MES risque lui aussi le blocage.

Enfin, tout fonctionne parce que l’Allemagne apporte sa garantie et nous permet d’utiliser son triple A pour obtenir des crédits. Nous sommes dans la position du type qui est obligé d’emprunter la carte bleue d’un de ses amis pour retirer de l’argent. Ça marche sauf que ça accroit la pression de l’Allemagne. La résultante de toutes ces conséquences est très simple. Les taux d’intérêt vont augmenter en France, et un point d’augmentation c’est 10 milliards de dépenses en plus. Avec un risque de rupture de cash au printemps, c’est à dire l’impossibilité d’emprunter de l’argent. Or la France a en permanence à emprunter pour boucler ses fins de mois. Enfin, cette situation nous met en risque vis à vis d’une Allemagne qui va devenir de plus en plus exigeante. L’Allemagne peut très bien devenir la banque centrale de l’Europe toute entière mais ce jour là elle dictera totalement ses conditions.