Trump, le plus détestable des présidents, mais celui qui a fait une des politiques les plus profitables à tous les Américains.

Donald Trump restera sans doute comme un des présidents les plus détestables de l’histoire américaine, mais on s’apercevra que sa politique a bénéficié au plus grand nombre des Américains et, notamment, à beaucoup de ceux qui n’avaient pas voté pour lui.

Donald Trump a évidemment raté sa sortie en se montrant ce qu’il est sans doute en profondeur, c’est à dire hâbleur, provoquant, vulgaire et irresponsable. En refusant de reconnaître sa défaite et surtout en invitant ses partisans à marcher sur le Capitole, il a commis l’irréparable contre les institutions et le symbole le plus emblématique de la démocratie américaine.

Le spectacle offert cette semaine à Washington, cette odeur glauque d’une tentative de coup d’Etat par une bande d’extrémistes dans laquelle l’immense majorité des Américains ne peut pas se reconnaître. Cette image a été vue dans le monde entier.

Alors il n‘y a pas de débat possible. Le président américain est évidemment responsable de cette démonstration déplorable. Il a allumé le feu, il a chauffé à blanc beaucoup de ses partisans et le fait qu‘il essaie à la fin d’éteindre cet incendie ne change rien aux charges que l’histoire retiendra contre lui.

Jusqu’au dernier jour de son mandat, Donald Trump aura été inconséquent, mégalo, vulgaire et pour tout dire détestable, infréquentable. Non seulement il n’avait ni la culture, ni l’expertise, les codes nécessaires à l’exercice de cette fonction, mais il a tout fait pour dénaturer et perturber le système américain.

 

Le problème, c’est qu’au-delà de cette indignation quasie générale, la plupart des analystes politiques sont gênés pour juger ce mandat qui est voué aux gémonies

Pourquoi ? Et bien essentiellement parce que plus de 70 millions d’Américains ont voté pour lui, c’est à dire un électeur sur deux. C’est à dire beaucoup plus que le nombre de casseurs fous et violents qui ont saccagé le Capitole en se cachant derrière lui.

Et pourquoi son assise électorale a-t-elle été aussi puissante et aussi large ? Parce que cette assise électorale raconte une histoire qu’on ne peut pas écarter.

Donald Trump a été élu par une frange très large de l’électorat américain qui est sans doute assez malheureuse et déclassée par les effets de la modernité et de la mondialisation. C’est un fait, incontournable que Donald Trump a su les écouter et leur dire ce qu’ils avaient envie d’entendre.

Mais il y a une deuxième raison qui fait que son assise électorale était presque plus large à la fin de son mandat qu‘au début, c’est que la politique qu’il a conduite pendant son mandat a généré les résultats bénéficiaires à un très grand nombre d’Américains qui, au départ, n’avaient pas voté Trump et n’aimaient pas Trump, sa personne, son langage ou son comportement.

Trump n’a pas fait la politique qu’il avait dit qu‘il ferait. Il n’a pas rapatrié les industries délocalisées, il n’a pas bloqué l’arrivée des immigrés et quand il a entrepris de négocier un durcissement des conditions d’échange avec la Chine, il est revenu sur beaucoup de ses coups de menton contre Xi Jinping. Il a sans doute été plus loin contre le Djihad et l’islamisme en général que beaucoup de chefs d’état occidentaux.

Mais le point le plus impactant a été de soutenir comme jamais l’économie américaine, en resserrant un peu les protections les plus symboliques et en soutenant les entreprises américaines, en baissant fortement les impôts et en boostant la circulation monétaire. Il n’a pas inventé l’hélicoptère monnaie mais c’est tout comme. L’argent a coulé à flot. Du coup, la machine économique a bien tourné, les emplois ont été créés et la bourse a flambé. Et quand la bourse flambe aux États Unis, l’industrie financière triomphe et la masse des plus de 60 ans se frotte les mains parce que le niveau de leur retraite est indexé sur les cours de bourse. Mais l’immobilier aussi.

L’ensemble de l’économie américaine a, avec Donald Trump, complètement rattrapé et dépassé les dégâts causés par la crise financière. Et toutes les catégories sociales en ont profité. Parce que les électeurs de la première heure ont retrouvé des petits boulots et beaucoup de ceux qui détestaient Trump, ceux de New-York ou de Californie, ceux de Goldman Sachs qui avaient joué contre Trump au départ parce qu'ils étaient de tradition démocrate. Tout cela en a profité en pouvoir d’achat, en bonus et jobs. Une partie donc s’était résolue à voter pour la reconduction de Trump, ce qui explique qu’il aurait pu être réélu s’il n’avait pas commis toutes les maladresses possibles au départ de la crise du Covid qu'il n’a pas voulu prendre au sérieux.

 

Donald Trump est détestable, insupportable de grossièreté et de vulgarité. Mais sa politique a sans doute donné des résultats que son prédécesseur, qui avait pourtant une bonne image au niveau des élites internationales, n’avait pas réussi à atteindre.

 

Alors Donald Trump a évidemment perdu la partie sur le terrain politique... mais il a réussi à révéler de telles fragmentions dans la population américaine qu‘il est sur un terreau qui peut lui permettre soit de rebondir, soit d’empêcher son successeur de travailler sereinement au redressement. Parce qu’il y a non seulement un gouffre entre les deux grands partis américains, mais à l’intérieur de chaque grande famille, Trump a creusé des fissures très larges en sachant quels sont les problèmes de l’Amérique. Trump a été élu en comprenant les faiblesses du système, mais il part du pouvoir en ayant reformé certaines de ses forces.