Ukraine : Pour les grands patrons, c’est Xi Jinping qui obligera Poutine à signer un accord de paix

Les milieux d’affaires prévoient un scénario de sortie de guerre auquel les responsables politiques ne croient pas. Pour eux, la guerre en Ukraine s’arrêtera par une défaite de Vladimir Poutine et ils pensent que la situation économique mondiale pourrait revenir à l’équilibre vers la fin 2023 sous la pression de la Chine.

Ça n’est pas la première fois que les milieux d’affaires décrivent une sortie de crise au moment où les milieux politiques et médiatiques craignent un durcissement de la guerre militaire et une aggravation de la situation économique et sociale.

Jusqu’alors, les marchés boursiers ou monétaires n’ont pas cédé à la panique. Au contraire. Et quand ils hésitent, ils redoutent moins les effets géopolitiques et militaires que les réactions intempestives des banques centrales dans leur addiction à remonter les taux d’intérêt ou celles des responsables politiques dont les incertitudes de court terme sont trop souvent prises en défaut à moyen ou long terme

Globalement, les milieux d’affaires ne sont ni naïfs, ni pessimistes. Ils sont parfois cyniques mais toujours plus pragmatiques.

Les scénarios les plus partagés dans les conseils d’administration s’organisent en trois actes. Comme au théâtre.

Acte 1 : C’est la Chine qui donnera le signal de la fin. Le « durcissement » du régime de Pékin ne fait que renforcer cette hypothèse. Dans quinze jours ou dans deux mois, le président Xi Jinping devrait joindre ou rencontrer son camarade Poutine et lui dire d’arrêter ce que la gouvernance russe appelle une « opération spéciale ». Le président chinois devrait tout faire pour obtenir un cessez le feu et favoriser une négociation de paix, pour une seule raison : faire cesser le désordre économique mondial. La Chine est complètement inscrite dans la mondialisation. Elle a besoin de faire du commerce avec l’Occident pour alimenter une croissance nécessaire à une population assoiffée de prospérité. Les Chinois sont plus d’un milliard et ce milliard a besoin de croissance, sinon l’équilibre social et politique de la Chine est en risque.

Acte 2 : le commerce mondial pourrait donc reprendre un rythme soutenu dans un équilibre de prix des énergies et des matières premières plus calmes. L’année 2023 marquera donc la sortie de crise, mais l’ouverture d’une période de mutation structurelle liée à la lutte contre le réchauffement climatique qui va nécessiter des investissements considérables dans beaucoup de domaines et pas seulement le secteur énergétique.  

Acte 3 : le capitalisme mondial va sans doute trier beaucoup plus que par la masse ses partenaires. Il faudra des fournisseurs et des clients qui respectent les règles du droit international et des contrats ; mais des fournisseurs qui respectent aussi les règles de base du droit du travail et les contraintes environnementales.

Les gouvernances peuvent dans ce process apporter des éléments d’incitation ou de sanction, mais elles ne seront pas les éléments moteurs. Les moteurs du changement seront actionnés par la direction d’entreprise sous la pression des marchés, c’est-à-dire des organisations de salariés, de consommateurs et d’actionnaires.

Dans ce contexte-là, les pays autoritaires, non respectueux des droits de l’Homme, des us et coutumes forgés au moment des Lumières, seront bannis de la société mondialisée. En Russie, personne ne croit qu’une fois Poutine parti de son fauteuil de président, la Russie restera marginalisée en opposition à l’Occident. Au contraire, on peut assister après le départ de Poutine à une libéralisation de la société russe et à une évolution institutionnelle qui laisse plus de place à la démocratie qu’aujourd’hui.

En Chine, l’évolution va être différente. Parce que la Chine a grandement besoin de l’Occident, les Chinois ne revendiqueront pas en interne de changements profonds. Au pire, la gouvernance chinoise peut utiliser les 20 ou 30 prochaines années à libérer quelque peu la société civile qui sera prête au changement.

Mais partout dans le monde, on jouera la prudence et la discrétion pour que le business reprenne ses droits.