Un budget 2023 qui va faire crier les politiques mais qui sera bien accueilli par les économistes et le business.

 

Le budget 2023 est complètement déséquilibré, mais avec un peu de chance, il peut mettre le pays à l’abri d’une déferlante inflationniste et permettre de sortir de la crise en bon état par rapport à nos principaux partenaires.

Puisqu’avec la contrainte de l’euro, on ne peut plus dévaluer la monnaie pour retrouver des marges de manœuvre, la France est peut-être en train d’expérimenter la dévaluation par les couts en protégeant les consommateurs de l’inflation. « Mais bon sens , mais c’est bien sûr  » !

Le budget 2O23 refait le pari qui avait été fait en 2019. En 2019, le covid envahit la France et tout le monde se désole. Sous des tonnes de critiques, le gouvernement dégaine son « quoi qu’il en coute ». Certains crient à la démagogie, les autres prédisent une faillite générale.

Le quoi qu’il en coute a permis de sortir de la crise du covid en bon état et de profiter du fantastique rebond lié à la demande enfin déconfinée. Ça a marché, parce que les actifs et les appareil de production avaient été protégés. La reprise de l’activité et surtout de l’emploi a même permis de limiter la casse budgétaire en gonflant les rentrées fiscales. 

Le projet de budget 2023 présenté  en conseil des ministres va provoquer une vague de critiques sans discontinuer pendant la discussion budgétaire. C’est écrit.

D’abord, parce que le parlement, où il n’y a pas de majorité, va se déchainer à droite comme à gauche et même au centre. Ensuite, la vague de critiques va être d’autant plus violente que le budget présenté est très compliqué dans sa structure et son fonctionnement. Il veut régler tous les problèmes en même temps, les prix de l’énergie comme l’équilibre des retraites, les priorités sur l’école, la justice et la police comme la poursuite d’une politique de baisse de fiscalité alors que le déficit sera une fois de plus de 5 % minimum. Et l’endettement supérieur à 100 % du PIB. Pour les députés de l’assemblée nationale, un tel budget va leur donner tous les jours un prétexte pour exister politiquement.

Ce qui est intéressant dans cet exercice, c’est qu’il refait un pari qui est sans doute aussi osé et iconoclaste que celui proposé en 2019/20.

En bref, les choix arrêtés par le ministre de l'économie tablent sur une croissance de 1% en 2023, alorsque tous nos partenaires et voisins intègrent l’hypothèse d’une récession assez grave (jusqu’à 5 % pour les Anglais et peut-être même aussi pour les Allemands).

Bercy met en place un bouclier tarifaire très généreux pour épargner aux Français le poids des augmentations de gaz, de l’électricité et du pétrole, sans parler des chèques alimentation pour amortir les augmentations sur les produis de base.

Parallèlement, il continue sa politique d’offre en rabotant, mais pas autant que prévu, les impôts de production, et en évitant de pénaliser le business en cédant aux demandes de la gauche de lever des impôts contre « le grand capital ».

Pour boucler son équilibre budgétaire, Bercy est obligé de reconnaitre que son déficit sera une fois de plus de 5% annuel ce qui entrainera un endettement supplémentaire (qui devait pourtant baisser).

En première lecture, ce projet ne va plaire à personne. La droite va reprocher à Macron d’oublier ses engagements de rigueur budgétaire, la droite va dans le même temps lui reprocher de ne pas entamer un programme de réduction de dépenses publiques mais lui recommander de soutenir un peu plus la consommation. Quant à la gauche, elle considère que le gouvernement n’a rien compris des vrais problèmes du pays etc.  etc.

En deuxième lecture, on peut penser que le gouvernement en répondant aux injonctions contradictoires envoyées par la politique, a construit un outil assez subtil pour répondre à une situation incertaine et limiter les dégâts en sortie de crise.

En clair, le gouvernement protège les populations les plus modestes d’abord par le bouclier tarifaire, en débloquant aussi EDF de façon à ne pas trop dépendre de l’étranger et échapper aux hausses de prix, c’est du moins le pari qui est fait.

Alors ce bouclier n’est pas seulement un outil de redistribution. C’est un outil qui permet d’éviter une contagion inflationniste à tous les secteurs. En limitant la hausse des prix pour le consommateur, on fait baisser la pression sur les salaires et du coup, on évite la fameuse spirale prix-salaire qui aurait des effets assassins sur l’économie et qui serait surtout incontrôlable.

Or, la France, pour l’instant, ne s’en sort pas trop mal. L’État va certes dépenser de l’argent pour éviter que le consommateur se ruine à la pompe ou à la caisse de l'hypermarché ; il va d'ailleurs s'endetter pour cela, mais en agissant de la sorte, l’État évite aussi des hausses de salaire.

L’ONU, dans une étude récente, a montré que la France était la pays qui protégeait le mieux ses consommateurs. En échappant ainsi à une « pandémie inflationniste », la France se retrouve avantagée par rapport à ses voisins et partenaires.

Le pouvoir d’achat est un de ceux qui a le moins baissé, l’inflation calculée en indice est limitée à moins de 3% alors qu’elle va dépasser les 7% ou 8%  en Europe.

Conclusion : quand le conflit en Ukraine sera calmé, on peut espérer que la hausse des prix des énergies et des matières premières va se tasser.

Un peu comme en sortie de covid, la France peut se retrouver en sortie d’inflation avec un avantage compétitif important. Un niveau de salaire et de prix plus modéré que chez nos voisins , concurrents ou partenaires. En économie, ça s’appelle un avantage compétitif, lié à une dévaluation relative des couts.

En bref, avec ce budget, la France essaie de marier Keynes et Schumpeter (ce qui va faire hurler les historiens parce que les deux hommes étaient aux antipodes). N’empêche que faute de pouvoir mener à bien une politique d’offre (par la réduction d’impôts ou par des réformes structurelles) comme ça a été le cas au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, on en vient aujourd’hui à mettre en place les conditions d’un choc d’offre par les couts engendré par une dévaluation relative mais compétitive. Ce choc d’offre pour prendre le relais du choc de demande provoqué au lendemain du covid.

Pour les économistes, ça n’est pas aberrant. Au ministère de l’économie, on explique que de telles politiques ne correspondent pas à une construction conceptuelle, mais relèvent simplement de la contrainte politique.