Une grogne sociale pour déstabiliser Emmanuel Macron plus que pour lutter contre la réforme des retraites

Les milieux d’affaires appréhendent la semaine. La mobilisation sociale et politique leur parait dépasser très largement la question de la réforme des retraites qui, finalement, ne sert qu’à cristalliser des mécontentements si disparates que les syndicats auront beaucoup de mal à canaliser.

 

Alors que les milieux d’affaires pensaient aborder la nouvelle année dans des conditions plus favorables que ce qu’ils pressentaient, ils craignent désormais que l’agitation politique et sociale ne dérègle le logiciel de la reprise.

L’inflation a tendance à se tasser sur l’énergie et les matières premières, la croissance modeste va nous éviter une récession, l’emploi, la consommation et l’investissement, tous les indicateurs sont sortis de la zone rouge… bref, pour les chefs d’entreprise, les perspectives ne sont pas euphoriques bien sûr mais très gérables.

Le risque de dérapage, le seul important, est socio-politique dans la mesure où la mobilisation dépasse et de loin la simple question des retraites.

Dans la plupart des comex stratégiques des grandes entreprises et des fédérations professionnelles, on fait une analyse qui s’articule sur trois axes 

Premier axe : la réforme des retraites n’est pas géniale, mais parfaitement gérable.

Personne ne le dira publiquement mais dans les bureaux, on considère que le gouvernement a fait le job en ne prenant pas de risques. Tous les patrons que le président de la République a reçu lui ont d’ailleurs, en privé, tenu le même discours.

« Faites une croix sur la grande réforme systémique, soyez malin, limitez votre ambition à une intention de rétablir l’équilibre ce qui permettra de trouver des financements ». « L’urgence, c’est de calmer les marchés financiers et de séduire les agences de notation pour que les taux d’intérêt ne remontent pas trop vite ».

Par conséquent, tous les visiteurs du soir lui avaient donc conseillé de ne pas relever les cotisations pour protéger la compétitivité, et d’être très prudents sur l’âge légal. Prudents aussi sur la durée des carrières de cotisation pour garantir le taux plein, et de permettre les mesures d’universalité, de prise en compte de la pénibilité et des carrières longues.

L’objectif est surtout de faire des promesses d’évolution qui ne toucheront que les entrants dans le système et dont les modalités seront discutées par les partenaires sociaux dans les fédérations professionnelles. Le projet présenté par Elisabeth Borne répond a ce cahier des charges.

Deuxième axe : les partenaires sociaux ont très bien compris qu’ils avaient une occasion de reprendre la main.

Leur opposition est plus de principe que réelle. Ils savent parfaitement bien que si la réforme est votée, la mise au point des applications leur reviendra au sein des organisations paritaires. D’où leur unité pour organiser une manifestation qui ne porte pas de projets alternatifs. Les syndicats sont parfaitement satisfaits qu’on ne touche pas au système de répartition et qu’on essaie au contraire de le sauver. Pourquoi ? Parce que dans ce cas, ils retrouvent leur rôle et leur responsabilité de fabriquer du droit social. Donc on s’oppose et très vite, on se remet au travail. Du côté politique à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, on n’est pas mécontent de laisser à Emmanuel Macron le soin de faire le sale boulot pour sauver le système paritaire et de la répartition. Donc coté politique, on fera de l’agitation, on empilera les amendements pour montrer qu’on travaille, mais dans le fond, il n’y aura pas de projet alternatif et cohérent. Le problème est ailleurs

Troisième axe : si la situation en reste sur les deux axes principaux : un projet de compromis et des forces sociales encadrées par des syndicats, elle pourrait déboucher sur une évolution qui marquerait un retour au fonctionnement normal d’une démocratie.

Malheureusement, les préparatifs de la journée de mobilisation donnent l’occasion à tous les courants porteurs de réclamations les plus diverses d’annoncer leur participation. Dans ce cas, on sera loin d’une manif pour les retraites mais plus prêts d’un grand défouloir général dont la France a parfois le secret. Depuis la fin des gilets jaunes, la France n’a pas vécu de grève générale et de manifestations qui aggloméreraient toutes les revendications possibles : social, politique et sociétal. Les Français ont mille raisons différentes de se fâcher et donc de se lâcher dans la rue.

La journée de jeudi va donc être décisive et servir de test aux forces de l’ordre pour savoir s’ils seront à la hauteur pour manier l’habileté et la fermeté. Servir de test aux syndicats pour savoir s’ils seront capables de reprendre le mouvement en main, test aussi pour l’opposition politique afin de mesurer leur force populaire réelle.

Le risque est donc que ça parte dans tous les sens, que ça dégénère dans la violence etc . Dans ce cas, le seul élément générateur d’unité et de colère sera le président Macron et tout le monde sera perdant. La gouvernance, le parlement et bien sur les chefs syndicats s’il n’apportent pas la preuve de redevenir un contrepouvoir désirable , populaire et responsable.

 

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