Union européenne : la réglementation sur les travailleurs routiers déchire les Européens

L’Europe est-elle protectionniste ? En adoptant un « paquet routier » qui limite le travail des chauffeurs routiers de l’Est dans les pays de l’Ouest, le Parlement européen a réveillé la colère des pays eurosceptiques.

La Pologne vient de réélire son président conservateur, Andrzej Duda. Ouvertement eurosceptique, il ne porte habituellement pas le projet européen dans son cœur mais n’hésite pourtant pas à s’ériger en défenseur du marché unique quand ses intérêts économiques sont en jeu. La Pologne est le deuxième acteur du secteur du transport routier de l’Union européenne. Elle est particulièrement visée par la réglementation que vient d’adopter l’UE en la matière.

 

Au coeur de la querelle, la nouvelle réglementation encadrant le travail des chauffeurs routiers et qui limitera la venue des travailleurs des pays de l'Est de l’Union européenne vers les pays de l'Ouest. Un  grand pas vers une harmonisation des règles entre pays européens pour certains, un assassinat en règle de tout un secteur dans certains pays pour d’autres. Les industries du transport en Pologne, Hongrie, Bulgarie, Roumanie seraient touchées et leurs gouvernements prévoient déjà de répliquer.

 

Jusque-là, le transport en Europe, c’était la loi de la jungle et surtout du moins couteux. Les chauffeurs routiers des pays de l’Est pouvaient passer plus de trois mois en dehors de chez eux, grâce au système de cabotage,  c'est-à-dire quand un camion effectue plusieurs rotations dans un autre pays que le sien sans revenir dans son pays d’origine et à des coûts horaires bien moindres que le travailleurs français. Pour les pays de l’Ouest, les chauffeurs routiers étrangers exerçant sur leur sol représentaient une vraie concurrence déloyale.

La Commission et le Parlement européen ont travaillé dans ce sens  à une harmonisation à l’échelle européenne, du secteur du transport routier. Histoire surtout d’unifier les concurrences.

D’abord, une harmonisation qui passe par les règles. Avec la réforme, le cabotage est limité et les salariés devront maintenant rentrer dans leur pays d’origine une fois toutes les quatre semaines au moins. Et les entreprises seront obligées de payer un véritable lieu, autre que son camion, pour le repos hebdomadaire du chauffeur, ce qui alourdit évidemment le coût d’un travailleur détaché.

S’ajoute aussi l’obligation pour tous les camions d’embarquer à bord, à partir de 2026, un tachygraphe numérique qui va agir comme une boite noire et enregistrer les trajets, distances et donc temps de travail ; et faire office d’appareil anti-fraude puisqu’il va permettre de vérifier que les entreprises de transport routier exercent un volume important d'activités dans leur État membre d’origine et qu’il ne s’agit pas que d’une boîte aux lettres.

Ensuite, une harmonisation par le prix, avec le principe du pays d’accueil. Le routier effectuant des livraisons dans un pays autre que le sien doit recevoir le salaire horaire du pays d’accueil. Une vraie usine à gaz pour les entreprises de transport qui devront rémunérer leurs employés au prorata du salaire horaire des pays traversés selon le temps passé…

 

Les réponses apportées par l’Europe ne brillent pas par leur simplicité, puisqu’on ajoute des règles à des règles. Mais surtout, ce dossier, qui est en négociations depuis plus de trois années, révèle plusieurs fractures de la construction européenne.

Une fracture Ouest contre Est, dominée par les différentiels de coût de main d’œuvre, bien moins chère dans les pays de l’Est, ceux qui ont intégré l’Union européenne plus tard, en 2004 et dont les niveaux de vie sont encore en deça de ceux des pays de l’Ouest.

Et une fracture entre les « libéraux », ceux qui demandent une Europe dérèglementée où le marché peut s’exprimer avec une concurrence pure et dure, et ceux qui veulent une Europe plus sociale, très ambitieuse, ce qui passe par plus de réglementation.

Enfin,  une fracture entre ceux qui veulent plus d’Europe et d’harmonisation, comme c’est le but annoncé du duo Merkel Macron et les pays ouvertement eurosceptiques, Pologne et Hongrie en tête.

Mais le comble, c’est quand ces pays conservateurs, pour attaquer la réglementation européenne et défendre leurs intérêts, mettent en cause le non-respect des normes de pollution et des engagements environnementaux…