Vente de Dailymotion, la stratégie secrète d’Emmanuel Macron

Alors que Dailymotion est à vendre et que son actionnaire Orange avait engagé des négociations avec un investisseur hongkongais, le ministre de l’Economie vient bloquer la négociation en demandant l’étude d’une solution européenne. Une décision qui peut coûter cher sauf si Macron possède d’autres cartes secrètes.

Macron le libéral, celui qui a négocié le virage pro-business emprunté par Manuel Valls vient de prendre une décision qui va à l’encontre de tout ce que les milieux d’affaires attendaient. Arnaud Montebourg avait lui-même refusé le départ de Dailymotion dans des bras américains. Il avait eu droit à une bronca des investisseurs qui ne comprenaient pas comment on pouvait s’inscrire dans la concurrence mondiale et fermer la porte de l’hexagone à Yahoo.

La décision de Montebourg avait couté cher à la France en image et en réputation auprès des entreprises étrangères. Même auprès des grandes entreprises françaises qui travaillent à 80% à l’international.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron va devoir fournir un faisceau d’explications pour faire passer la pilule et éviter un fâcheux procès en protectionnisme. Pas facile d’éviter les effets pervers. A priori, le ministre de l’Economie aurait aujourd’hui un meilleur dossier que son prédécesseur.

Selon nos informations, Emmanuel Macron voudrait développer trois séries d’arguments dans les jours qui viennent.

Tout d’abord, Emmanuel Macron a estimé qu’il ne pouvait pas y avoir de négociations exclusives entre la maison mère Orange et le groupe de Hong Kong PCCW pour acquérir 49% du capital. Cela veut dire qu’il invite Orange à examiner toutes les options possibles et notamment celles qui porteraient une solution européenne.

Ensuite, le ministre de l’Economie est farouchement pro-européen. Dans cette optique là, il n’est pas surprenant qu’il cherche à trouver un montage européen. On ne peut pas regretter qu’il n’y ait pas assez d’Europe et ne pas essayer de favoriser une solution à l’intérieur de la zone euro. C’était la grande faiblesse d’Arnaud Montebourg, il considérait que l’Europe polluait les intérêts de la France.  Macron va donc attendre les offres européennes.

Enfin, il se pourrait qu’il y ait des acheteurs européens et même… français. Pourquoi pas Marc Ladreit de Lacharrière par exemple, patron de la holding Fimalac, qui investit fortement dans l’internet et la communication. Il pourrait être sur les rangs. Dans tous les cas il en a les moyens financiers, techniques et humains et il a beaucoup d’ambition.

Il y aurait aussi Vivendi de Vincent Bolloré qui a beaucoup de cash à investir et d’autres candidats comme le nouveau patron de SFR Patrick Drahi. Ce dernier a aussi beaucoup d’argent et connait la musique du numérique. Ne parlons pas des Allemands comme Bertelsmann qui doivent être en embuscade.

Il y a donc du monde sur le marché et Emmanuel Macron le sait forcement. Contrairement à Arnaud Montebourg, il a dû préparer son opération. En bon banquier d’affaires qu’il a été, il pourrait faire dans le jardin des libéraux, d’une pierre deux (bons) coups.

D’une part une opération politique, il ferait plaisir à la gauche en protégeant Dailymotion des appétits étrangers. D’autre part, une opération financière puisqu’il mettrait en concurrence plusieurs acheteurs. Les Chinois seront peut-être en colère, mais en affaires on n’est jamais fâché très longtemps.