Vous avez aimé la crise grecque ? Vous adorerez la crise britannique…

David Cameron a tellement peur de perdre le referendum promis qu’il s’est juré d’obtenir une réforme profonde de l’Europe. Il rêve. Le sommet européen qui se déroule jeudi et vendredi à Berlin risque d’être sportif.

David Cameron a tellement peur de perdre le referendum promis qu’il s’est juré d’obtenir une réforme profonde de l’Europe. Il rêve. Le sommet européen qui se déroule jeudi et vendredi à Berlin risque d’être sportif.

Et pour cause, les Européens ont au moins deux dossiers qui fâchent à régler. Le premier, c’est celui de la Grèce. Normalement, le Premier ministre Tsipras doit confirmer les concessions qu’il accepte en contrepartie des aides européennes. Concessions par rapport à ses promesses électorales, sur la TVA, les pré-retraites et le nombre de fonctionnaires. En clair, il doit apporter la preuve que sa gestion quotidienne ne va pas creuser la dette. En contrepartie, les Européens vont lui donner les moyens de gérer son endettement passé. En clair, on va s’arranger pour qu’il n’ait rien à rembourser avant longtemps.

Normalement ça passe, sauf que la majorité parlementaire à Athènes s’oppose au moindre coup de canif dans le programme électoral. Cette majorité est prête à aller au clash, alors que la majorité du peuple Grec lui, préfère rester dans l’Euro et payer le prix qu’il faut. C’est pour beaucoup, encore moins cher que de sortir. A quelques heures de la réunion des ministres de l’Economie, Alexis Tsipras est coincé entre ce qu’il a accepté à Bruxelles pour sortir du piège et ce qu’il avait promis à ses électeurs. Difficile de reconnaitre publiquement que l’on est dans des jeux de rôle . Les Grecs doivent faire semblant d’accepter le compromis et les créanciers doivent faire semblant de les croire.

Le deuxième dossier concerne la Grande-Bretagne. Dès ce soir, David Cameron va éclipser Alexis Tsipras. Son dossier est beaucoup plus lourd. David Cameron s’est mis lui aussi dans une position impossible à tenir longtemps. Pour être élu, il a promis au peuple britannique qu’il allait organiser un référendum sur l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Or, il existe une majorité pour demander une sortie de l’Europe. L’ensemble de l’industrie financière britannique, le patronat industriel et une partie de la classe politique considèrent que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe serait catastrophique pour l’évolution économique. David Cameron est foncièrement de cet avis. Il s’est donc mis en tête de réclamer à l’Europe des réformes dans son fonctionnement.

Très clairement, David Cameron veut obtenir des Européens qu’ils retirent des traités fondateurs, « la notion d’une Union européenne toujours plus proche ». Cette formule est rejetée par les conservateurs britanniques qui considèrent qu’elle peut justifier tous les abandons de souveraineté. Beaucoup pensent en Europe que Cameron est dans le symbole. En réalité, cette formule correspond à l’ambition profonde de beaucoup d’européens qui estiment que la crise économique et financière, que la crise Grecque et de l’euro ont mis en évidence l’incapacité des Européens a se gérer et de réclamer plus de solidarité, de cohésion, d’harmonisation et plus de fédéralisme.

Emmanuel Macron a mis en garde hier les Britanniques qu’il était hors de question que l’évolution européenne vers plus de fédéralisme, soit freinée ou abandonnée. Au contraire, il faut aller plus vite et plus loin. Cette position favorable au fédéralisme est beaucoup mieux partagée par les peuples que par les élus. Les opinions publiques sont en majorité favorables à une union des Etats européens. Union qui serait dotée des institutions correspondantes. Des Etats-Unis d’Europe comme il existe des Etats-Unis d’Amérique. La Grande-Bretagne est très éloignée de cette ligne et de cet objectif.

Ce qui est très intéressant dans ce débat, c’est que la Grande-Bretagne a pris le risque de le situer au niveau des principes et que la gauche au pouvoir en France commence à défendre le principe d’un approfondissement de l’Europe.

Enfin, c’est intéressant parce que politiquement Macron, en rejetant David Cameron dans les cordes, teste un thème qui pourrait s’incruster au sein de la prochaine campagne électorale. L’Europe a toujours été très absente des débats électoraux, elle pourrait revenir au premier rang des propositions, ne serait-ce que comme porteuse de solution à la crise.

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