Yves-Thibault de Silguy : « Il faut confier certaines politiques publiques au secteur privé »

Pour diminuer la dette et les déficits publics, 54% des Français demandent une baisse des dépenses de l’État en limitant le nombre de fonctionnaires. C’est ce que révèle le dernier baromètre de l’Economie BVA pour Challenges et BFM Business. A noter que seulement 8% d’entre eux estime qu’il faut augmenter la fiscalité. Pour l’ancien commissaire européen, Yves-Thibault de Silguy, il faut aller clairement dans ce sens en privatisant certaines politiques publiques.

54% des Français préfèrent une baisse des dépenses publiques à une hausse de la fiscalité. Est-ce une bonne solution pour réduire le déficit ?
Il faut voir les choses plus globalement. La priorité absolue, c’est de reconsidérer la dépense publique dans son ensemble. Les niveaux de déficit public et de dette sont tels, qu’ils deviennent un frein à la croissance car ils créent une anticipation négative. C’est-à-dire que les investisseurs n’investissent plus et les consommateurs font de la sur-épargne par peur de l’avenir. Nos deux moteurs de la croissance sont bloqués.

Donc des suppressions de postes dans la fonction publique ne sont pas une si mauvaise idée ?
Ce qui est important aujourd’hui, c’est plutôt de reconsidérer le rôle de l’État. Il faut confier certaines politiques publiques au secteur privé. Je trouve qu’aujourd’hui on a peur du secteur privé et de l’entreprise alors que l’on devrait leur transférer un certain nombre de tâche. Et puis, je crois que l’on peut s’interroger sur l’efficacité d’un certain nombre de ces politiques. Par exemple, on dépense chaque année 40 milliards d’euros dans la politique du logement. Franchement, on peut se poser la question de savoir si cet argent est dépensé comme il faut. Autre exemple, les aides publiques au développement. Est-il normal que cela serve à financer des projets de l’influence chinoise en Afrique ? C’est le cas aujourd’hui.

Et concernant la fiscalité ? Faut-il encore l’alourdir ?
Le problème de la fiscalité en France, c’est qu’elle est trop forte et elle change trop vite. Cela crée encore plus d’anticipation négative… De fait, les entreprises ont des niveaux de marge trop faible et sont donc handicapées pour toutes leurs politiques de recherche et développement. Aujourd’hui, il faut donner la priorité à la baisse des dépenses publiques et pas à la fiscalité.